‹ La métaphysique et la science; ou, Principes de métaphysique positiveChapitre 17 sur 29 · DEUXIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

DEUXIEME ENTRETIEN

Le Savant. — Eh bien! en avez-vous pris votre parti? A vous voir ainsi préoccupé, je crains que votre défaite ne vous reste sur le cœur. Il faut que la métaphysique soit une sirène bien dangereuse, et qu'on ne se dérobe pas facilement au charme de sa voix. J'ai ,eu beau la réduire au silence; vous prêtez toujours Toreille de ce côté, comme s'il devait vous venir quelque grande révélation. Ne feriez-vous pas mieux de vous joindre à nous ? Quittez donc enfin le pays des ombres et des rêves pour le séjour de la lumière et de la réalité.

Le Métaphysicien. ~ C'est précisément ce que j'ai fait depuis notre dernier entretien. Je l'ai visité, votre séjour de lumière, et je vous avoue que je n'en reviens pas tout à fait content.

Le Savant. — Vous m' étonnez. Je ne vois pas ce qui. a pu vous laisser des doutes ou des regrets. Par quelque côlé que vous considériez nos sciences, par leurs résultats, leurs progrès, leurs principes, leurs méthodes, leur objet, vous retrouvez partout les signes infaillibles de la science, l'évidence et l'autorité. Qui s'avise aujourd'hui de les révoquer en doute sur aucun de ces points ? Vous ne voyez pas même d'esprits faux, d'amateurs de paradoxes, de chevaliers des

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causes désespérées, qui se vouent à une tâche aussi ingrate. Les résultats de nos sciences sont à Tepreuve de la critique et du temps. Nul ne songe à contester nos théories, depuis qu'elles se bornent à des analyses, à des classifications, à des inductions sûres. Leurs progrès sont éclatants comme la himière du soleil. Les aveugles eux-mêmes, c'est-à-dire les ignorants, y croient, entraînés par la foi universelle. Et depuis que nos principes ne sont plus de stériles abstractions, coBune au temps de la physique péripatéticienne; depuis qu'ils ne sont autre chose que les faits attestés par une (d>servation exacte, vérifiés par une expérimentation savante, généralisés par une induction sûre, qui penserait à les remettre en question ? Il a fallu du temps pour en venir aux vraies méthodes. L'esprit humain est impatient; il aime mieux spéculer qu'observer ; le résultat est plus prompt et plus brillant. Mais enfin, depuis Galilée, Bacon et Newton, tout embarras, toute incertitude a cessé sur la marche à suivre . La méthode des sciences physiques et chimiques, astronomiques, naturelles, est à jamais fixée. Quant à la méthode des sciences mathématiques, elle n'a jamais été incertaine. Dès le berceau, elfes ont fait comme Hercule ; leur premier signe de vie a été une œuvre virile, et elles ont marché d'un pas ferme et sûr dans la voie de la -vérité. Je ne parle pas de l'objet de nos sciences. Il est fixe, constant, tellement visible à tous les yeux qu'il n'a besoin ni d'être défini, ni mètne d'être exprimé pour être présent à Tesprit. C'est la réalité sensible, l'étendue abstraite elle nombre pour les mathématiques ; pour Tastronomie, la physique et la chimie, les corps considérés dans leurs grandes masses, leurs actions générales et réciproques, leur constitution intime et élémentaire; pour l'histoire naturelle, toujours les corps, mais étudiés

dans leur structure, leur organisation, leurs fonctions. Ainsi, sur tous ces points, rien à contester, rien à éclaircir, rien à chercher. La subtilité des métaphysiciens est grande; mais je doute que vous puissiez ici nous opposer un argument sérieux.

