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DU PRINCIPE DE LA VIE

Supposons que, par l'une des hypothèses précédentes, on ait parfaitement expliqué les mouvements généraux et tous les travaux physiques et chimiques. Une série de mouvements reste encore à expliquer, ce sont les mouvements vitaux.

Ces mouvements ont une direction toute particulière et un caractère exceptionnel. Ils semblent donc relever d'un principe spécial, et ce qui confirme cette pensée, c'est qu'on ne voit jamais la vie se former que sous l'influence de la vie '. Cependant il y a eu un état du globe où la vie ne pouvait exister *. La terre a été inhabitable pendant une longue période, et il est permis de considérer comme une fantaisie l'idée de Thompson que les germes vivants auraient pu nous arriver d'une autre planète. La vie est donc apparue un jour au milieu de substances qui ne la possédaient pas.

» Thompson. Bev. scient., 1871, n" 8.

» Id., ibid.

Voilà un fait certain qui prouve d'une manière saisissable que tout n'a pas existé dès le commencement. Ce fait est un grand embarras pour les docteurs matérialistes. Aussi font-ils les plus grands efforts pour prouver que la vie n'est, malgré les ap-. parences, qu'un phénomène purement mécanique.

Il faut convenir que depuis le commencement de ce siècle, la science, et je parle ici de la science sérieuse et sincère, a beaucoup fait pour amoindrir le rôle donné dans d'autres temps à une force vitale. Le mot même est frappé aujourd'hui de discrédit.

Autrefois on attribuait naïvement à cette force tout ce qui dans les corps vivants paraissait contraire aux lois qui régissent le monde inorganique. Mais les progrès de la chimie et de l'expérimentation ont permis depuis une cinquantaine d'années de pénétrer beaucoup plus avant dans l'étude des faits physiologiques. Qu'en est-il résulté ? c'est que les faits chimiques s'accomplissent dans les corps vivants exactement comme dans les corps inorganiques, en tenant*compte seulement du milieu où ils se produisent. « Plus on avance, dit M. Marey, plus les lois vitales deviennent inutiles et plus les lois physiques et chimiques sufQsent *. »

» Rev. scient., 1867, n« 24.

124 LA HÉTAPQYSIQUB

En effet toutes les fois que l'on a pu réaliser par des moyens artificiels les mêmes conditions physiques et chimiques qui se rencontrent dans un corps vivant, on a obtenu exactement les mômes combinaisons regardées auparavant comme particulières à la vie. Dès 1845, on avait déjà construit de toutes pièces l'acide acétique, le gaz des marais, l'acide cyandrique, l'acide formique. M. Berthelot a donné à ces recherches une immense impulsion et est arrivé à fabriquer artificiellement une foule de composés organiques parfaitement semblables à ceux que produisent les corps vivants. Les produits les plus essentiels à l'organisme, l'albumine et la fibrine, n'ont pas encore, il est vrai, été fabriqués. Cependant un savant anglais, M. Goodman, prétend avoir trouvé le moyen de convertir l'albumine en fibrine par l'action de l'eau *.

On doit avouer que la nature vivante emploie quelquefois d'autres moyens que ceux en usage dans nos laboratoires. Il faut qu'elle ménage les tissus environnants ; elle n'a pas d'ailleurs les mêmes raisons que nous de. produire dans le moindre délai possible. Mais ses procédés sont toujours des procédés chimiques : « Il n'y a pas d'an-

1 Bev. scient., 1871, n* 12.

tagonisme, dit M. Claude Bernard, entre les forces physiques et les forces vitales. Le théâtre de l'action et les conditions dans lesquelles elle s'accomplit constituent la seule distinction réelle entre

elles La force vitale, ajoute-t il, en tant que

force distincte opposée aux phénomènes physicochimiques n'a pas d'existence *. »

Soit, dira-t-on, la machine est construite avec • les mêmes éléments que le monde inorganique, mais au moins son mode de fonctionnement est spécial : la vie est productrice de mouvements, et son action spontanée est un caractère qui la sépare nettement de tout ce qui n'est pas vivant.

Encore une hypothèse que la science nous oblige à abandonner, car elle prouve à l'aide de la théorie mécanique de la chaleur, que le corps ne manifeste point de force motrice qu'il n'ait reçue d'ailleurs : (( Un animal, disait Frankland, quelque haute que soit son organisation, ne peut pas plus engendrer une force capable de mouvoir un grain de sable, qu'une pierre ne peut tomber en l'air, ou une locomotive sans charbon traîner un convoi '. » Il est vrai que les physiologistes ne sont pas complètement d'accord sur la manière dont l'énergie

1 Hev. icienl., 1872, n' 13.

» Id , 1867, n«6.

