DU SUJET ET DE L ESSENCE
La notion d'étendue étant écartée et ne pouvant être considérée comme l'essence des corps, il ne nous reste pour atteindre le dernier fond des choses qu'à creuser l'idée de sujet.
Que peut être un sujet après les forces, après l'étendue ? nous n'en pouvons rien savoir par l'observation ; nous ne prétendons pas non plus fournir d'aucun sujet une notion adéquate. Mais de même que dans chaque être nous connaissons le sujet par les faits qui le manifestent, de même, comme nous l'avons déjà objecté au scepticisme de M. Huxley, nous pouvons induire ce qu'il doit être pour que les faits soient tels qu'ils nous apparaissent.
On appelle ordinairement sujet l'individualité permanente où se passent des faits variables liés
entre eux quant à l'être. En ce sens c'est un synonyme du mot substance, quand on donne à ce mot son acception la plus étendue. Mais le sujet peut n'être pas seulement substance, il peut être en même temps cause, c'est-à-dire produire lui-même les manifestations dont il est le théâtre ; nous verrons même par la suite qu'en réalité tout sujet est cause, et c'est comme cause surtout que nous aurons à le considérer ici.
Enfin la cause, même lorsqu'elle n'est pas substance, est souvent désignée par le mot sujet. Mais cette acception n'est employée qu'en logique et en grammaire, où l'on appelle sujet celui qui fait l'action ; nous n'avons pas à nous en préoccuper.
Nous nous sommes expliqué 'dans la première partie sur l'origine des idées de substance et de cause, puisée dans la connaissance d'un sujet qui est à la fois substance et cause, notre propre personnalité active et vivante. Nous avons vu comment la connexion essentielle de ces notions avec des faits d'expérience intime nous autorise à les appliquer avec une complète certitude aux faits du monde extérieur, bien que nous ne connaissions de ceux-ci que la surface. Il s'agit maintenant de préciser avec exactitude à quelle réalité répond la notion de sujet.
Constatons avant tout que le sujet est autre chose que le fait qui le suppose. C'est une assertion incontestée, si l'on veut dire non que le fait est un autre être, ce qu'aucun métaphysicien n'a jamais prétendu, mais simplement qu'il est dans l'être quelque chose de particulier, qui a un caractère propre et pour ainsi dire un signalement spécial.
Au moyen âge on appelait le fait accident, pour le distinguer de la partie fixe et intime de l'être, mais on avait soin de marquer que l'accident forme avec le sujet un seul tout où ne se trouve aucune distinction substantielle *.
Quand le sujet est purement substance, il n'y a rien autre à considérer que ce sujet et le fait qu'il subit; mais quand il est actif, on trouve un troisième terme, dont nous avons dit un mot précédemment. Ce terme c'est l'action, l'énergie, en employant ce mot dans son acception la plus étendue ; non pas l'énergie considérée dans sa source qui tient au sujet lui-môme, mais l'énergie en exercice, c'est-àdire considérée comme opération dans l'acte même du déploiement de force.
L'opération, remarque Suarez, n'est ni la cause
1 Qui et ea quibus constat non distinguuntur supposito. (Suar. Ditf). met., disp. IV, »ect. m.;
202 LA MÉTAPHYSIOUE
productrice, ni la chose produite *. Elle n'est point la cause productrice, puisque cette cause peut ou ne pas agir, ou produire des opérations diverses ; elle est distincte également du fait envisagé comme tel, alors même que ce fait reste tout intérieur, autrement elle ne produirait rien, ce qui serait inconcevable *. Elle est le moyen terme entre la cause et l'effet *, l'effort par lequel la cause constitue l'effet et en même temps la dépendance physique et active de l'effet vis-à-vis de la cause *. Elle est le passage de l'un à l'autre, la production de l'un par l'autre; c'est à ce titre qu'elle a un caractère propre qui n'appartient ni au sujet, ni au fait, mais qui est un élément essentiel de la causalité et de la vie. Principe, opération, effet, supprimez l'un de ces trois termes, vous détruisez par là même la notion d'activité.
Toutefois, répétons-le, ces trois choses, quand il s'agit d'une opération immanente, comme celles de notre âme par exemple, restent dans le sujet et
* Non est res faciens neque res facta. (f^ùp. XLVIII, sec. i.)
* Impossibile est vel mente concipere veram productionem quin per eam aliquid sitproductum. (Disp. XLVIII, sec. ii.)
* Supponimus esse inter effectum et efficiens actionem mediani distinctam ex naturareiab eis. (/d., td., sec. iv.)
* Actio nihil est aliud in re quam specialis illa dependentia quam effectus habet a sua causa efficiente, (id., td., sec. i.)
kN présence des sciences. 2Ô3
vivent de sa substance ; c'est le sujet lui-même qui produit eu soi un£ modification ' ; ce sont choses distinctes, mais non séparées ni séparables ', et si on les envisage séparément , ce n'est point pour démembrer l'individu en des entités imaginaires, mais seulement pour tenir compte des conditions diverses qui entrent dans sa constitution, afin de ne pas attribuer à une de ces conditions les conséquences qui se rapportent à une autre.
Au reste, les métaphysiciens de l'orient ont admis ces distinctions aussi bien que ceux de l'occident. Saint Jean Damascène dénomme avec une grande précision les trois termes que nous avons indiqués, le principe d'où part l'action, èv«/37î/a, l'opération elle-même, Swafitç-, et le résultat obtenu,
Ainsi le sujet n'est ni le fait, ni l'action ; il est ce qui produit le fait par l'action.
Mais est-il cela môme? nous avons défini la force, avec beaucoup de savants, une propriété productrice de faits. Une telle propriété est bien le point de départ d'une action, en quoi peut-on la distinguer du sujet ?
* Liberatore. Du composé humain, p. 289.
• Res hoc modo di^^tiactfB non sunt invicem disjunctœ neque separatae consisluât. O'uUu. Dogm. th., 1. 1, ch. ix.)
» Petau, 1. V, ch. iv.
204 LA MÉTAPntSIOCE
Nous répondrons avec les meilleurs métaphysiciens que le sujet comprend et fonde la propriété, mais qu'il n'est pas lui-môme cette propriété.
Nous avons déjà touché cette question au début quand nous avons montré que la pensée n'est pas l'essence de l'âme, mais qu'elle est seulement la manifestation d'unç capacité qui subsiste dans l'âme par un mode inconnu.
Ce que nous avons dit alors de l'âme s'applique à tous les sujets actifs. Dans tous, ôtez le fait et l'action, vous n'apercevez plus qu'une possibilité de produire cette action et ce fait. Est-ce tout en réalité ? M. Taine l'a prétendu ; mais il a oublié cette circonstance que la possibilité subsiste alors même qu'elle n'agit pas.
Le sens commun n'a aucun doute à cet égard et les preuves abondent.
Considérez par exemple cette singulière propriété que nous appelons la mémoire. L'âme, complètement ignorante au début, acquiert peu à peu des connaissances * et les conserve *. L'idée qu'elle s'est formée une fois, elle la reforme quand il lui plaît.
• Principio sumus intelligentes solum in potentia, postmodum efficimur intelligentes in actu. (S. Th. Somme ihéuL, I*, 79, 2.)