. Le Métaphysicien. ■-— Je n'en ai nulle envie. Les arguties ne sont pas démon goût. Vous êtes invincible sur ce terrain* Aussi n'est-ce pas sur la solidité de vos sciences que j'élève des doutes. Seulement je suis frappé de leur insuffisance. Depuis que vous avez exclu la métaphysique du domaine de la science, c'^st à vous de satisfaire l'esprit humain sur toutes ces questions Ihédogiques, cosmologiques^ physiologiques, psychologiques, que la métaphysique n'a pu résoudre. Or j'ai beau prendre mie à une vos sciences si fières de leurs progrès, je ne vois pas qu'elles soient en mesure de le feire. Votre astronomie, par exemple, est la plus admirable, la plus parfaite de vos sciences. Elle nous a fait connaître avec la dernière exactitude le nombre, la figure, la vitesse, la direction, la distance des corps qui composent le système solaire. Etendant ses explorations au monde lointain des étoiles, elle nous en a décrit la géographie, ne s'arrêtant qu'aux limites extrêmes du ciel visible. C'est un prodigieux effort de la science humaine; maisxîe n'est point encore assez pour l'esprit. Le ciel de l'astronomie moderne, si vaste qu'il soit, est encore fini. La science nous conduit du système solaire au ciel des étoiles, du ciel des étoiles au ciel des nébu-^ leuses , et s'arrête là. Est-ce à dire qu'au delà il n'y ait plus rien ?

. Le Savant. — La science ne le prétend pas.

Le Métaphysicien. — Je le crois bien. Mais où la science se tait, l'esprit aftirme. L'imagination nous représente le

système céleste enveloppé par l'espace pur de toutes paris. Mais l'espace pur n'est que le vide ; le vide, c'est le néant. La pensée répugne invinciblement à cette inintelligible abstraction. Nul esprit, pas plus celui du savant que celui du métaphysicien, ne peut rester enfermé dans ee ciel que la science a ouvert à la contemplation. Il £aut à la raison un ciel sans bornes, un système infini de mondes qu'elle ne connaît pas, qu'elle ne connaîtra jamais dans son infinité, mais qu'il lui est impossible de ne pas concevoir a priori. Réduite aux limites de l'observation et du calcul, votre idée du ciel, malgré sa grandeur, reste à une distance incommensurable de la réalité.

Lu Savant. — J'en conviens.

•: Le Métaphysicien. — Si l'astronomie est muette sur y infinité du monde» elle n'en fait pas comprendre davantage la vie universelle. C'est beaucoup sans doute d'avoir montré la régularité, la correspondance, l'harmonie des mouvements des" corps célestes, en un mot, le système du monde solaire. Mais est-ce assez pour la raison? Sous cette harmonie extérieure ne devîne-t- elle pas une harmonie plus intime? Sous cette unité de système ne voit-elle pas une unité plus organique et plus substantielle? Peut-elle s'arrêter à la simple représentation mécanique de corps isolés dans l'espace, telle que la science nous la donne ? N'est-ce pas là un jeu de l'imagination, une illusion que dissipe la vraie lumière de la pensée ? Ne Sentez-vous pas ici l'insuffisance des conceptions astronomiques ?

Le Savant. — Nos savants reconnaissent que l'astronomie ne satisfait pas à toutes les exigences de la pensée humaine, Seulement ils ne croient pas que la science soit tenue de répondre aux questions qui dépassent son domaine.

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Le Métaphysicien. — C'est facile à dire. Mais l'esprit ne se résigne pas aussi aisément que votre science. H a d'autant plus raison d'insister, que cette science, sans s'en douter, se laisse prendre à des images qui ne représentent nullement la vérité. Votre idée astronomique du système céleste repose sur la conception abstraite de l'espace pur, concéption nécessaire à la représentation des phénomènes, mais dont la valeur réelle, la vérité objective est plus que dou<> teuse. Vos astronomes sont dupes d'une illusion; ils prennent une construction géométriquepour une théorie scientifique, un échafaudage provisoire pour la base elle-même du système astronomique. Votre conception générale n'est pas seulement incomplète, mais fausse, quelle que soit la vérité des faits et des lois qui lui servent de fondement. Il vous faut donc la rectifier vous-mêmes ou la laisser rectifier par une conception plus rationnelle.

Le Savant. — Nous lailssons ce soin à la métaphysique.

