CHAPITRE IV. DU SE>S CO:kLMl
«ible correspondante, l'œil la couleur, le palais la sapidité, l'oreille le son ; — ou dans sa communauté avec les autres sens; et alors il atteint le sujet où sont réunis les diverses propriétés sensibles, permettant ainsi de dire en présence (lu lait : cet objet blanc est doux, et en présence du fiel : cet objet jaune est amer; — ou enfin dans sa communauté avec la raison qui l'imprègne; et alors il atteint la nature même de l'objet en qui résident les diverses propriétés sensibles li.
Ces distinctions comprises, redoublons d'attention pour comprendre la belle analyse du Bienheureux Albert. Dans l'homme, la connaissance sensible atteint l'individu; mais, parce qu'elle est comme imprégnée de raison, elle tombe d'abord d'une certaine manière sur la nature même de l'individu, ei par conséquent sur quelque chose d'universel. En effet, avant de distinguer deux choses, il faut les connaître ensemble d'une manière indistincte. Avant que l'enfant sache d'une manière définitive que « cet » honmie est son père, il faut bien qu'il connaisse, sans toutefois qu'il s'en rende compte, qu'un homme est son père. De même, avant cette notion d'homme père, il faut qu'il ait la notion d'être animé : notion confuse, notion indistincte, je le veux bien, mais notion réelle et qui logiquement précède la notion distincte de l'individu 2 .
(1) His habitis. intellif^endum est quod acci'plio noslra sccuniliim sensuni est triplex, list eniiu acceptio scciindurn sensum particulareni lanluin, el est acccplio secunduin coinmunem siiniil et pailiciilartMn, et est acceptio secundum sensum paiticularein et coininuiu'in el aliiiiiain cognilioneiu conlusa; ralionis in sensu vel cognitionis <|u;f loco ralionis est, qiiie a (jiiibusdain dieitur xiimativo, ([uœ est pars anitnae sensibilis. Acceiilioauteni sensus particiilarisnon est nisi sensii)iiis liroprii, sicul coloris, vel vocis, velodoris, vel alicujus alterius. Acceplio auteni sensus coniniunis est subjecli in quo uniunlur sensata propria ; dicirnus enini hoc album esse dulce, et hoc croceum esse arnaruin, sicut tel. Acceptio autcin rationis permixl.e sensibus, ani tesliinationis in l)rulis, est su()er rei nalunin in qua sunt accidenlia <ju.'e siinl sensala proprioruin scnsuuni el cujus est inaunitudo siibjecla sensibilibus propres qua; accipiuntur per sensum coinnuinem. Et per illam accipit puer quod vir homo est paler et non asinus, el agnus accipit quod ovis est mater et non lupus. (I /'////$,. tr. 1, cap. vi.)
(2; Hoc liabito, sciendum est quod cognilio quœ est ])eroeptio sensus cum
86 1,1 VRK PREMIKR. PIUNCIPKS F>K LOGIQUE.
« Avicenne apporte à ce sujet un excellent exemple. Lorsque nous apercevons quelqu'un venir de loin, nous connaissons d'abord que c'est une substance. Puis, voyant son mouvement, nous connaissons que c'est une substance vivante. Ensuite, lorsqu'il est assez proche pour que nous distinguions la rectitude de sa stature, nous connaissons que c'est un homme. Enfin, lorsque nous pouvons distinguer chacun de ses traits, nous savons que c'est Socrate ou Platon. Dans cet exemple, nous constatons que la connaissance distincte procède d'une connaissance confuse plus générale; il en est de même dans toutes nos connaissances sensibles, bien que nous n'en ayons pas conscience (1). »
Telle est la subtile analyse cV Albert le Grand. Tout en reconnaissant le rôle de la sensation dans l'acquisition de nos connaissances distinctes, cette théorie affirme le rôle du principe spirituel et condamne les théories sensualistes. En même temps, elle reste vraiment péripatéticienne, et elle explique Aristote comme la Scolastiquc Fa toujours compris. Car l'explication précédente n'est que le commentaire de ce texte : On sent le particulier, mais il y a sensation de l'universel, AtsOâvsTxi [j.ïy -b y.aô' r/.a7- Tcv, y; o' aï(j(ir,Giç tcu y.xQsXou ècTiv (2).
En terminant l'exposition de cette doctrine, Albert le Grand appelle notre attention sur la conclusion qui en résulte : « Ex istis est advertere quoddam valdo notabile. » Dans la connaissance distincte et purement rationnelle, on part de l'individu pour remonter à l'espèce, puis au genre, puis à l'être conçu dans toute sa généralité; cette
permixtione aliqiia rationis vel sestiinalioiiis, ost accipiens sensibile per accidens, et casiis ejus est supra naturam communem in supposito diffusam; hxc enim natura comnmnis est unirersaJe accepium in re secundum esse. Cum enim omnis distinctio cognoscibilis necessario sit facta sub aliquo communi quod piius accipitur secundum cognitionem , oportet quod antequain diffinitive cognoscatur hic vir esse paler cognoscatur viresse pator... {Ibid.)
(1) Sicut autem in eo queni videnius longe, distincta est cognitio semper subconfusa : ita est in eo quod cognoscinius sensibiliter, secundum naturam talis cognitionis sensibiiis, licet non percipiamns. (Ibid.)
(2) Aristote, Derniers analytifj., liv. II, chap. dernier.