* Intellectus secundum seipsum est conservativus specierum. (7d., 5.)
OÙ l'a-t-elle conservée? Certains plis contractés par le cerveau, certains sentiers déjà tracés expliqueraient-ils la mémoire ? Sans doute le cerveau est un instrument nécessaire de la mémoire sensible, l'image ne se produisant jamais sans un mouvement correspondant. Mais s'il en était la seule cause, en vertu même de l'inertie de la matière, il ne reproduirait les mouvements anciens que sous l'action de causes extérieures ou sous l'influence de troubles internes comme dans les rêves. Pour que la mémoire soit maîtresse d'elle-même et elle l'est, il faut qu elle puisse réveiller de son côté le mouvement dont elle a besoin, et le pourrait-elle, si elle ne conservait secrètement une détermination à l'image déjà formée? Que dirais-je de la mémoire purement intellectuelle, de la mémoire de ces notions qui ne répondent à aucune image, ni par conséquent à aucun mouvement? Dira-t-on qu'elle est liée à des mots? mais ces mots eux-mêmes ne serviraient de rien sans le souvenir de la chose qu'ils signifient. La mémoire suppose donc un fond permanent toujours prêt à l'action, et oîi se conservent les possibilités qui ne sont pas actuellement en exercice. La vie n'est-elle pas aussi une sorte de mémoire? Nous avons vu qu'elle n'a rien de mécanique, mais qu'elle consiste dans une ^firoprié té évolutive delà
matière organisée. Eh bien 1 cette propriété possède en germe tout ce qu'elle a produit dans des temps antérieurs. Renfermée dans un peu de protoplasma informe, elle peut ressusciter successivement tous ses états passés. Si les conditions sont défavorables, elle attend ; quand de meilleures conditions reviennent, elle reprend son œuvre où elle l'avait laissée, sans omettre aucun détail. Ne lui faut-il donc pas quelque sanctuaire permanent où elle garde les plans qu'elle devra mettre plus tard au jour ?
Si donc la possibilité d'agir subsiste môme inactive, comment subsiste-t-elle? Est-ce qu'il y a une autre manière de réaliser une possibilité que l'accomplissement de l'effet qui lui est propre? L'existence d'une possibilité non réalisée, n'est-ce pas une contradiction dans les termes * ?
Gela existe cependant ; le point de départ de l'action se trouve à la fois réalisable par l'exécution de cette action et par ce mode intime inconnu dont nous avons parlé. Ces deux modes sont tellement divers que l'un des deux, le premier, peut se manifester par les déterminations les plus variables ; précisément parce qu'il répond à la possibilité con-
* Dicere ens actu siae actu quod implicat contradictionem . (S. Tliom. Somme ihéol., 1*, 66, 1.)
sidérée comme telle, il est de soi indéterminé et ne passe à l'effet qu'après avoir reçu quelque détermination particulière ; l'autre au contraire est flxe, permanent, invariable comme l'espèce et l'individualité. Nous avons rappelé dans la première partie le passage où saint Thomas d'Aquin établit cette différence fondamentale. Eh bien ! le premier de ces modes répond à ce qu'on a appelé la propriété ou la faculté, et le second à ce qu'on appelle plus proprement le sujet ou l'essence. Le sujet diffère tout d'abord de la propriété comme une entité actuelle d'une simple aptitude.
Autre différence : souvent un sujet unique renferme en lui plusieurs facultés.
Nous avons compté dans la nature au moins cinq forces irréductibles l'une à l'autre ; beaucoup d'individus développent à la fois plusieurs de ces forces.
Il y a eu, je le sais, dans les derniers temps une tendance des philosophes à multiplier les sujets autant que les forces. On a d'abord séparé l'âme intellectuelle, par le très-louable motif d'assurer sa distinction d'avec le corps. Les raisons mises en avant à cette occasion ont conduit à attribuer aussi une âme substantiellement distincte aux êtres sensibles. Quelques-uns ont été jusqu'à l'âme végétative, et nous avons vu Mayer se laisser aller à con-
sidérer la force même matérielle comme une entité spéciale. Toutes ces hypothèses peuvent ôtre commodes et faciliter pour l'esprit certaines conceptions, mais elles ont le grand tort d'être inconciliables avec les faits.
Prenons pour exemple l'homme qui résume dans sa nature complexe toutes les forces connues. Si vous reconnaissez en lui deux sujets, deux entités distinctes, où établirez-vous la limite entre elles deux ?
Sera-ce après l'intelligence pure ? non, car la conscience qui émane évidemment de l'intelligence domine aussi les sens. Et on ne peut nier que tout , ce qui est sous l'œil de la conscience n'appartienne au même individu.
Mais où s'arrête la conscience ? ceci est très-difficile à fixer.
Il y a des régions de la vie où elle n'apparaît pas ordinairement et où cependant elle se manifeste avec force dans des conditions spéciales. Quelle douleur causent certaines maladies dans des parties que nous connaissons à peine à l'état ordinaire ! nous avons vu que les os mêmes, suivant quelques physiologistes, peuvent en être affectés.
D'un autre côté, la conscience fait souvent défaut là où nous la croirions le plus indispensable.
EN PBÉSENCE DES SCIliNCES. 209
Comment, par exemple, avons-nous appris à marcher ? évidemment par une expérience acquise. Dans sa première enfance l'homme ne sait pas marcher ; mais qui a conscience de l'avoir appris f Qui peut savoir comment il est arrivé à coordonner des mouvements musculaires dont il ignore même l'existence ' ? à l'âge d'homme, nous gouvernons toute cette machine sans même nous en apercevoir. Un acte de volonté la met en mouvement, et elle suit spontanément jusqu'à ce qu'un autre acte de volonté l'arrête. Ce qui est vrai du mouvement ne l'est pas moins de la perception sensible. Nous agprécions les objets sensibles par des raisonnements formés à notre insu. Des nuances que nous ne remarquons pas et que nous ne pourrions remarquer directement nous informent de la distance, de la grandeur et de la position des objets '. Enfin notre intelligence même travaille souvent d'une manière inconsciente. « Les inventeurs, artistes, poètes ou mécaniciens savent communément que lorsqu'ils sont complètement arrêtés par quelque difficulté, le nœud se démêlera plus sûrement pour ainsi dire si l'on cesse complètement de s'en oc-
' Helraholtz. Rev. scient., 1869, n" 27. î /(/, ibid.
210 LA HÉTAPOYSIQUB
cuper ^ » On voit, par ces observations, combien la distinction du conscient et de l'inconscient est superficielle, et qu'elle ne peut servir à tracer une limite précise entre deux entités regardées cependant par beaucoup comme si distinctes.
Placerons-nous la limite après la sensation consciente ou non ? Mais nous voici conduit dans les profondeurs de la vie. Il n'y a dans les animaux presque pas d'action vitale qui ne s'accomplisse sous l'influence de centres nerveux qui doivent être considérés comme pourvus de sensibilité. Quelquesuns sont conscients, ceux que forment le cerveau ; mais dans toutes les autres parties du corps ces centres nous apparaissent comme inconscients *. Ils sont cependant sensibles et engendrent môme habituellement une espèce de sensation sourde qui se traduit par un bien-être ou un malaise vague suivant que les fonctions s'accomplissent avec plus ou moins de facilité. « Il y a un équivalent de sensation pour la chaleur, les aliments, l'exercice, le son, la lumière. Il y a une modification définie de la sensibilité, une augmentation de plaisir ou de peine correspondant à une élévation de température de 10, 20 ou 30 degrés '. » Cette sensation est si
» Carpenter. Rcv. scient., 1868, n° 43.