Le Métaphysicien. — Ne raillez pas; vous aussi, vous faites de la métaphysique, parce qu'il est impossible de se faire aucune idée des choses sans elle. Seulement vous le faites mal et sans vous^n rendre compte. Mais passons à une autre science. J'admire beaucoup la géologie. En la fom dant sur la physique, sur la chimie, sur la minéralogie, sur la paléontologie, sur l'observation et l'induction, vous avez fait une science véritable de ce qui n'était jusqu'ici que roman d'imagination ou superstition théologique. La géo^ logie décrit merveilleusement la surface du globe, pénètre dans les couches intérieures qui en composent la croûte, explique les grands phénomènes dont elle est le théâtre, les mers, les continents, les fleuves, les montagnes, les volôâns, les tremblements de terre, fait l'histoire des révolutions du

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globe, et tout cela sans fictions et presque sans hypothèses. Mais, en résumé, quelle idée générale nous donne-t-elle de la terre ? Une simple masse, une agglomération de matières condensées et formant une sphère durcie à la surface, voilà toute la conception géologique de la science. L'esprit ne saurait se contenter d'une idée aussi grossière et aussi pauvre; il lui faut une conception plus rationnelle. Cette masse sphérique n'est pour lui que la forme géométKque, la simple enveloppe d'un système* organique, d'un être réel, d'un véri* iable individu. '

Lb SAVAifT. r- Pourquoi ne pas attribuer aussi à la terre une âme, et même une intelligence ?

Lb Métàphtsicien. — Cette idée est certainement plus près de la vérité que votre conception scientifique $ mais c'est encore une fiction. On abuse de l'induction quand on assir mile la terre à une plante ou à un animal . Les notions positives que nous donne la science sur les éléments, la constitution et l'organisation de la terre ne nous permettent pas d'aller jus* qu'à cette hypothèse. Mais elles nous autorisent parfaitement à lui attribuer une certaine unité organique qui en fiût un individu, au lieu de cette simple unité de rapport que lui accorde votre géologie, la:quelle n'y voit qu'une collection d'éléments.

Lb Savant. — La science n'a pas pensé à cela.

Lb MÉTàPHYsiciE^î. — Je le crois bien. Votre science voit, décrit, classe, mais ne pen^e pas. Elle abandonne cette fonction à la piétaphysique qu'elle dédaigne, ou à la théologie à laquelle elle montre plus de respect, sinon de confiance. Toutes vos sciences positives en sont là. Vous n'avez pas ^e science plus riche que la physique. Tous les grands agents de la Nature, la pesanteur, la chaleur, la lumière, réiectricité,

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le magnétisme y sont décrits dans leur mode d'action, ramenés à leurs lois, mesurés dans leurs degrés, comparés dans leurs rapports. Mais cela suffit-il à nous donner une idée générale de la Nature? Si riche qu'elle soit, cette- science n'a pas d'unité, ne forme pas de système. Les théories s'y succèdent, comme les phénomènes dans l'espace, sans lien, sans ordre, etc^omme au hasard. Les diverses parties de cette science sont jutant de monographies à peu près indépendantes les unes des autres. Quelques esprits généralisateurs ont cherché et reconnu des rapports entre la lumière, l'électricité et le magnétisme. Mais ces essais sont rares et peu du goût du monde savant. La physique est loin d'avoir la même unité que l'astronomie. Elle ne s'élève point au système de^ la Nature comme celle-ci s'élève au système du monde.

Le Savant. — Sans doute. Mais cela ne tient-il pas à la différence des objets? Les phénomènes physiques sont autrement nombreux et complexes que les phénomènes célestes ; ils ne comportent pas la même simplicité dé formules et d'explications.

