‹ La métaphysique et la science; ou, Principes de métaphysique positiveChapitre 10 sur 29 · PRÉFACE. XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXI

mystique prévaut sur Tesprit critique et philosophique. On voit que les sciences physiques et morales ne sont point assez avancées pour permettre a la métaphysique ancienne une synthèse vraiment scientifique. La seconde commence par une doctrine qui n'est matérialiste que dans sa philosophie naturelle. L'idéalisme s'y produit tout d'abord par un puissant effort du génie, au lieu d'être préparé par les théories de la métaphysique de l'imagination. Enfin, Téclectisme de Leibnitz, plutôt historiqiie que philosophique, ne résume pas dans une juste mesure les trois systèmes qui le précèdent et le préparent. En somme pourtant, le mouvement général de la philosophie moderne manifeste suffisamment la loi qui régit la pensée individuelle.

Du reste, les lacunes, les irrégularités, les contradictions plus ou moins nombreuses qui se font remarquer, soit dans l'histoire de la philosophie, soit dans l'histoire de la pensée individuelle, infirment d'autant moins cette loi qu'elles s'expliquent par des causes indépendantes du mouvement logique inhérent à l'essence même de la pensée. Si la pensée, individuelle ou générale, était toujours libre et spontanée, de manière à n'obéir à d'autre impulsion qu'à la dialectique intime qui l'entraîne, la loi serait absolue et sans exception. Mais, chez les individus comme chez les écoles et les époques philosophiques, certaines causes extérieures, parmi lesquelles il faut compter l'influence des traditions et de l'éducation, modifient d'une manière plus ou moins sensible le cours logique et naturel des mouvements de la pensée. C'est ce qui explique pourquoi tant d'esprits débutent par des aspirations spiritualisles ou mystiques, avant de passer par les inévitables conceptions du matérialisme ; pourquoi d'autres liréludent brusquement à la croyance scientifique par des

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recherches purement critiques ; pourquoi cVautrcs enfui commencent par un éclectisme ou un syncrétisme plus ou moins confus, avant d'arriver à des idées nettes mais exclusives sur les vérités métaphysiques. C est également à cela que tiennent les anomalies plus ou moins graves que nous signalent, dans chaque époque, les historiens de la philosophie. Si l'école de Pythagore est spiritualiste en morale et en théologie, tout en étant matérialiste dans sa philosophie naturelle, c'est que l'influence de la tradition s'y fait sentir. Le matérialisme, chez elle, est le fruit naturel de la méthode, tandis que le spiritualisme est un emprunt fait à une tradition, soit religieuse, soit étrangère, mais certainement indépendante de la méthode toute géométrique et des principes tout mécaniques de la philosophie pythagoricienne. Le même phénomène, avec un caractère encore plus marqué, se reproduit à l'avènement de la philosophie moderne. Si libre dans ses mouvements, si fidèle à la méthode que nous paraisse la pensée de Descartes, il n'est pas douteux que Tceuvre des Méditatiom est encore plutôt de démonstration que d'invention. Quoi qu'il ose dans son doute méthodique, la substance de la doctrine lui est donnée par l'éducation théologique et scolastique du temps; son originalité est bien plus dans la méthode que dans le fond des idées. Quant à Leibnitz, s'il se montre éclectique tout d'abord, cela vient de son goût prononcé pour l'histoire; spiritualiste pur par la pensée, il est éclectique par l'érudition. Toutes les exceptions à la règle s'expliquent facilement par les mêmes causes, ou des causes analogues. Livrée à elle-même, la pensée huniaine parcourt jusqu'au bout le cercle des phases que lui impose une dialectique intime et irrésistible. Si elle ne suit pas d'abord la ligne naturelle, si elle en dévie ou s'en écarte, si elle la

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rompt en plusieurs endroits , eela tient à rinfluenee (1(3 causes qui modifient son activité propre, soit au début, soit dans le cours, soit au terme de son développement.

Enfin, pour tout dire, il faut ajouter que cette évolution complète de la pensée n'est pas le fait de tous les esprits. Il en est beaucoup qui restent en route, faute de force, de courage, de souplesse, d'étendue ou de finesse. Il y a lés esprits bornés, qui s'enferment et s'entôlent dans une sorte de monomanie systémalique. On a beau leur crier qu'ils sont dans un trou où l'horizon des choses leur échappe ; ils sont sourds à tout écho, aveugles A toute démonstration de la vérité. Il y a les Imaginatifs, qui ne comprennent les choses qu'autant qu'ils peuvent se les représenter; ceux-là ne sortent guère des constructions et des conceptions de la philosophie mécanique. Il y a les anthropomorphistes obstinés, auxquels le sens métaphysique manque au point de ne pouvoir comprendre les conditions d'existence de l'Infini et de l'Universel. Il y a les mysticpies, dont la sensibilité maladive s'effraye des épreuves laborieuses, des incertitudes et des angoisses par lesquelles doit passer tout esprit ferme et libre, avant d'arriver à la vraie foi, à la foi de la science. Ceux-là, ou n'entrent pas dans la carrière philosophique, ou, après y ôtre entrés, l'abandonnent avant d'atteindre le terme de leurs efforts, pour se réfugier dans le ténébreux et muet sanctuaire d'une théologie révélée. Il est aussi d'imperturbables logiciens que l'intuition de la vérité, si nette, si vive qu'elle soit, ne peut affranchir d'Une formule ou d'un syllogisme. 11 est enfin de subtils abslraclewrs de quintessence que nul sentiment de la réalité ne peut distraire des spéculations raffinées qui leur ont fait perdre de vue le mofide de rexpérience. Toutes ces variétés d'esprits, pour une raison

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