» Cl. Bernard. Rapport sur la physiologie en France.
' Alex. Baiu. Rev. Ull., 1869, n» 46.
EN PRÉSENCli: DES SCIENCES. 211
réelle qu'il suffit d'une légère augmentation ou d'un changement d'état pour la rendre distincte. La sensibilité est donc liée immédiatement à la vie. L'intervention des nerfs qui en sont les instruments est indispensable à l'exercice d'un grand nombre d'actes vitaux. La sensibilité et la vie animale naissent et meurent ensemble. Comment les attribuer à des sujets séparés ?
Admettrons-nous que l'âme comprend à la fois l'intelligence, la sensibilité et la vie, tandis que le corps représente de son côté les forces matérielles ? C'est l'hypothèse que paraissent accepter la plupart des spiritualistes contemporains. Mais les conclusions de la science expérimentale ne nous laissent point cette ressource. Elles conduisent en effet, nous l'avons déjà vu, à reconnaître que la vie est intimement liée à la matière organisée : « les propriétés d'ordre organique et vital sont consubstantielles, dit M. Robin, aux éléments anatomiques tant que persiste l'état d'organisation ' », et le sage Cuvier dit lui-même : la vie suppose l'être organisé comme l'attribut suppose le sujet *.
Ainsi, tout se tient dans l'être humain. Il y a continuité des fonctions supérieures aux plus
» Rev. scient., 1870, n" 27.
» Robin. Rev. scienL, 1868, n 26.
3t3 LA MÉTAPQYSIQUK
basses *. L'intelligence se lie à la sensation, la sensation à la vie et la vie à la matière élémentaire. Il n'y a qu'une explication à un tel état de choses, c'est l'unité de sujet malgré la diversité des facultés. Cette unité est réclamée par les savants dont l'hypothèse d'entités distinctes gêne et déroute toutes les interprétations; elle représente l'opinion vulgaire qui n'a jamais conçu que le corps ne fit pas partie de ce que l'homme appelle le moi ; elle est admise enfin par tous les métaphysiciens les plus profonds, depuis Aristote jusqu'à Suarez, qui ont su trouver d'autres moyens de sauver l'ordre moral.
Ainsi, l'homme réunit plusieurs facultés sur un même sujet et l'on en peut dire autant de la plupart des êtres de la création. Seconde raison de conclure que le sujet est distinct des facultés qu'il supporte. C'est un axiome partout applicable, qu'une chose ne peut être identique à plusieurs qui ne sont pas identiques entre elles. C'est pourquoi Suarez enseigne expressément que la multiplicité des facultés manifeste et prouve une distinction entre elles et le sujet '.
Enfin nous pouvons encore nous appuyer sur une
1 Ravaisson. Rapp. sur la phil. en Fr. - Haec niultitudo et varietas proprietatum requiril unam formain iu qua omnes unitmtur. (Uisp. me/.,disp XV, sec. i.)
raison plus profonde, c'est la distinction essentielle qui existe entre l'activité et l'être. L'être a pour caractère propre la stabilité, la constitution d'une chose dans son identité ' ; l'action au contraire, ainsi que nous l'avons vu, suppose le mouvement, le passage d'un terme à l'autre. L'être confère la perfection du premier degré, l'action confère la perfection du second degré '. Ces deux notions sont parallèles et s'opposent, ce sont comme deux attitudes diverses ; il s'ensuit que la possession de l'une n'implique point nécessairement l'aptitude à l'autre. Alors même que toutes les autres distinctions seraient nulles, la faculté s'opposerait encore au sujet par ce côté-là. Le sujet n'eût-il qu'une action possible et cette action eût-elle un résultat parfaitement semblable à lui-même, comme il arrive par exemple dans la communication de la vie, qu'on devrait encore distinguer en lui la possession de l'existence et la faculté d'agir.
Mais qu'est donc proprement le sujet s'il faut en retrancher la force, la propriété, la faculté ? quelle notion saisissable est-il possible d'en donner ?
Ne serait-ce pas simplement l'être déterminé et
1 Dinp, mel. disp. XXXI., sec ni.
* Sicut esse et oatura rei consideratur secundum primam perfectioQom, ita operatio secundum perfectiouem secundam. (S. Tb. C. genl., 2, 46.)
individualisé par les facultés mêmes qu'il supporte ?
Je crois que beaucoup de modernes l'entendent ainsi. Ont-ils raison ? Cela dépend de la valeur que l'on attache à ce mot être. Si par être on désigne le premier fond substantiel qui se rencontre en toutes choses, oui, cet être est le sujet ; c'est alors la même notion que les scolastiques indiquaient par le mot essence. Mais cette essence n'a pas toujours existé ; elle peut cesser d'exister, comme l'atteste l'expérience. On ne voit d'ailleurs aucune raison nécessaire pour qu'elle soit, puisqu'on peut la concevoir non existante *. Voici donc deux états à distinguer : l'essence, ou le fond substantiel, conçue comme simple possible et cette même essence conçue comme réalisée. Si vous donnez à l'essence le nom d'être, quel nom donnerez-vous au fait de sa réalisation ? C'est précisément ce fait, ainsi que nous l'avons vu ailleurs, que les scolastiques appelaient l'être. a L'être, disait saint Thomas, est l'actualité de toute forme et de toute nature * » ; et il distinguait
1 Non est de essentia creaturae habere actualem entitatem essentiae. (Suar. Disp. met., disp. XXXI, sec. vi.)
* Esse est actualitas omnis formse vel naturae. (S. Th. d'Aq. Somm. théol., 1', 3, 4.)
soigneusement cette notion de celle d'essence, parce que la circonstance d'exister étant la même dans tous les sujets est nécessairement distincte de chacun d'eux et peut être considérée à part.
Libre assurément aux modernes d'employer une autre terminologie ; mais ils ne peuvent se dérober à la nécessité de distinguer des choses distinctes. Or il est manifeste que l'être au sens scolastique, et nous avons établi que c'est en définitif le sens primitif et expérimental de ce mot, ne pourrait servir seul à remplir le rôle de sujet. Que signifierait-il en effet appliqué aux propriétés ? uniquement qu'elles sont réalisées. Mais nous avons vu que cela pourrait se dire aussi bien de leur réalisation par la production de l'acte ; on ne distinguerait donc point ainsi l'autre mode de réalisation qui les met dans un sujet. Gela n'expliquerait non plus en aucune façon leur union dans un individu commun. SeraieuL-elles plus unies parce qu'elles auraient l'existence, si rien ne les unissait d'ailleurs ? 11 faut donc dans le sujet autre chose : quelque chose que vous appellerez l'être, si cela vous plaît davantage, mais que j'aime mieux appeler essence pour bien marquer que, si son rôle connu est d'être, cependant il peut manquer à ce rôle, si une circonstance particulière ne l'a
*•• LA MÉTAFHVSIOUK
fait passer de la puissance à l'acte, à peu près comme la propriété passe elle-même à son opération '.