Le Métaphysicien. — Je l'avoue. Mais convenez aussi de votre côté que. le défaut de vues générales a singulièrement contribué à ce morcellement de la science. 11 en est de même de la chimie. Je ne suis pas de ceux qui veulent ramener cette science à la recherche d'un principe élémentaire unique. L'analyse a fait justice de cette prétention qui avait son origine dans une notion fausse de la substance matérielle. La vieille métaphysique ayant imaginé une matière dont l'attribut essentiel serait retendue, l'unité de substance était passée en axiome, et l'ancienne chimie n'avait d'autre but et d'autre souci que de ramener les corps composés à cette substance

unique. Dieu sait les efforts qu'elle fit, les artifices qu'elle mit en ceuvre pour arriver à son résultat. Ce fut en vain. Depuis que Texpérience et l'analyse ont rectifié nos idées sur la nature et la composition des corps, on ne craint pas d'étendre la liste des corps simples, quand les faits le réclament. Ce n'est donc pas cette grande variété de principes élémentaires qui me choque ; je l'accepte parfaitement, telle que la donne l'analyse chimique, mais à la condition qu'on n'y voie pas autre chose que le produit et l'expression de cette analyse. Je veux bien que ces principes soient des actions, des forces non décomposées, peut-être même non décomposables de la Nature; Mais je n'entends pas que votre analyse en conclue rien contre l'unité de la Nature elle-même. Pour vous et pour tous les chimistes, la Nature est un mot et non un être; c'est une abstraction qui exprime la collection des corps composés et des corps simples dont l'expérience nous révèle l'existence. Ces corps sont les seuls êtres, et tout s'explique par l'action réciproque de leurs propriétés essentiellement primitives. C'est le système des atomes transformé par l'analyse en une théorie scientifique. Croyez-vous que la philosophie de la Nature puisse en rester là ?

Le Savant; — Ce n'est pas notre affaire de résoudre de pareils problèmes;

LÉ Métaphysicien. — J'attendais cette réponse. Mais votre fliéorie atomique est déjà une solution. Vous faites de la métaphysiqiie malgré vous ; malheureusement vous en faites à l'usage de l'imagination et à rencontre de la raison. * Le Savant . — Je crois que vous vous méprenez sur le but et la vraie portée de nos sciences. Il fautdistinguer deux choses : les faits et les théories. Les faits et leurs lois en constituent la partie solide et vraiment scientifique; Les théories n'y ont

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qu'une autorité provisoire et une importance secondaire. Elles servent à coordonner les faits plutôt qu'à les expliquer réellement. C'est ainsi qu'il convient d'apprécier la théorie chimique des atomes, la théorie physique des ondulations, la thé(n*îe géologique des soulèvements, certaines constructions géométriques des astronomes. La science a renoncé à «onder l'essence des choses. Elle ne veut savoir de la Nature que œ qui lui est nécessaire pour agir sur elle, la gouverner cm la transformer. Depuis les préceptes de Bacon, depuis les exemples de Galilée, de Newton et de tant d'autres, la phi** losophie naturelle laisse les causes pour les lois, dont la connaissance suffit pour lui assurer le gouvernement de la Nature, pour la dompter, la discipliner, la diriger, la faire servir à ses besoins et à ses plaisirs. Toutes les sciences pratiques, tous les arts, tous les procédés de l'industrie, autrefois livrés aux hasards de l'empirisme, aux caprice» de l'imagination, ne sont aujourd'hui que de simples appli*^ cations des théories. Cette heureuse alliance des sciences proprement dites et des arts a produit depuis deux siècles ces merveilles de l'industrie qui font la gloire et le bien-»êb*e des sociétés modernes.

Le MÉtAi^HtsiciEN. «^ L'industrie est en effet la fille des sciences ; elle leur doit ses plus grandes inventions, ses plus précieuses découvertes. Mais l'industrie n'est pas le seul but pratique^ le seul art de la science humaine. Il y a longtemps qu'on l^a dit : l'homme ne vit pas seulenient de pain. Les scieîlcés, les arts de la matièi^e pourvoient aux besoins de la Vie physique. Mais il y a d'autres besoins^plus nobles, plus humain^^ tout aussi impérieux qu'il faut satis&ire ou supprimer. Les supprimer, vous n'y penses pas; ce serait réduire l'homme à la bête^ Le plus grossier matérialisme a