126 LA MÉTAPnVSIQUR

motrice se dégage dans les corps vivants. Tandis que les uns, avec Liebig, pensent que c'est par l'oxydation musculaire, c'est-à-dire en se buûlant lui-môme, que l'animal prend sa force d'action, Frankland juge qtie le muscle est simplement une machine destinée à transformer en mouvement la chaleur produite par l'aliment combustible dont l'agent nerveux détermine l'oxydation *. Quoi qu'il en soit, tous admettent qu'aucun corps ne se donne à lui-même le mouvement '. Au point de vue de l'énergie, les corps vivants ne sont pas créateurs de mouvement, comme on l'a cru ; ce sont simplement des agents de réduction et de transformation. * Les végétaux sous l'influence solaire dégagent certaines matières inorganiques des combinaisons oîi toute leur énergie était absorbée ; ils accumulent ainsi de la puissance et cette puissance est ensuite dépensée par les animaux sous forme de chaleur et *de mouvement '. »

D'ailleurs plus on étudie les mouvements dont les corps vivants sont animés, plus on reconnaît qu'un grand nombre d'entre eux doivent être expliqués par des moyens purement mécaniques.

» Rev. scient., 1867, n» 6.

* Béclard. Rev. scient., 1868, n» 2.

» Wurtz. Rev. scient., 1872, n" 22.

Ainsi nous savons que le muscle du cœur et môme des morceaux de ce muscle continuent à battre lorsqu'ils sont séparés violemment de l'organisme^. Ce phénomène inattendu prouve que la vie n'est pour rien dans un mouvement cependant si essentiel. Ce mouvement et autres du même genre doivent être attribués, suivant M. Michael Forster, à un artifice de construction, grâce auquel ils résultent naturellement des mouvements moléculaires qui constituent la nutrition des tissus *. Des mouvements même volontaires, qu'une longue habitude a transformés en mouvements réflexes, se reproduisent en dehors de la volonté, en dehors même de la vie. La machine animale a pris un pli tel que l'excitation extérieure arrive à produire' mécaniquement un effet qui d'abord avait été voulu. C'est ainsi que M. Brown Séquard a vu une tête de chien coupée tourner les yeux à l'appel de son nom 3 ! Il avait suffi pour produire cettf^ espèce de miracle d'introduire dans la tête une certaine quantité de sang oxygéné.

Le mouvement ne suppose donc dans la vie rien

» P. Bert. Rev. scient., 1868, n» 8.

* Bev. scient., 1869, n' 43.

3 Gavarret. Phénomènes physiques de la vie, sect II, ch. ii, Wt. 3.

de spécial; le mouvement propre à chaque partie se produit naturellement quand les conditions physico-chimiques du milieu sont intactes * : mais peut-être que la forme même de ces parties et leur agencement supposent l'existence d'une force particulière. Le plus éminent des physiologistes français, M. Claude Bernard, paraît se prononcer dans ce sens : « Quand on considère , dit-il, l'évolution complète d'un être vivant, on voit clairement que son organisation est la conséquence d'une loi organo-génique qui préexiste d'après une idée préconçue et qui se transmet par tradition organique d'un être à l'autre *. » S'il y a une loi, il faut, ainsi que le remarque M. W. Garpenter, un moyen d'exécution. Ainsi la forme des corps vivants témoignerait d'une force spécifique distincte.

Mais voici une théorie nouvelle, qui n'a pas encore droit de cité dans la science, qui est même combattue par beaucoup de savants de premier ordre, mais qui toutefois gagne du terrain et pourra peutêtre bientôt nous imposer ses doctrines. Le transformisme suppose que les formes végétales et animales sont le produit d'un concours de circonstances intérieures et extérieures sous l'empire

» a. Bernard. Rev. scient., 1872, n» 17. « Cl. Bernard. Rev. scient., 1868, n' 1.

EN PRÉSBNCB DBS SCIENCES. 129

desquelles elles se modifient peu à peu. La vie se serait élevée successivement des formes les plus simples aux formes les plus composées., Les formes des divers êtres ne seraient donc pas l'effet de leur nature spécifique, mais d'une évolution continue, dont le caractère et les conditions ne sont pas encore suffisamment déterminées.