Voilà donc le résidu dernier de cette analyse de la notion de sujet : l'essence, une chose tout à fait cachée *, à laquelle on ne peut appliquer aucune idée connue puisqu'elle est totalement en dehors de l'expérience, mais qui est nécessairement supposée par tout ce que nous connaissons. Ne l'appelez ni l'intelligence, ni la volonté, ni la force, ni l'être, résignez-vous à n'en rien dire, ou à dire, comme Leibniz, « qu'elle est dans la chose, mais qu'elle ne peut servir de patron '. » Ce sera déjà beaucoup de l'avoir dégagée de toutes les idées connues, afin de n'être pas tenté de raisonner sur elle comme si nous la connaissions.
Je me trompe cependant, on en peut dire quelque chose.
Si le sujet comme nous l'avons vu est nonseulement la substance qui supporte les faits, mais souvent encore la cause qui les produit, est-ce qu'il
1 Oportet quod ipsum eus comparetur ad esâeutiam qus est aliud ab ipso sicut actus ad potentiam. (S. Th. Somme théoL, I", 3, 4.)
• Formœ substaDtiales nullo experimento cognoBci possunt. (SuareZi Oisp. met., disp. XV, sec. i.)
^ Nouv, es;ai*, 1. III) cli. ix.
liN PaÉSKNCK DUS SCIKNCES. ''21 i
est possible de soutenir que c'est la propriété seule c'est-à-dire une simple aptitude qui produit l'action? Non, le bon sens proclame que le sujet, agissant en vertu de sa propriété, y engage son individualité même. C'est bien lui qui agit par elle *et Suarezen voit un indice dans ce fait que l'emploi énergique d'une de nos facultés suspend souvent l'usage de plusieurs autres. Mais comment cela se concevraitil, si l'essence était un support quelconque placé au hasard sous n'importe quelle propriété? Ne faut-il pas qu'elle soit avec les propriétés dans un rapport intime, dételle sorte que ce qui découle de celles-ci découle par là même de celle-là ?
Aussi les anciens métaphysiciens, tout en distinguant lessence des propriétés, ont-ils déclaré en même temps quelle en est la source et la racine ', que les propriétés dérivent de lessence et qu'elles en sont les conséquences naturelles '. Ils donnaient aussi quelquefois le nom d'essence à lu
' Actionem per se esse a supposito. (Suar. Di>p. méi.. disp. XVII, sec. II.) — V. aussi disp. XVIII, sec. v.
* Ncque potest forma excludi a ratione principii cuin sit Ions totius esse otnuiunique proprietatum. (Suar. Dixp. met., disp. XVIII, sec. ii.>
' Qunndo accidens fit per naturalem dimanatiunem proxiiiuim principiuni illius polest esse stibslantia. {td., sec. m.)— lutellectus proxime inanat a substautia aniuise. (S. Thom. Siimme lliéu!., T, 77. fî )
-•^ LA MÉTAPHYSIQUK
collection des propriétés, comme le font les modernes, parce que ces propriétés sont en effet ce qui dans l'ordre de notre connaissance caractérise le plus directement l'essence réelle, sa valeur et son but. Mais ils avaient bien soin de constater que cette essence secondaire n'est qu'un moyen de définition et qu'elle n'est point le principe intime qui est le fond même du sujet ^ Tels sont les principaux éléments que les métaphysiciens de l'école péripatéticienne, les seuls, à vrai dire, qui aient fait de la métaphysique une science régulière, ayant ses règles et ses traditions, sont parvenus à démêler dans la notion de sujet : un quelque chose inconnu appelé essence, l'être qu'il a reçu, les diverses propriétés dont il est le fondement. 11 y avait entre eux de grandes discussions sur la manière dont il convient d'apprécier la valeur relative de ces distinctions ; nous ne nous en occuperons pas ici, parce, qu'elles n'ont aucun intérêt pour notre but. Mais tous étaient d'accord sur la manière dont l'unité de l'individu est maintenue au milieu de cette diversité d'éléments.
1 Essentiam rei esse id qnod estprimuni el radicale ac intiniuui principiuui actiouuru ac proprietatum . . . secuntlo autcui iDodo diximus essentiam rci esse quœ per defiuitioaeiu explicatur. (Suar. Disp. met., disp. II, sec. iv.)
Chaque élément, disaient-ils, est à l'autre comme l'acte est à la puissance \ chacun est à quelque degré la réalisation d'une donnée impliquée dans celui qui précède et trouve dans le suivant quelque détermination plus étroite et plus précise. Il en résulte donc un seul être dont toutes ces conditions concourent à déterminer la nature, à peu près comme les traits divers sculptés dans le marbre roncourent à déterminer la forme d'une statue.
DES ESSENCES IMUATÉRIELLES
Arrivé au terme de notre étude, ayant expliqué et analysé les notions fondamentales fournies par l'observation des êtres connus, nous pouvons maintenant résumer en quelques mots les conditions métaphysiques, les éléments essentiels de ces êtres.
Nous avons accepté sans discussion la formule présentée souvent au nom de la science que tout
« Comparantur ot actus et potentia ejusdem generis quœ per se et ex natura sua instiluta sunt ad componendum umim. (Snar. I>i*j\ wt"., dipp. XXXI, =or. xni ^
220 LA MÉTAPHYSIQUK
dans l'univers connu se réduit à deux termes : la force et la matière. Nous avons montré, contrairement aux prétentions de certaines écoles, que la force, telle que la manifestent les faits, n'est pas spécifiquement unique, mais qu il y a plusieurs natures de forces irréductibles les unes aux autres. Nous avons fait voir que l'idée de matière, dans le sens où on l'entend aujourd'hui, comprend deux notions, celle d'étendue et celle de sujet ; que l'étendue n'est point la base da la force, et que le sujet, qui est cette base, se décompose en trois éléments, la propriété point de départ de la force et d'où le fait découle par l'intermédiaire de l'action, l'essence source inaccessible de la propriété et qui est proprement le sujet point d'appui de la force, enfin l'être dont l'essence est en possession. Nous n'avons point traité spécialement d'une autre condition commune à tous les êtres connus, celle d'être passifs ; mais cette condition ressort naturellement de tout ce qui a été dit, des luttes des forces du monde dont la science n'est pour ainsi dire que l'histoire, des déterminations qu'elles s'imposent les unes aux autres, enfin du fait même de l'étendue, soit qu'on accepte la théorie si rationnelle de Boscowich qui la ramène à un balancement des forces élémentaires, soit que, en s'en
KN fRESEiNCi: DKS SCIKNCES. ^^ît
tenant au simple fait, on considère qu'il n'y a d'étendue physique que celle qui résiste, et que la résistance implique la possibilité d'une attaque, par conséquent la passivité.
Pour rtsumer ces données dans une formule générale, comme on le fait quelquefois dans les questions mathématiques, nous dirons que tout être, parmi les êtres connus, se ramène à une essence inconnue actuellement existante, douée de passivité et de propriétés actives. L'expérience n'offre aucun être qui, d'une manière générale, ne rentre dans cette définition.
