‹ La métaphysique et la science; ou, Principes de métaphysique positiveChapitre 14 sur 29 · XXXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXII PRÉFACE

L'histoire n'enlre que pour une très faible part dans ce livre ; je n'y touche qu'à propos de la critique des systènies. Comme J'avais à considérer les systèmes dans leurs principes et leurs types généraux plutôt que dans leurs développements et leurs variétés, j ai cru devoir me dispenser de citations. Les doctrines de la philosophie ancienne, et de la philosophie moderne jusqu'à Kant, sont assez connues et assez bien expliquées pour que la critique puisse opérer sûrement sur des simples résumés.' Il n'en est pas de même des derniers systèmes de la philosophie allemande, et particulièrement du système de Hegel, le plus obscur, le plus complet, le plus important de tous; ce dernier ne pouvait être connu du lecteur français sans une exposition assez développée. Mon ignorance absolue de la langue me privant de l'avantage de puiser aux sources, j'ai dû m'en rapporter aux traductions et aux résumés les plus estimés, particulièrement au consciencieux ouvrage de M. Wilm, qui a obtenu les suffrages de l'Académie des sciences morales. L'opinion des juges les plus compétents sur ce grand travail est que, si la critique est incomplète et parfois superficielle, l'analyse et les traductions sont d'une parfaite exactitude. J'ai donc pu, sans trop de témérité, prendre ce livre pour base de mon exposition et de ma critique. Si cette partie du livre est la plus difficile à saisir, cela ne tient pas à l'insuffisance des éléments dont j'ai disposé, mais à l'obscurité native des idées et des formules de cette philosophie. Sauf erreur, j'incline à croire qu'on ne pourrait, sans la refaire, la rendre beaucoup plus accessible à l'esprit français. Refaire à nolreoisage la pensée et la langue philosophiques de l'Allemagne serait assurément une entreprise fort utile, mais qui n'entrait point dans le dessein de ce livre. J'ai taché d'êlre pussi clair que

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possible, sans rien changer à celte pensée ni à celle langue. Ai-je réussi? Le lecteur en jugera.

Les amants jaloux de la philosophie française trouveront peut-être ma critique trop sympathique à la philosophie allemande, et regretfelf'ont que mes conclusions s'en rapprochent autant. Si ma pensée a rencontré celle des puissants esprits dont s'honore cette philosophie, c'est en suivant une logique toute naturelle, et sur laquelle la tradition de de la pensée allemande n'a nullement influé. Il y a plus; c'est que je n'ai compris quelque chose aux obscures formules de Schelling et de Hegel qu'après être parvenu moi-même, par une analyse et une critique toutes françaises, aux grands principes et aux vues profondes de cette école. Jusqu'à ce que j'en fusse là, les conclusions m'en paraissaient paradoxales, et môme inintelligibles. Cela m'est arrivé, du reste, pour toutes les grandes doctrines de l'antiquité et des temps modernes. Il m'a toujours été impossible de les comprendre, à moins d'un travail assez lent et tout personnel de ma pensée. Cette habitude est même si forte chez moi, que j'ai beaucoup de peine, en ne voulant exposer que la pensée d'autrui, à ne pas y mêler la mienne propre. Je n'ai pas la faculté de m'assimiler immédiatement la pensée d'autrui, et l'ai toujours admiré la merveilleuse facilité de l'esprit français à la réfléchir sans l'absorber. Mon esprit ne s'est ouvert à la philosophie allemande que le jour où une pensée analogue, toute de réflexion personnelle, y est entrée.

Du reste, je l'ai dit au début de cette préface, je n'aime nullement à penser seul. Je suis donc heureux de me voir en si forte compagnie. Si certains lecteurs trouvaient que je n'ai pas fait preuve de goût, en préférant l'école allemande à cette autre société d*excellenfs esprits et de grands écrivains

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