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toujours reculé devant cette monstrueuse métamorphose; tout en niant le principe, il en a reconnu certains effets. Ne pouvant fermer les yeux à l'évidence, il a toujours admis avec le spiritualisme, avec le sens commun, cet ordre de sentiments, d'affections, de passions, d'idées, de facultés qui distinguent l'homme de la béte. En un mot, personne n'a jamais nié la vie morale avec tous ses besoins et toutes ses aspirations. J'espère que, si vous en tenez compte dans la science même de rhonune, vous ne l'oubliez pas dans la définition de la civilisation. Vous n'êtes pas de ceux qui pensent que l'homme, individu ou société, n'a rien à chercher après la satisfaction de ses besoins ou de ses désirs corporels. Vous croyez, avec Bacon votre maître, que la religion et la morale, la science de Dieu et de l'âme est le baume nécessmre à la conservation des sciences humaines et de la société. Vous pressentez fort bien l'avenir d'une civilisation privée de ce feu sacré. Quelle que soit la puissance des armes, la grandeur des ressources que l'industrie lui ait mises dans tes mainS) c'est une proie assurée pour la mort ou la barbarie. Vous savez tout cela. Un de vos esprits les plus philoso^ phiques n'a pas craint de confesser hautement rinsuflisance dersciences proprement dites : « Les sciences physiques et naturelles, dont la méthode est si puissante, n'ont aucune efficacité philosophique. L'unité leur manque ; elles ne forment pas un tout, un ensemble lié pat* une doctrine cominmie ; et stirtout elles laissent en dehors le phénomène complexe et immense des sociétés humaities. Oii aurait beau cntnbinef sans fin toutes les notions sur res{)ace et le mou* Ifement^ sur le système céleste, sur les agents physiques^ tàît lèis (Compositions chimiques, sur l'anatomle et la physio^ logie^ otin'en ferait sortir aucune solution touchant cë ëujet^ le

plus compliqué, le plus difficile, le plus important detous(l). >> Et pourtant, en exterminant la métaphysique du domaine de la science, n-en avez- vous pas banni l'esprit, Tâme, Dieu, le beau, le bien, le saint, toute poésie, toute morale, toute religion, tout principe de vraie civilisation? N'y laisserez-vous qu'une science qui abaisse l'esprit de l'homme et rétrécit son horizon, qu'un art dont les bienfaits énervent son caractère et corrompent son cœur* Car, pour répéter la grande parole de Bacon, sans le baume des doctrines religieuses et morales, l'industrie n'est plus que le poison des sociétés civilisées.- Le Savant. — Vous parlez d'or, et je me garderais bien de vous arrêter, si je n'étais de votre avis. Tout esprit bi^ élevé est parfaitement convaincu de Tinsuffisance de l'ki* dustrie à civilisa à elle seule les individus et les sociétés. Si la science et l'humanité en étaient réduites aux sciences et aux arts de la matière, vous auriez beau jeu contre nous. Nous n*aurions rien de mieux à faire que de nous mettre aux genoux de la métaphysique. Mais j'espère que nous pourrons nous passer de son secours, sans que la so^ ciété, la morale, la vraie religion y perdent rien. Qui songe à priver nos sociétés modernes des sciences morales? Qui ne les regarde comme le sel même de la civilisation, comme le parfum conservateur des sociétés ? Qui ne sait que, sans elles, toute société civilisée se corrompt, se dissout, se pétrifie bien vite? Cela ne fait pas question entre nous. Mais qui vous a parlé d'exclure toute doctrine morale et religieuse du domaine de la science ? Nous n'avons banni que la méta^ physique. Autant nous nous défions de cette vaine étude, autant nous avons d'estime pour la science qui, depuis un siècle surtout, entreprend de fonder la morale, la politique, toutes

(i) Littré, Conservation^ réfX)luHon et positivisme^ chap. P*.