Nous pouvons maintenant tirer de notre analyse des conditions de l'être deux conséquences importantes.
La première est que la matière, si l'on entend par cette expression le sujet étendu de tous les êtres, n'est pas spécifiquement unique ; elle ne peut l'être que dans tous les individus doués de la même propriété fondamentale : car la matière, ainsi entendue, enferme l'essence ; or, nous avons vu que l'essence est la source première des propriétés et doit êlre en proportion avec elles. C'est à quoi il faut faire grande attention ; car s'il plaît à des savants d'appliquer à tous les sujets connus le terme de matière, sous prétexte qu'ils sont tous étendus, ce
222 LA MÉTAl'HYSIQUK
que nous accordons, il n'en faudrait pas conclure qu'ils soient tous d'une nature identique, que la vie par exemple ou le sentiment n'indique pas une essence supérieure à celle qui supporte les forces les plus élémentaires. Chaque essence a dans le monde un rôle qui lui est assigné, et son degré de perfection est mesuré sur ce rôle.
Les scolastiques exprimaient heureusement cette double condition de tous les êtres accessibles à l'expérience d'être tous également étendus et passifs et d'avoir cependant des essences inégales, en réservant le terme matière pour le côté passif du sujet et en désignant le côté actif par les mots de forme ou d'essence proprement dite.
La seconde conséquence est que toute essence quelle qu'elle soit est nécessairement active, mais qu'il pourrait y avoir des essences qui ne fussent ni passives ni étendues.
Rien n'autorise à penser que la passivité soit indispensable à l'être. Assurément presque toutes les forces que nous connaissons ont besoin de la passivité, soit que d'autres influences aident leur développement, soit qu'il faille un être passif pour subir leur propre influence. Mais qui pourrait soutenir que d'autres natures d'actions soient impossibles ? Au contraire, si nous considérons la hiérar-
EN PRÉSKNCIî DES SCIENCES. 223
chie des forces, nous voyons que les plus élevées sont précisément celles qui se silfflsent le plus à elles-mêmes, se terminent à un acte intérieur et ont pour but principal la perfection de leur propre sujet *. Telles sont les forces sensibles et surtout la force intellectuelle. Il y a donc une présomption que des forces plus élevées encore pourraient s'exercer en dehors de toute passivité.
L'étendue, alors môme qu'elle ne se résoudrait pas en purs faits de passivité, serait-elle indispensable à l'être ? pas davantage. Nous ne pouvons imaginer aucun sujet qui ne soit étendu ; mais autre chose est d'imaginer, autre chose de concevoir. Or nous avons remarqué que l'étendue n'est point le sujet, mais seulement une des propriétés du sujet. Elle en est donc distincte , et le sujet peut se concevoir sans elle. Elle est loin d'ailleurs d'être indispensable à sa perfection. Au contraire les idées de passivité et de multiplicité qu'elle implique entraînent de soi une certaine infériorité. L'unité est une des propriétés de l'être les plus fondamentales '; l'indépendance est évidemment le signe
' Siiar. Uisp. met., «Hsp. XXIII, ^eci. ir.
2 aiaaifestuin est quod esse cujusiibet rei consistit in indivision.' et iude est quod unuuiqiiodque sicut jcustodit suum esse, ita cu8todit8uamunitatem.(S. Th. Somme théol., I*, 2, i.)
224 I.A MÉTAl'UYSlQUb:
d'une nature plus élevée. Gomment admettre que ce soient les sujets les plus rapprochés et de l'unité et de l'indépendance qui fussent précisément exclus de l'existence?
Il en est tout autrement de la notion d'activité. Assurément elle est distincte de «elle d'essence et par conséquent il est possible en rigueur de concevoir une essence sans la concevoir comme douée de propriétés actives. Mais, en fait, de quoi servirait une telle essence? elle manquerait d'une condition fondamentale, une raison suffisante d'exister. L'esprit répugne à admettre un être inutile, qui n'agit point, qui ne tend à aucun but. Aussi Leibniz affirmait-il qu'il est essentiel aux substances d'agir ' et que toute substance agit sans interruption *, Saint Thomas disait de même que l'action est le but de toute naturecréée', et la même vérité était constatée en Orient par saint Jean Damascène '. On reconnaît la grande doctrine de l'activité universelle que le génie d'Aristote avait entrevue et dont il avait fait le fondement de sa philosophie.
1 iVoui'. ess., 1. III. ch. VI.
' De la nature.
^ Operatio est fiais rei creatae. (S. Th. Somme ihéol., 1*, 105, 4.)
* i^spysiot. yip sartv h j.u7tx>j ê'xx7T»j; ojiix^ 8ûvafiî; r£ xui xtv/i(T(;. (V. Petau. Dogm iheoL, 1. I, ch. xiii.)
L'action est le but suprême de l'être. L'important n'est point pour lui d'avoir tel ou tel caractère si élevé qu'il soit, mais de le posséder par son propre effort, de le saisir, de l'embrasser. Ce qu'il possède pour l'avoir seulement reçu ne compte ni pour sa dignité ni pour son bonheur II faut qu'il acquière par lui-même. C'est pourquoi Dieu n'a point doué d'abord ses créatures de toutes les perfections qu'il leur destinait, mais s'est contenté de créer des essences subsistantes, comme point de départ, appelées à se compléter ensuite par leur travail personnel ; et en les faisant participer ainsi à la dignité de cause, il leur a conféré le seul caractère pour lequel il vaille la peine d'exister.
Il résulte de ces considérations que, si l'on veut former une définition comprenant non-seulement les êtres connus mais tous les êtres possibles, cette définition ne doit renfermer que les trois termes: essence, être, activité. Tout être est une essence subsistante douée d'activité : cette proposition renferme les seules conditions indispensables à un être. Par conséquent il peut y avoir des êtres, autres que ceux que nous connaissons, qui ne soient ni passifs, ni étendus, ni corporels.
De ces trois conditions, en est-il une «ini '^•>il an
tcrieurc aux autres ?
Nous voyons immédiatement que l'être est supposé par l'activité, car pour agir il faut être ', il faut un point de départ d'oîi la force puisse prendre son élan ; c'est pourquoi on considère souvent l'activité coraraevun mode de l'être.
Mais nous voyons aussi que l'essence est différente de l'être, par conséquent qu'elle n'existe pas nécessairement. L'essence a donc passé à un moment donné de la simple possibilité à l'existence : or, qui dit passage, dit action. Qui a exercé cette action ? ce ne peut être l'essence elle môme puisqu'elle n'était pas encore «. Il a fallu quelqu'acte antérieur, au moins logiquement, qui la fit être. Ici l'activité nous apparaît comme antérieure à l'essence et à sa réalisation.
Voilà donc que l'acte suppose unêtreetque l'être à son tour suppose un acte et ainsi à l'infini, de sorte qu'aucune des deux notions ne peut ouvrir la série. Il y a là une antinomie, dernière et plus haute conséquence de l'étude du monde, dont nous verrons plus loin la solution.
1 Unuinquodque agit secuadum quod est ens actu. (S. Tb. Smme ihéot., III', 77, 3.)
^ Impossibile est quod aliquîd sit causa efûcieus sui ipsius. (S. Th. Somme ihéol., I*, 2, 3.)
