‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 76 sur 581 · CHAPITRK IV. DU SE>S COMMUN · texte numérisé non relu

CHAPITRK IV. DU SE>S COMMUN

Je .sais ijien qu'on peut résoudre cette difficulté, en restreignant à la science physique ce dernier enseignement. Car le propre de cette science, ainsi que le fait remarquer Albert le Grand, est de considérer d'abord im objet en bloc, ou un phénomène dans sa totalité, et d'en distinguer par l'analyse les éléments constitutifs (1). Cet objet est un certain tout composé réellement de parties ; et saint Thomas l'appelle totum intégrale, pour le distinguer du totum univcrsale contenant les universels proprement dits, tels que « raisonnable, animal, vivant, être », qui sont fondus ensemble dans l'homme individuel.

Mais l'assertion d'Aristote est tellement générale qu'il faut l'étendre au tout-universel comme au tout-intégral. De là, cette question débattue dans la Scolastique et introduite par saint Thomas dans sa Somme, sous la forme suivante : Utnim. magis universalia sint priora in nostra cognilione intellectuali ?

Pour la résoudre, le saint docteur distingue entre la connaissance confuse et la connaissance distincte. Puisque toute connaissance s'acquiert, elle passe nécessairement de l'état de puissance à l'état d'acte. Donc, avant d'être parfaitement en acte, — et alors elle est distincte, — elle existe d'abord mélangée d'acte et de puissance, — et alors elle est confuse. — D'ailleurs, le tout est comme un « acte » dans lequel les parties sont « en puissance ». Donc la première connaissance, soit sensible, soit intellectuelle, est une connaissance confuse du tout-intégral ou tiu tout-universel, sans en distinguer les éléments. Quant à la connaissance distincte du même tout, elle suit la connaissance distincte des éléments et des parties (2).

(1) Sccundus aiitem modus cosnitionis lotus est in sensu, et est per viain coiiiposilionis, ubi proceditur a simpliciori indislinclo ad coniposil'ms distincluin. Kl ille processus est scionlUc naluralis [iroprius, el nulliiis alteiius scientiie : quia nulla alia hoc modo accipit universalc pro c.onfuso sccundum «•sse in parlicuiari, nisi ipsa (Alh. Ma)^., /'Injsic, lib. I, tr. I, cap. vi.)

(2) Et hujus ratio nianilVsIa esl. Quia. (|ui scil aliciuid indistincte, adliuc est in polentia ut sciât distinclionis principium; sicul, qui soit gonus e.<l

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Telle est la solution scolastique de la difficulté proposée. Mais il est bon (Fentondre là-dessus le maître de saint Thomas, car son explication jette une lumière qui s'étend sur tout le problème de la connaissance.

Albert le Grand commence par une profession de foi résolument réaliste. Il y a trois sortes d'universels : F universel ante rem; c'est la cause universelle, possédant d'avance tous ses effets dans Féminence de sa puissance; — l'universel in re; c'est la nature commune réalisée dans Fiudividu ; — l'universel yvo*^^ rem; c'est l'idée obtenue par abstraction et résidant dans Fintellig-ence, et cette abstraction est légitime, parce que l'universel est réellement dans les choses particulières 1 .

Il établit ensuite une triple distinction dans la sensation. Les sens qui nous mettent en relation avec les réalités extérieures, ne sont pas des instruments séparés de notre substance, comme un bâton ou un télescope ; ils font partie de notre nature, qui est une malgré sa complexité. Par suite, bien que chaque sens ait un objet propre, que l'œil ne voie que la couleur, que la langue ne soit sensible qu'à la sapidité, il y a cependant une sorte de communication des sens, entre eux d'abord, et de plus avec la raison chez l'homme, ou chez les animaux avec cette faculté estimative qui tient lieu de raison.

On peut donc considérer le sens de trois manières : — ou en lui-même; et alors il n'atteint que la propriété sen-

in polcnlia ut sciât differentiani. Et .•?!€ palet quod cogaitio indistincta média est inter potentiam et actuni. Est ergo dicendiim, quoi cognitio singularium est iirior quoad nos quam cognitio universalium, sicut cognitio setisiliva quam cogaitio intellectiva ; sed tam secundum sensum quam secunduni intellectuin, cognitio magis commuais est junor quam cognitio minus comniunis. (I, q. 85, art. 3.)

(1) Est enim, ut Plato ait, triplex universale, scilicet anle rem acceptum, et in re ipsa acceptum, et post rem ab ipsa re abstractum. Ante rem autem universale est causa universalis, omnia causata pra^habens potentia rerum in seipsa. Universale autem in re est natura commuais secundum se accepta in particulari. Sed universale a re acceptum ]ier abslracîionem est intentio form« et simplex conceptus mentis, quœ de re per abstrahentern intelleclum habetur. (l Pliysic, tract. I,cap. vi.i

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