‹ La metaphysique en présence des sciencesChapitre 28 sur 32 · VIE INTIME DE DIEU · texte numérisé non relu

VIE INTIME DE DIEU

Il nous vient ici un désir, téméraire peut-être, mais que d'autres ont éprouvé avant nous, celui de pénétrer un peu plus avant dans la vie divine, et de considérer ce qu'elle peut être pour impliquer à la fois l'unité qui résulte de son identité à l'être et la fécondité sans laquelle on pourrait croire que l'idée même de la vie disparaît.

Il semble qu'il y ait une certaine multiplicité essentielle à la vie, celle du sujet, de l'opération et du terme. Dans la créature ces choses sont distinctes, non pas substantiellement toujours, mais au moins formellement. Si on les identifie tout à fait, ne fait-on pas disparaître en même temps jusqu'à la dernière trace de l'idée de vie et de la fé-

• Non enini vite meœ viae vestrœ et cogitatioties meœ cogitatioues veetrse, dicit Doininus. {Isaîe.)

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condité qu'elle implique, qui est certainement une perfection ? Si la vie peut être immuable, si elle peut se passer du mouvement et du changement, peut-elle se passer de toute diversité ? L'unité absolue ne serait-elle pas, en fin de compte, cette unité morte et abstraite, dont les métaphysiciens d'Alexandrie ont par trop abusé ?

Mais comment concilier l'unité avec la variété ? Il nous semble possible que ces deux notions ne s'appliquent point en Dieu de la même manière. Ainsi quand nous parlons d'essence et de substance nous ne parlons que d'unité. Nous confessons qu'il n'y a qu'un acte simple, et que cet acte n'est autre que l'être même et l'essence. Mais toutes ces iden tités étant admises et proclamées, ne reste-t-il pas encore quelque chose ou la variété puisse trouver place? Vous avez ôté de l'action les différences substantielles, formelles et même virtuelles. Il n'y a rien qui passe d'un être à un autre, d'un état à un autre, d'une perfection à une autre. Il reste cependant une chose, ce sont les relations '. Le même être peut être distinct, suivant les relations où on le considère, selon qu'il est point de départ

1 Substracto autem motu ab actione et passione nil remanet nisi relatio (S. Th Somme IhéuL, I', 45, 1.)

OU point d'arrivée, possesseur ou possédé, connaissant ou connu. Cette diversité est réelle, si l'acte est réel encore que les deux termes soient d'ailleurs identiques. Nous n'aurions qu'une seule pensée, la pensée de nous-mêmes, qu'il n'y aurait pas moins une différence à faire entre l'intellect qui pense, le penser dans lequel il se déploie et la pensée qu'il formule*.

On est donc conduit naturellement à juger que les relations qui caractérisent la vie en nous subsistent également en Dieu. Il faudrait se représenter l'essence divine comme possédant, pour ainsi dire, trois attitudes, dans chacune desquelles elle est à chaque instant tout entière. Tout entière sujet, elle se pose en elle-même et ce premier moment peut être considéré comme analogue à l'être qui constitue les créatures dans leur unité actuelle et individuelle ; tout entière opération, elle se reproduit et ce second moment peut être comparé à l'intelligence ; tout entière enfin terme et but, elle se possède, troisième moment qui rappelle notre

< Relntiones quae consequuntur operotionem intellectus qafB sunt inter vcrbum inlell»»ctualiter procédons et illud a quo procedit, non sunt relationes rationis tnntum sed rei, quia et ipsc intellectus et ratio est qusedam res et comparatur realiter ad id quod procedit intellectualiter. (S. Th. Snmmr (héoL, 1% 28, 1.)

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volonté. Cette interprétation ferait saisir en quelque façon comment Têtre, l'intelligence et le vouloir sont en définitive un seul et même acte en Dieu, et elle nous mènerait sur le seuil du mystère de la Trinité «.

C'est sans doute après avoir médité ces choses, que Richard de Saint- Victor avançait qu'il est possible de démontrer le mystère de la Trinité '. Mais nous devons avouer, avec saint Thomas d'Aquin, que ces considérations étant fondées sur la manière dont nous concevons l'acte dans les créatures, nous ne pouvons être absolument certains par la raison naturelle que cette conception se vérifie en Dieu '. Ainsi le mystère reste mystère, bien que la raison en puisse pressentir quelque chose et trouver dans ses propres données des probabilités analogues. Revenons donc au seul point de vue qui convienne à la faiblesse de notre intelligence, Dieu considéré comme cause et comme principe universel.

1 Sola relatio multiplicat trinitatem. (S. Th. Somme théol., l; io, 2.)

* Credo sine dubio quod ad quamcumque explanationem ▼erita'.is non modo probabiliora argumenta, imo etiam necesr saria non desint. (/>e Trinit., 1. I.)

' Siuiilitudo intellectus nostri non sufÛcienter probat aliquid de Deo, propter hoc quod intellectus non univoce iavenitur in Deo et in nobis. {Suinmc ihéoL, I', il, 1.)

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