DE LA VIE ET DE l'IMMORTALITÉ,
Mais il faut auparavant compléter la présente étude qui resterait sans valeuraux yeux de beaucoup d'esprits, s'ils ne pouvaient y rattacher une utilité pratique.
Nous ne pouvons nous dissimuler en effet que ces efforts pour pénétrer jusqu'au dernier fond de notre pensée qui constituent la métaphysique, ce travail pour démêler les derniers linéaments des notions que l'expérience suggère, déroute singulièrement une foule d'intelligences. Il importe donc de montrer combien il est indispensable, et comment il donne les moyens de résoudre plusieurs questions très graves, au sujet desquelles la science expérimentale, la morale et la philosophie semblent irrémédiablement divisées.
Revenons d'abord ici sur une antinomie flagrante, signalée au commencement de cette partie de notre travail et qui embarrasse jusqu'aux savants eux-mêmes. Nous avons vu les motifs nom-
breux qui portent les biologistes à reconnaître dans l'être vivant l'existence d'un principe évolutif spécial. Mais nous avons vu aussi que beaucoup sont arrêtés par l'impossibilité d'expliquer plusieurs faits qui semblent indiquer que l'évolution résulte de propriétés résidant dans les derniers éléments de la matière organisée. On se trouve donc placé entre ces deux alternatives : ou de nier cette force directrice que semblent réclamer la plupart des faits, ou d'en rompre l'unité en la supposant répartie entre tous les éléments histologiques.
Pour les métaphysiciens cette question n'a rien d'imprévu. Ils savent que l'essence n'est ni l'étendue, ni les propriétés du sujet : ils conçoivent donc très-bien que les molécules qui composent le. tout vivant, bien que distinctes par l'étendue et les autres propriétés qui appartiennent en propre à chacune, puissent être unifiées dans leur essence et servir ainsi toutes ensemble de base à une force unique '.
On objecterait vainement ici la difficulté de concevoir comment plusieurs essences peuvent s'unir entre elles. Nous devons nous rappeler que la nature intime de l'essence est inconnue. Elle ne peut
• Formœ elementorutn non raaneut in mixto formaliter sed virtuto tantiim. spd qiioad formas accidtMitalo? formaliter. (Suar. L)t>p. utéL, disp. XV, sec. x.)
EN l'RÉSKNCK HKS SGIENCKS. '229
donc fournir sur ce point ni preuve ni objection. Mais l'utilité de la métaphysique a été précisément de démontrer, derrière les faits connus, l'existence de ce domaine inconnu, où nous pouvons renvoyer l'explication de faits contradictoires en apparence, restant libres ainsi d'accepter toutes les conclusions de l'expérience, sans être obligé de sacrifier celles de la raison.
Cette unification des essences n'est pas d'ailleurs une chose absolument incompréhensible. Elle doit être considérée comme le résultat suprême de l'acte de nutrition. Il faut comprendre que le corps organisé vivant ne se borne pas à mettre des molécules à la place où elles sont nécessaires, ce qui peut se faire par de simples actions chimiques ou mécaniques,maisqu'il exerce de pi us sur elles une influence mystérieuse par laquelle il communique à chacune le degré supérieur que possède sa propre essence.
Si cette influence est insaisissable, son edet est certain; car il est indubitable que la vie s'étend de proche en proche à des substances qui en étaient dépourvues, et tant qu'on n'aura pu démontrer (juc la vie est un pur mécanisme, il faudra recoiniaître dans cette extension la diffusion d'une propriété spéciale et d'une essence proportionnée.
Dès lors qu'y a t-il d'étonnant à ce que des subs-
330 LA MÉTAPHYSIQUK
stances devenues identiques en nature n'en forment plus qu'une seule ? Qu'est-ce qui constitue en effet l'individu sinon une essence spécifique unique, désignée pour exercer une action une ? L'action étant en définitive comme nous l'avons vu le but dernier, la raison de l'être, il est naturel que l'essence en subisse la loi *, et qu'elle devienne une là où il faut produire une manifestation commune, celle de l'évolution vivante.
L'unité de la propriété vitale trouve donc une base ; elle peut exercer dans toutes les parties du corps son action directrice', puisqu'avec l'essence à laquelle elle est attachée, elle est une sous les différentes étendues conservées des sujets élémentaires.
Mais ce qui a été unifié ne peut-il se diviSer de nouveau ? Sans doute l'essence est devenue une d'une véritable unité, excluant des parties douées d'une existence distincte. Toutefois l'unité n'exclut qu'une division actuelle ^ et non toute division possible. Elle n'est donc pas un empêchement à
• Similiter unumqiiodque habet esse et operationem. (S. Th. Somme théoL, I», 76, 3.)
* Adest anima suae parti secundum totam suam sub?tantiain. (S. Th De spir. créai., 11, 2.)
' Non iadivisibilitatem sed indivisionem tantum esse de ratione unilatis. (Suar. Dixp. mot., disp. IV, sec. rx.)
KN PRÉSENCK DES SCIKNClîS. 231
une division ultérieure, si les actions multiples dont l'essence est devenue le support commun viennent à être défmitivement isolées. L'essence se trouve donc une en acte et multiple en puissance, sans que nous puissions expliquer autrement cette multiplicité, ni faire autre chose que de montrer qu'elle n'est pas contradictoire '.
La division étant accomplie, il n'est pas nécessaire que les divisions de l'essence perdent les propriétés qu'elles avaient en commun dans le corps vivant. 11 est naturel au contraire qu'elles les conservent et que chaque cellule, chaque atome de la matière vivante continue à jouir des aptitudes qu'il a acquises en s'organisant, et cherche à les exercer autant que les circonstances le permettent. C'est pourquoi la vie se multiplie tant par la vivisection que par la parturition, qui est aussi une vivisection naturelle. La propriété vitale ne disparaît que lorsqu'eHc est devenue complètement inutile, lorsque la décomposition de la matière est telle que la quantité minimum sans laquelle la vie ne peut s'exercer a disparu '.
• Suar., disp. W, sec. x. — In aniitmlibus quœ decisa vivuut est una anima actu et multic in iiotenlia. (S. Tlioin De spir., créât. 4, 19.)
' Part»\'(... peitinere ad verilaleni uaturse quantum ad id quodhiibent despecie quia Bicmanent. (S. Th. Somme (héol., 111', 80, 4.)
232 LA MéTAPllYSIQUl^
Toutes ces conséquences qui s'appliquent aussi bien à la sensibilité qu'à la vie ont été connues et admises par les scolastiques. Elles ne sont que l'application à l'essence des conditions que nous révèlent les faits. Cette application est légitime parce qu'il est tout naturel déjuger de ce qui est inconnu, d'après ce qu'implique nécessairement ce qui est connu, à moins de tomber par là dans une contradiction intrinsèque. Mais les modernes n'ont pu suivre cette voie, parce qu'ils ont faussement placé l'essence dans certains faits accessibles qui ne se prêtaient plus à ces explications. Aussi, depuis Descartes, s'épuise-t-on à trouver une solution satisfaisante du problème de la vie, et toutes les tentatives tombent dans 1 un ou l'autre excès, ou d'isoler la vie de la matière, ou d'en faire un simple mécanisme. Nous avons vu que les faits ne se prêtaient ni à l'une ni à lautre de ces hypothèses. Que faire donc ? sinon retourner aux anciennes so.lutions (fui se trouvent encore les plus rationnelles. Déjà plusieurs savants tournent les yeux de ce côté et dans un article remarquable publié par le Carres/,unda ni, M. le docteur Chauffard professe expressément que la cause et l'unité vivantes ne sauraient exister comme êtros à part, qu'elles sont nécessairement réalisées dans les actes qu'elles
KN PItÉSENCK DKS SCIKSCKS. 2'.\3
engendrent, que chaque élément soutient la même unité vivante *. Et Gavariet, tout en combattant le vitalisme dans toutes ses nuances, reconnaît que, s'il est une doctrine métaphysique qui puisse s'accorder avec les faits, c'est cette grande doctrine fondée par Aristote et qui a été enseignée dans toutes les écoles jusqu'à Descartes *.
