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CONNAISSANCE DE DIEU

On peut appeler intuition tout acte par lequel l'intelligence prend connaissance d'une réalité. En ce sens, l'intuition se retrouve dans toute connaissance intellectuelle et même en quelque façon

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dans la perception sensible. Mais certains philosophes admettent un acte spécial d'intuition, qui se cacherait au plus profond de notre intelligence, dont les objets sensibles encombrent le premier plan. Par cet acte nous connaîtrions Dieu, non dans sa personnalité, mais dans quelques caractères essentiels de sa nature. Cette manière de voir offre une solution si commode de la difficulté que nous nous sommes proposée ; dès que l'on atteint à Dieu auteur de toutes choses, il est si facile de trouver en lui toutes les données qui nous sont nécessaires, que l'on conçoit la séduction qu'elle a exercée sur beaucoup d'esprits élevés.

Est-il croyable toutefois que nous ayons de Dieu une intuition si intime, quand nous voyons qu'aucun homme n'arrive en fait à la connaissance de Dieu sans le secours de la tradition ou au moins du raisonnement ? Bien plus, même avec ces secours, plusieurs refusent de confesser son existence. Qu'on ne dise pas qu'ils commettent un mensonge, une négation purement verbale. Telle n'est pas l'opinion de saint Thomas d'Aquin qui reconnaît que l'on peut réellement penser que Dieu n'est pas, et qui rappelle ce mot du psalmistc: « /'msensé a dit dans son cœur : il n'y a pas de Dieu '. »

• Somme théuL I*, ?, 1.

Mais peut-être n'est-ce que le Dieu de la traditioD que nierait l'insensé ? Il méconnaîtrait seulement l'identité du Dieu de la religion révélée, avec cette idée d'infini dont son âme porte l'empreinte. Le raisonnement aurait à démontrer cette identité. Quant à l'idée même d'infini, ou d'être pur, les partisans plus ou moins décidés du système de Malebranche ne font aucun doute que ce ne soit une forme spéciale qui nous représente l'essence absolue : « L'être simplement dit, remarque Mgr Hugonin, est conçu comme excluant par la plénitude de son être tout commencement et toute fin dans son existence, tout changement dans son être '. » C'est donc bien Dieu lui-même qui nous est présent. Et s'il en était autrement, comment concevrions-nous des choses éternelles, nous qui ne faisons que passer au milieu de choses qui passent ?

La scolastique, qui ne peut être soupçonnée d'hostilité à l'idée de Dieu, n'admet aucune des raisons des ontologistes. Elle enseigne que nous n'avons directement aucune idée vraiment et absolument nécessaire, éternelle ou infinie. Nous verrons ailleurs comment saint Thomas d'Aquin et ses disciples expliquent la formation des idées

' Ue l'Ontologie ou de$Loit de la pensée, t. ii, ^i. lo*}.

abstraites qui présentent ce caractère, et quelle différence ils mettent entre l'idée vague d'être indéfini que nous concevons naturellement et qui n'a point de limite parce qu'elle n'est déterminée à aucun mode d'existence, et l'idée d'un être concret renfermant toutes les perfections possibles ' . Ici nous n'avons point à prendre parti, nous n'avons voulu que nous demander si la supposition d'une intuition de Dieu peut servir de base scientifique aux notions métaphysiques. Nous répondons sans hésiter ; non, parce que nous nous appuierions sur une donnée bien plus contestée que la valeur des notions que nous voulons affirmer, et parce que cherchant à convaincre des hommes qui ne veulent croire que ce qu'ils touchent, nous ne saurions leur offrir une hypothèse abstraite qui n'a pas môme en sa faveur l'unanimité dus docteurs spiritualistes.

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