Cette théorie renouvelée de Lamarck par Darwin est loin d'être démontrée ; elle est et ne sera jamais sans doute qu'une hypothèse. Mais elle séduit l'imagination par une simplicité apparente. Elle explique d'une manière commode la succession des formes géologiques et certaines irrégularités que Ton observe dans la nature vivante. De ce que le dugong a des dents dont il ne peut se servir, ou de ce que la taupe a des yeux qu'elle perd quand ils pourraient lui être •utiles *, il serait déraisonnable d'en conclure, contre la masse des faits, que la nature n'est pas appropriée à un but. Mais on en déduit légitimement que la nature ne tend qu'à des buts d'ensemble, et ne vise point les formes et les espèces particulières ; que celles-ci se développent, par conséquent, non en vertu d'une force interne qui serait spéciale à chacune, mais d'après les lois générales qui président à la vie.

» Clifford. Hev. scierU., 1872, u^n.

Le côté faible du transformisme, c'est l'insufûsance des moyens qu'il indique comme déterminant l'évolution. Darwin est à cet égard d'une infériorité manifeste. Le principe de la sélection naturelle et celui de la concurrence vitale peuvent bien expliquer à la rigueur la conservation de certaines formes de préférence à d'autres ; mais comment auraient-ils donné naissance à ces formes elles-mêmes ? « Autant il est notoire, dit Schaaffhausen, que la grande loi décrite par Darwin et négligée jusqu'à lui a été, dans un grand nombre de cas, une source d'améliorations, de perfectionnements des organismes ; autant il est peu démontré qu'elle est l'unique cause du développement continu des formes organiques, » et il ajoute : « les révolutions qui ont changé les conditions générales de la nature, comme l'élévation du *sol, la formation des terrains d'alluvion si fertiles, une heureuse combinaison de chaleur et d'humidité, doivent avoir exercé sur ce développement une influence très-considérable*. »

En efl'et l'idée d'une influence du milieu semble encore l'explication la plus vraisemblable parmi celles qui ont été proposées à l'appui de la loi d'é-

• Rev. scient., 1868, n* 48.

volution.M.Vogt l'a adoptée. Le mode d'action de ce qu'on appelle le milieu est sans doute très-obscur; mais il est certain qu'il en a une, bien qu'on ne l'ait jamais constatée que dans des limites très-étroites. M. de Quatrefages, qui d'ailleurs n'est pas transformiste,attribue àcette influence les modifications que subissent les espèces transportées dans des climats nouveaux : « le milieu, dit-il, exerce une influence incontestablepar les conditions d'existence qu'il leur impose, il soumet les êtres organisés à une action souvent profonde qui entraîne des modifications d'où résultent des variétés et des races *. » L'influence produite par le changement de milieu pour la production des races a pu, suivant les transformistes, s'étendre aux espèces et même aux genres, par suite des changements multipliés et profonds qu'a éprouvés l'état de notre globe depuis les premières périodes géologiques *.

* Hev. scient., 1868, n° 43.

* Notre indulgence pour la théorie transformiste cesse dans le cas où on veut l'étendre à rbomme, comme Darwin a essayé de le faire récemment. Quelque vraisemblance que cette théorie puisse acquérir en ce qui concerne le règne animal, jamais on ne pourra l'appliquer légitimement à l'humanité dans laquelle l'intelligi'uce, comme nous le verrous I)1hs loin, suppose l'apparition d'une force complétenit-ut nouvelle et absolument irréductible aux forces nutérirurcs. De même le passage du végétal^à l'animal, de l'être qui vit simplement à celui qui vit et sent, n'a pu se faire eu aucun cas par le seul e£fet de la loi d'évolution.

Eh bien! admettons que la théorie transformiste ait triomphé ; malgré l'objection qu'elle suggère d'abord en donnant une origine expérimentale aux caractères morphologiques, elle n'est nullement favorable à une explication mécanique de la vie. En effet, elle met très-fortement en relief le fait vital par excellence, le fait de l'hérédité. Elle ne peut s'expliquer que par l'accumulation des formes acquises, et par conséquent par la conservation des formes anciennes au sein du nouveau milieu qui en provoque de nouvelles. Profonde différence entre le cristal et l'être vivant que l'on a voulu souvent rapprocher, le cristal a une forme mathématiquement réglée et qu'il reproduit jusque dans ses dernières molécules. Si le milieu modifie quelquefois la figure d'ensemble, cette modification disparaît dès qu'il se trouve placé dans un milieu différent. L'être vivant, au contraire, de quelque manière qu'il ait adopté une forme, se l'approprie et la conserve en dépit des obstacles. Si donc à certains égards on peut le croire dépendant du milieu, il est certain qu'à d'autres il montre une indépendance, une puissance d'individualité qui implique un principe interne.