Envisageons maintenant une autre antinomie bien plus importante que celle qui concerne la vie, parce qu'elle est liée étroitement à de hautes questions de morale.
On a pu remarquer que jusqu'ici nous avons parlé de l'homme comme de tout autre être visible de la création. Nous l'avons même choisi naguère comme exemple d'un sujet un sous plusieurs facultés. Nous avons suivi en cela les tendances de la science contemporaine, qui n'admet pas volontiers pour l'homme une place à part . Mais on se demande, on s'est déjà demandé ce que devient dans cette manière de voir la distinction de l'âme, sa nature suiiérieure et son éternelle destinée.
Remarquons d'abord que nous n'avons rien cédé
' Oorrespondanl , ib mai 1871.
* GaviirrL'l. Plién. phys. de la vie, IW sect.
234 LA MKiAi'iivsiyui;
à la science, que ne lui aient cédé d'avance, dans les siècles passés, les scolastiques, c'est-à-dire les docteurs les moins suspects de matérialisme. Tous ont enseigné que l'âme est la forme du corps, voulant dire par la qu'elle constitue avec lui une essence composée, mais cependant réellement et actuellement une. Le cardinal Gajelan va jusqu'à comparer la différence qui existe entre l'âme et le corps de l'homme actuellement unis à celle que l'on peut concevoir entre le corps et l'essence spéciale de tout autre objet, tel qu'un animal, une plante, une pierre même». La doctrine scolastique a été admise par l'Église catholique qui s'en est servie pour formuler ses dogmes, ce qu'elle n'eût
' Mihi autem pro nunc videtur dicendum quod homo est compositus ex anima et corpore, non soluni tauquam ex duabus rébus tertia res, sed tanquam ex duabus partibus secundum rem totuni . . . significat autem corpus sic acceptum, composilum ex materia et perfectione corporea précise, anima vero perfectionein vitalem précise ... et adverte quod corpus pars cum importai corporeilatem précise intra ipsum, est identitas perfectionis corporeœ ad animam... etenim accidit accidenti extraneo corpori précise quod ejus perfectio sil idem cum anima, per se enini prsescindit animam. Et ideo per se loquendo subtiliter dictum est bominem componi realiter ex anima et corpore... Quod dicimus de corpore et anima respectu aniuialis, dicere poteris de animali et anima intellectiva respectu bomiais, de corpore et forma lapidis respectu lapidis, et sic de aliis. {Commenl.de enle et essenlia, cb. m.)
certainement pas fait, si elle eût cru se fermer ainsi toute voie aux interprétations spiritualistes. Pourquoi la philosophie moderne s'est-elle montrée sur ce point moins accommodante pour la science que le catholicisme? Ne serait-ce pas que, moins sûre d'elle-même et de son spiritualisme, elle a cru nécessaire de ne pas le laisser serrer de trop près ?
Quoi qu'il en soit, après ce que nous avons dit de la vie, la solution des questions relatives à l'âme est facile.
Nous avons remarqué en effet que l'essence a l'opération pour but et en suit les destinées. Qu'en résulte-t-il ? C'est qu'il suffit que l'homme possède une propriété qui puisse à la rigueur s'exercer sans le corps, pour que son essence survive en tant qu'elle est relative à cette propriété.
Or celte propriété, il est facile de l'indiquer : c'est l'intelligence.
Nous avons montré que l'homme a une faculté spéciale supérieure à la simple sensation, que l'acte propre de celle faculté est de percevoir l'être dans les objets connus , mais qu'elle a besoin d'être déterminée à un objet , ce qui a lieu dans l'homme par son union aux données sensibles. Son caractère propre, son mode essentiel d'action n'est
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pas de réagir contre un mouvement quelconque, mais d'être conforme à un objet réel ', de le représenter '.
Mais cette conformité de l'intellect à son objet ne peut-elle être obtenue que par l'action des sens ? Nous voyons au contraire que les sens n'établissent cette conformité que sur des objets secondaires, sur des faits passagers et superficiels Peutêtre même cette conformité n'existe-t-elle que de l'intellect à la sensation, en sorte qu'il n'ait point d'autre objet immédiat que la sensation même ? Ils est donc admissible et même probable qu'il y a d'autres intelligences plus puissantes, atteignant .par des moyens plus efficaces à des régions plus profondes et connaissant des réalités plus intimes. En eflet les scolastiques avaient admis qii'il y a des esprits dans lesquels Dieu produit directement par voie de création ^ les ressemblances des essences réalisées. Sans entrer dans l'examen d'une hypothèse invérifiable aux sciences naturelles et qui
» Per conformitatem intellectus et rei veritas defiaitur. (S. Th. Somme théol. , I*, Ifi, 1 .)Et ailleurs: Ornnis cognitio perficitur secundum siinilitudiuem quae est luter cognoscens et cognitum. (S. Tti. C. genl., l. 2, 42.)
1 Leibniz. Monadologie.
» Deus menti angelicae impressit rerum similitudiaes quas in esse naturali produxit. (S. T . Somme théul., l', 56.)
relève de la théologie, nous pouvons cependant constater qu'un tel système n'a rien de contradictoire et d'impossible. C'est le même en effet que Descaries avait tenté^demployer, dans sa théorie des idées innées, comme explication de l'intelligence humaine ; à la différence toutefois, qu'en considérant, pour ne pas heurter l'expérience, les idées innées comme des notions abstraites, il leur ôtait le caractère le plus important de toute connaissance, l'objectivité.
Il ne répugne donc point de concevoir une intelligence séparée des sens. Mais l'intelligence humaine pourrait-elle arriver à une semblable condition sans changer de nature ? Les scolastiques répondent que l'intelligence humaine elle-même est une puissance vague et générale de percevoir l'être, qui n'a besoin que d'être déterminée pour avoir son effet, et que, si elle vient à subsister à part, la connaissance d'elle-même', le souvenir de ce qu'elle a été, des êtres, des relations et des nombres qu'elle a connus ', peuvent
< Est autem commune omni subetantiae sepnratœ quod intellipnt i(I quod est supra se et id quod est infrasepermodum sub:^antia> suœ. (S. Th. Somme fhéol., 1', 89, '2.)
* Sequiliir quod secundum speciés iutflliyibilfs hic acquisitas anima separata intelligere potest qua- prius iutellexit. (iii., 89, (i.)