les sciences du bicn^ du beau, du juste sur Tanalysc de la nature humaine. Cette science nous inspire toute confiance, depuis qu'elle a renonce aux spéculations métaphysiques pour se borner à recueillir, ù observer, à décrire, à classer, à généraliser les faits. Elle ne se fait pas aussi rapidement que nous le voudrions, parce qu'elle trouve encore un obstacle dans l'esprit métaphysique ; mais enfin elle se fait depuis le jour où elle a pris notre méthode, où elle a laissé les hypothèses pour les fails, les abstractions pour l'analyse, la chimérique poursuite des causes pour la recherche des lois. Assurément s'il est des questions vitales pour les individus et les sociétés, ce sont celles qui concernent leur fin, leur destinée, leurs devoirs et leurs droits, leur moralité, leur dignité, leur humanité. Mais où est le secret de toutes ces choses ? Est-ce dans les ténèbres de la spéculation ou dans les clartés de l'analyse ? Est-ce la métaphysique qui lé révélera ou la psychologie? L'expérience a déjà prononcé. Depuis que la science observe et ne spécule plus, elle a jeté plus de lumière sur les problèmes moraux que les systèmes les plus ingénieux de la métaphysique. Et en effet voyez comme renchaînement de tous ces problèmes est simple, comme la solution en est facile, depuis que la métaphysique a fait place à la psychologie. Si l'homme, individu ou société, a tels droits et tels devoirs, c'est qu'il a telle fin ; s'il a telle fin, c'est qu'il a telle nature. L'analyse de la nature humaine contient donc la révélation de sa fin ; la fin connue, il est facile d'en déduire la loi de l'homme, ses devoirs et ses droits. La politique ou science sociale est contenue tout entière dans la morale, et la morale dans la psychologie. Qu'avons-nous besoin de la métaphysique ? Quel peut être son rôle dans des questions de faits, dans des sciences d'ob-

servation, sinon d'embrouiller, d'obscurcir, de discréditer les vérités morales les plus simples et les plus certaines ? Tous les bons esprits sont d'accord sur ce point. La philosophie morale n'a point d'autre méthode que la philosophie natu^relle. La métaphysique est encore aujourd'hui le plus grand obstacle aux progrès de la première, comme elle rétait, il y a deux siècles, aux progrès de la seconde. Le mot d'ordre de la critique, depuis Kant Jusqu'à Jouffroy, c'est l'analyse substituée à la spéculation, les faits mis à la place des systèmes. Toutes les sciences vraiment inspirées par l'esprit moderne ont définitivement rompu avec la métaphysique, la psychologie et la morale aussi bien que la physique et l'histoire naturelle. Elles ont compris qu'il y va du salut de la philosophie morale, et de l'autorité de ces vérités nécessaires aux individus comme aux sociétés. Quelle base en effet pour de telles vérités que le sable mouvant des systèmes ? Quelle autorité que la douteuse et vacillante lumière de la métaphysique ? Comment convaincre, en en parlant le langage, de« esprits habitués à la rigueur, à la précision, à l'évidence des analyses ou des démonstrations scientifiques? Il faut en prendre votre parti. Le temps des systèmes est passé; le jour de la science est venu, et ses premières lueurs ont déjà dissipé les rêves de la métaphysique.

Le Métaphysicien. — On parlait ainsi à la fin du defnlei* siècle. Mais la métaphysique, que vos savants avaient crtie morte, a soulevé la pierre de son tombeau , et a reparu aux regards étonnés du xix® siècle, aussi radieuse, aussi vivante^ aussi éloquente que jamais. Votre dédain est un anachro* nisme; vous êtes en retaM dé cinquante ans.