M. de Quatrefages, dans son étude sur les races, a parfaitement mis en relief cette puissance de l'hé-

redite «s'opposant à des modifications ou bien les perpétuant quand elles se sont une fois produites'.» Il a montré que l'hérédité s'applique à tout caractère imprimé profondément dans l'organisme, aux formes extérieures, à la structure interne, à la résistance vitale, aux dispositions pathologiques, aux caractères psychologiques, quelquefois même à des états momentanés. On a remarqué que les enfants engendrés pendant l'ivresse présentent quelquefois en permanence certains signes caractéristiques de cet état *.

Il a montré qu'une espèce animale, modifiée par un milieu, ne perd pas sa modification en retournant dans le milieu primitif. Cette particularité est facilement constatée dans les races domestiquées qui échappent ensuite à l'action de l'homme: «Les races libres ne retournent pas à un type unique et parfois même elles acquièrent des caractères nouveaux. Des races antérieurement caractérisées et distinctes, bien qu'elles soient soumises les unes et les autres aux mêmes conditions de la vie sauvage, ne se fondent pas en une seule '. »

Ce qu'il y a surtout d'étonnant, c'est que l'hé-

' Rev. sciinl.. 18G8, n" 41.

* Rev. .^cienl., 1808, n» 43.

" Riv. scietil., 1868, a° 36.

redite se dissimule quelquefois pendant plusieurs générations, pour reparaître dans un descendant éloigné, « C'est le véritable atavisme, inexplicable, mais important à signaler et qui plus qu'aucun autre met en relief la puissance de l'hérédité, tout en la présentant comme latente pendantun nombre parfois considérable de générations ^ »

Quel est le principe interne de l'hérédité ? Est-ce une propriété spéciale, ou peut-il se ramener aux forces déjà connues ?

Beaucoup de personnes pensent, avec Tyndall, que la vie est un mécanisme infiniment délicat qui ne diffère des mécanismes ordinaires que par la petitesse des masses et la complication des procédés >. Cette opinion avait déjà été adoptée par Descartes ; elle se fonde uniquement sur le grand nombre de faits que l'on a pu ramener aux mouvements ordinaires. Toutefois parmi ceux qui la soutiennent aussi nettement, on compte peu de physiologistes de profession. Il est plus facile de dire en général que la vie est un mécanisme, que d'accorder cette assertion avec les faits.

L'hypothèse que la vie est un mécanisme entraîne nécessairement cette autre supposition que le germe

* Rev. icient.^ 1868, no 43.

• flcu. scient,, 1868, n" 36.

EN PRéSENCR DES SCIENCES. 135

est un mécanisme rudimentaire ; c'était aussi la pensée de Descartes. Mais la micrographie ne l'a pas confirmée. L'étude de l'œuf sous les plus forts grossissements a montré au contraire qu'il ne contient aucune esquisse de l'animal futur *. On distingue dans l'œuf deux éléments constituants : une cellule germe, deux suivant M. Balbiani, et un liquide granuleux '. Ces conditions, sauf la quantité de liquide, sont absolument les mêmes dans tous les œufs et Agassiz a pu dire qu'il semble que tous les animaux pourraient sortir du même œuf '. Il n'y a donc nul moyen d'expliquer la transmission des formes par des considérations mécaniques.

Suivant un éminent histologiste, M. Robin, tout reposerait sur l'étal physico-chimique de la matière organisée. 11 enseigne que cette matière est formée de principes immédiats de trois ordres, les uns d'origine minérale, d'autres d'origine organique mais volatiles ou cristallisables, d'autres enfin coagulables : « c'est par l'association molécule à molécule de principes de ces trois ordres qu'est formée la matière organisée ; l'analyse en découvre l'existence en proportions diverses dans toutes les

• VaiUant. Rev. scient., 1868, n" 23.

• Schwann. Rev. scient., 1869, n' 23.

» Rev. scient., 1873, a* 51.

