‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 89 sur 581 · CIIAPITRK V. DU PREMIER PRINCIPE · texte numérisé non relu

CIIAPITRK V. DU PREMIER PRINCIPE

concepts. Mais c'est là un sort commtm à toutes les bonnes causes.

Je sais aussi qu'il y a un nominalisme modéré, qui triomphe aisément lorsqu'il combat le formalisme outré, et qui prétend éviter le scepticisme. Mais, si l'on pouvait savoir quelque gré à Hegel, ce serait d'avoir mis à nu le fondement de cette école, et montré que ses principes conduisent fatalement à la glorification du néant.

C'est qu'en effet la philosophie ne peut s'en tenir à l'étude des noms ; il faut qu'elle passe aux choses. Pour parler le nouveau langage, la pensée humaine ne peut se renfermer dans le subjectif; elle pousse jusqu'à l'objectif. Dites que c'est par une nécessité inéluctable de sa nature, je n'y contredis pas; mais puisque la notion d'être entre dans toute pensée humaine, il en résulte que dans toute question se trouve implicitement la question suivante : L'être est-il, ou bien l'être n'est -il pas ?

Pour le vulgaire bon sens et pour la science la plus profonde, cette question se résout d'elle-même dans cette simple affirmation : rêtre est; et cette proposition n'est pas une pure tautologie, car je ne dis pas : « l'être est l'être », mais tout court : « l'être est ».

L'être est : c'est-à-dire, le concept de l'être répond à la réalité objective ; et ce concept est vrai, parce qu'il affirme une réalité indépendante de l'esprit. Mieux encore : l'être, c'est le réel; cette réalité, perçue dans l'esprit fait pour la connaître, y engendre la vérité ; car l'être ne procède pas de la vérité, mais la vérité procède de l'être, comme l'exprime la succession même des mots dans ce bel adage d'Aristote que nous avons déjà cité : Unumr/uodque, ut hahet entis, ita et veritatis; £y.xc7-:cv, wç éyti tcj slvai, ojto) -/.y), ty;; àXr/)-:5:ç(l).

L'être est : c'est-à-dire, les divers degrés d'être, perçus par l'intelligence, correspondent à des participations dif-

(1) Métaphysi., liv. H, cliai). '. '' la ''"•

férentes de lètre; la réalité de ces participations est mesurée par leur rapport avec l'être, et leur défaut de réalité par leur manque d'être. C'est à tel point que le non-être d'existence lui-même n'est concevable qu'en tant qu'on lui reconnaît la possibilité d'exister, et que le non-être pur est l'absurde et par conséquent l'inconcevable.

Voilà ce que signifie la formule : « L"être prime le nonêtre. »

Quant aux Hégéliens, à la question : L'être est-il? ils donnent cette monstrueuse réponse : « L'être n'est pas. » L'être n'est pas : c'est-à-dire, l'être n'est que dans la pensée et répond au néant des choses; il y a contradiction entre le terme du concept intellectuel et l'objet de ce même concept; pour passer du subjectif à l'objectif, il faut, dans toutes les affirmations de la pensée, remplacer le mot « être » par le mot « néant », — « l'être pur est une pure (( abstraction; c'est l'absolu négatif, qui, considéré dans « sa nature immédiate, est le néant (1) ». En un mot, la proposition : « l'être est » ne répond qu'à un phénomène subjectif; « le néant est », voilà l'objectif; et tout est contenu dans la formule : Le non-être pritne l'être.

On le voit, le nœud de la question philosophique est dans la notion même de l'être. Avant tout, il faut décider si l'on partira de l'être ou du néant. Il y a longtemps que Parménide, en signalant les deux voies, a montré où elles conduisent, et je ne puis mieux résumer toute cette étude qu'en citant un beau passage de ce philosophe.

« Apprends, dit la déesse, quelles sont les deux voies du savoir. L'une part de ce principe que l'être seul existe, et que le néant n'est pas; là est la certitude, la vérité. L'autre part de ce principe que l'être n'est pas, que le néant est nécessaire. Je te le dis, cette voie-là marche en sens contraire de la raison. Car tu ne peux connaître, ni atteindre, ni exprimer ce qui n'est

(1) IIégeI,t. VI, p. 1G9. On trouvera ce texte d'Hegel et beauconp d'autres également monstrueux dans la belle étude que le P. Gratry a faite de ce sophiste, et qu'on lira avec le plus grand fruit. (Voir sa Logique, t. 1.)

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