238 LA MÉTAPnTSIQDE
fournir des déterminations suffisantes pour qu'elle continuée s'exercer, bien que d'une manière trèsrestreinte et très-imparfaite.
J'avoue que cette connaissance vague, qui ressemble aux ombres de l'Elysée antique, constitue une immortalité peu séduisante. Mais les vieux scolastiques ne s'en inquiétaient pas. Il leur suffisait que l'immortalité fût possible, parce que, ne considérant point la mort comme un état normal, ils laissaient au Dieu qui a infligé la mort, le soin de suppléer par une action surnaturelle aux obscurités et aux monotonies d'une pareille existence.
D'autres plus récents ont admis la possibilité naturelle d'une immortalité plus complète, mais non sans donner quelques atteintes à la doctrine d'Aristote qu'ils suivaient d'ailleurs.
Quant à nous, nous nous contentons volontiers de la première solution, parce qu'elle est à la rigueur suffisante, et parce que, l'enseignement péripatéticien s'accordant facilement avec les faits connus par l'expérience, il ne paraît pas raisonnable de le rejeter, pour chercher des commodités plus grandes à l'explication d'un état de choses en dehors de toute expérience et dont la vraie nature restera par conséquent toujours un mystère.
Ainsi l'intelligence humaine peut se passer des
KN PRÉSKNCK DES SCIKNCES. 239
sens pour s'exercer, sinon pour se développer dans toute sa valeur, et puisque nous avons vu ailleurs que l'essence peut subsister sans l'étendue, rien n'empêche que, l'homme étant mort, son être intellectuel ne subsiste. Il doit môme en être ainsi, car nous ne voyons pas que rien périsse dans le monde' : le moindre atome de poussière se retrouve toujours quand on sait le rechercher; la vie et la sensibilité ne disparaissent d'un être que pour se ,. retrouver dans un autre. Et la personnalité humaine périrait I l'être qui est plus particulièrement créé pour lui-même * ne durerait qu'un instant ! Ce serait la négation de toute raison dans le monde ; ce serait l'absurde morale aussi inadmissible que l'absurde métaphysique.
Mais à quelle conception de la nature humaine conduisent ces conclusions ? Elles font penser que, si l'être simplement vivant et sensible possède une essence unique formée des essences de diverses substances unifiées, dans l'homme il y a une essence, Leibniz dirait une monade de plus, qui entre dans le composé. Cette essence spécialement humaine a une perfection particulière, qui est de
* Didici quod omnia opéra qusB fecit Deus perseveraul iu aetemuin. (Ecclésiasie.)
* Kleutgen. P/iil. scol. exp., t. I, p. 222.
240 LA MÉTAPIITSIQUE
se posséder, d'exister pour soi dans une certaine limite * , perfection tellement différente de toutes eellcs que manifestent les corps, qu'on ne saurait admettre qu'aucun corps pût l'acquérir sans que son être fût par là même totalement changé ^ Dieu seul peut produire un changement aussi essentiel, et c'est pourquoi l'âme doit être créée par lui chaque fois que surgit un homme^. Ceci n'est pas un miracle, car on n'appelle ainsi que les faits suspendant l'ordre naturel ; c'est simplement l'action de la cause première se développant là où elle est nécessaire suivant le plan de la création *.
Cette essence a l'intelligence; mais elle n'a pas les qualités passives de la matière, étrangères à sa perfection supérieure. Celles ci toutefois étant indispensables à la mise en valeur de ses propriétés, elle se les procure par son unification avec le sujet vivant et sensible : c'est un élément de plus qui
1 Klcutgen, t IV, p. 1?8
* Manifestum est quod priocipium intellectivum in bomine est priDcipium transcendeos materiam. (S. Th. Somme ttiéoL, I", 118, 9.)
' Dicendum est quod anima intellectiva creatur a Deo in fine generationis huuianae (S Th Somme (hooL, I", 118, 2.)
* Hœc forma quanivis a solo Deo fieri possit, tamen Deus in ea actione operatur juxta modum et ordinem naturis reruni debitum. (Suarez. Disp. met., di?p. XV, «ne. ii.)
kN présknck di:s sciknce-. 241
s'ajoute au composé, qui devient un avec lui par son essence afin qu'ils puissent exercer en commun leurs facultés. Quand la dissolution arrive, quand les propriétés intermédiaires qui n'existent que par l'unité du composé ont disparu, alors chaque sujet élémentaire reprend ce qui lui appartient. Les atomes rejoignent la poussière d'où ils avaient été tirés, et la monade intelligente continue à exercer, comme elle peut, dans les conditions nouvelles qui lui sont faites, la faculté qui lui appartient en propre.
CONCLUSION
On voit que la métaphysique est vraiment utile, sinon à faire hien comprendre de quelle manière sont résolues en fait les antinomies que les diverses branches des connaissances humaines laissent après elles, du moins à montrer que ces antinomies sont résolubles, n'impliquent aucune contradiction et ne nous donnent par conséquent aucun droit de nier l'un ou l'autre des ordres de vérité qu'elles
242 LA MÉTAPHYPIOUK
opposent. Montrant le premier fond d'où tout part et où tout trouve sa raison d'être, la métaphysique est par là même le conciliateur naturel entre nos diverses connaissances, qui se combattraient dans des contradictions insolubles^ s'il ne fallait faire attention qu'aux apparences extérieures que fournit l'observation.
Pourquoi donc tant de savants ont-ils horreur de la métaphysique ? C'est qu'ils ne la connaissent pas et ne se 'doutent pas des services qu'elle peut rendre. L'étude de la métaphysique proprement dite est aujourd'hui absolument bannie de l'éducation ; les écoles philosophiques les plus réputées ne font de la métaphysique que par intervalles et pour les besoins du moment. Les savants ne connaissent donc sous ce nom que quelques théories assez vagues, quelquefois très-contestables, sur Dieu et sur l'âme humaine, qui se présentent à eux comme un obstacle, parce que rien n'a été fait pour les présenter par le côté où tout se concilie.
Ils essaient alors, comme nous l'avons remarqué, de faire une métaphysique à leur usage, et n'ayant aucune préparation à cette étude, ils tombent ordinairement à faux et ne savent s'en tirer qu'en touchant à l'ordre moral.
Ceci n'arriverait pas s'ils trouvaient dans le
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monde une métaphysique toute faite acceptant les laits qu'ils regardent comme évidents, et se chargeant de les accorder avec les connaissances d'un autre ordre. Nous avons voulu montrer que cette métaphysique existe, qu'il suffit de la débarrasser de la rouille du passé, de détails peut-être trop prolixes, et enfin d'erreurs de physique et de physiologie inévitables pour nos ancêtres.
Nous pourrions considérer notre lâche comme achevée ici; mais nous ne répondrions ni à l'attente du lecteur, ni à la tendance de l'esprit humain qui est daller toujours au plus loin, si nous n'indiquions en terminant la solution du problème le plus élevé proposé par la métaphysique, quand elle constate la nécessité d'une action qui donne l'être aux substances de l'univers, problème qui nous montre derrière l'inconnu de l'essence, une autre chose plus grande et plus inconnue, naturellement du moins, dont on peut cependant dire encore quelques mots et que toutes les nations appellent Dieu.