436 LA MÉTAPHYSIOUK

espèces d'éléments anatomiques et d'humeurs .... Une matière complètement homogène, amorphe, sans structure en un mot, pourra être reconnue comme substance organisée vivante ou ayant vécu, si elle a ce seul caractère d'être constituée par des principes immédiats nombreux, appartenant à trois groupes ou classes distinctes, unis molécule à molécule... Toute simple qu'est Ctttte organisation, c'en est assez pour que la substance puisse vivre, c'est-à-dire être en voie de rénovation moléculaire continue, dès qu'elle se trouve dans un milieu convenable '.

a Partout oi!i il existe de la substance organisée en voie de nutrition, on peut saisir sur le fait la génération d'éléments anatomiques. La genèse des éléments anatomiques est une génération spontanée en ce sens qu elle consiste en une apparition de particules formées de substance organisée, alors qu'elles n'existaient pas là quelques instants auparavant. Ce n'est pas la segmentation du vitellus qui est le phénomène initial par lequel débute l'indication de la constitution d'une individualité nouvelle ; celle-ci est, au contraire, annoncée par un acte de genèse, celui de la génération antonome du

^ Rev. scient., 1868, n» 26.

Doyau vitellin au sein d'une masse homogène en voie de rénovation moléculaire continue. Des éléments de même espèce ou d'espèces différentes apparaissent de toutes pièces, par genèse ou génération nouvelle, à l'aide et aux dépens des principes immédiats fournis par les premiers. Cette apparition a lieu sans qu'il y ait de lien généalogique substantiel direct de l'élément nouveau avec quelqu'autre élément préexistant que ce soit... Ces éléments nouveaux pour naître n'ont besoin de ceux qui les précèdent ou les entourent au moment de leur apparition que comme condition d'existence et de production, ou d'apport des principes qui s'associent entre eux *.»

M. Robin ajoute à ces explications, dans une leçon dont le résumé a été fait par M. le docteur Clemenceau, les assertions suivantes : « l'apparition de l'un des précédents organes détermine celle de celui qui le suit. Des parties nées successivement de telle sorte que la génération des unes est déterminée par l'ensemble des conditions nouvelles qu'apporte la naissance des autres ne peuvent

manquer d'être solidaires Il faut savoir que les

substances organiques coagulables jouissent de la

> Rev. scient., t867, n* 22.

propriété de transmettre, par simple contact avec des substances d'une autre espèce, l'état moléculaire que quelque circonstance particulière a produit chez elles *. n

M. Robin essaie, comme on le voit, une explication complète et méthodique de tous les phénomènes de la vie. Quel est le succès de cette tentative, faite par un savant auquel personne ne peut refuser une grande compétence pour la description des faits les plus délicats de l'embryogénie ?

Il faut remarquer d'abord que la manière de voir de M. Robin renverse plus complètement qu'aucune autre toute la théorie mécanique, car la vie peut subsister d'après lui dans la matière amorphe, dans le simple plasma formé par la réunion de principes immédiats.

De quelle nature est cette union ? Ce n'est pas, au moins dans un grand nombre de cas, une union chimique, car les principes y gardent leur individualité, et souvent on peut les séparer par des moyens purement mécaniques, tels que la pression, la dissolution ou le lavage ; ce n'est point non plus un mélange, car un mélange si intime qu'il soit ne donne point naissance à des propriétés réellement

J Rev. scient., 1870, n» 27.

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nouvelles. Quelle peut être la cause de cette union moins que chimique et plus que physique ?

Quoi qu'il en soit, la substance organisée môme amorphe a déjà, suivant M. Robin, la propriété de vivre, c'est-à-dire d'être en voie de rénovation moléculaire continue. Il n'est peut-être pas très-exact de confondre la rénovation moléculaire avec la vie ; M. Claude Bernard dit plus justement que c'en est le signe le plus général '. Mais ce qu'il y a de particulier à M. Robin, c'est d'admettre l'existence de la nutrition en dehors de toute structure organique. Jusqu'ici on décrivait la nutrition, sauf le phénomène très-mystérieux d'assimilation, par une suite de phénomènes physiques et chimiques ; mais plusieurs, tels que l'endosmose, supposaient nécessairement la préexistence de la cellule. Si la nutrition a lieu dans une matière complètement amorphe, n'en déplaise à M. Robin, je ne demande pas une meilleure preuve de la théorie spiritualiste. Où voit-on une autre substance, dans un milieu constant, céder incessamment des molécules pour eu reprendre d'identiques, sans laisser jamais sa composition s'altérer? Partout ailleurs nous voyons la chaleur triompher de l'affinité ou l'affinité

1 Rev. scient., 1873, n* 8.

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