Le Savant. — Si cette résurrection delà métaphysique était

sérieuse, après les coups que lui a portes la critwiue du dernier siècle, il faudrait le regretter pour Tavenir des sciences morales. Mais une chose me rassure ; toute cette philosophie n'est que de Thistoire. La foi des métaphysieiens ressemble beaucoup à celle des croyants de notre siècle. On admire, on adopte les œuvres du génie; on va même jusqu'à les restaurer. Y croit-on sérieusement ? Il n'y paraît guère à Tincroyable facilité avec laquelle on change de doctrine. Foi, si Ton veut, mais foi d'érudils et d'artistes, non de vrais croyants. C'est l'histoire de ces néophytes qui croient au catholicisme par admiration pour le gothique. On prête son intelligence, son esprit, son talent, son éloquence, son en^ thousiasme même à l'exhibition des vieux systèmes. Maison préfère le rôle d'historien à celui de critique. 11 en coûte de prendre parti entre des gens de si bonne compagnie et qui parlent si bien ! Et si parfois on s'y décide, c'est plutôt pour obéir à l'idole du sens commun ou des convenances sociales que par des raisons de critique sérieuse et libre . En tout cas, tt Ton reproduit souvent, si l'on restaure parfois, on ne produit, on n'invente guère. Qu'est-ce que la métaphysique du XIX* siècle, sinon une véritable renaissance ? C'est l'histoire, et non la pensée Ubre et créatrice, qui est la source de toutes ces conceptions qui semblent nouvelles, après la systématique ignorance du siècle dernier. L'esprit humain avait si profondément oublié son histoire qu'il a prisses souvenirs pour des idées. Cette métaphysique est aussi pauvre en systèmes originaux qu'elle est riche en érudition. C'est que l'esprit métaphysique proprement dit^ au milieu de ses ridiesseS) est plus timide, plus découragé^ plus impuissant que jamais» En France, eti Angleterre^ en Italie, partout excepte 'en Allemagne^ il est resté sous le coup des critiques

du xviii'^ siècle. Et si, au delà du Rhin, après Kant, il a fait un puissant effort pour se relever, le voici qui retombe, du moment qu'il n'est plus soutenu par le génie. Aujourd'hui il ne donne plus guère signe de vie nulle part Le goût des questions, des vérités morales reprend partout. On sent le besoin des sciences de l'esprit, trop longtemps étouffées par le bruit des progrès de la philosophie naturelle et des merveilles de l'industrie. On a soif de poésie, de morale, de religion. On pousse même la légèreté et l'impatience jusqu'à reprendre des croyances toutes faites, sans songer que la première condition d'une croyance sérieuse est la réflexion libre et personnelle. Mais qui parle encore de métaphysique? Personne n'est plus dupe de ses illusions, ni de ses promesses. Au sein de l'indifférence universelle, votre sollicitude me touche ; mais elle m'étonne. Tout a changé autour de vous, et vous seul ne semblez pas vous en apercevoir. J'ai le regret de vous le dire, vous êtes un revenant du xvir siècle. Le Métaphysicien. — Ma foi, tant pis pour mon siècle, si c'est là son dernier mot. Je veux bien passer pour un revenant, non du xvii' siècle, comme il vous plaît à dire, mais d'un monde qui sera toujours la patrie des esprits élevés. Je conviens toutefois qu'en restituant à la psychologie et à l'analyse les sciences morales, vous venez d'enlever à la métaphysique le plus beau diamant de sa couronne. Si je n'étais ici qu'un avocat plaidant sa cause en public, je devrais faire les plus grands efforts pour lui maintenir ce précieux privilège. Mais l'intérêt de la vérité passe avant tout. Entre nous, vous avez raison sur ce point. Quoi qu'il arrive de la métaphysique, les sciences morales n'en doivent point partager la destinée ; car elles ont leur existence indépendante et leur autorité propre. Entre la psychologie, base et point de dé-

part de toutes ces sciences, et la métaphysique, il y a toute la différence des faits aux questions, comme Ta si bien expliqué JoufTroy dans sa préface de Reid. Quel que soit le sort des questions métaphysiques qui touchent à la substance même du principe de la vie morale , les faits n'en resteront pas moins ce qu'ils sont. Ces questions ont leur intérêt et même leur nécessité, ainsi que je le montrerai plus tard. Mais la psychologie s'en passe et s'en trouve d'autant mieux. Car il n'y a rien de plus funeste ù la science que le mélange de méthodes, de principes, de questions différentes. La métaphysique a gâté la psychologie, tout comme la psychologie a corrompu la métaphysique. La psychologie sera d'autant mieux faite qu'elle sera faite sans conceptions a priori^ sans préocupation de doctrine ou de système, uniquement sous l'œil de la conscience et sous la fidèle impression des faits. Quant aux sciences qui en dérivent, comme la morale et l'esthétique, il y aurait peut-être quelque exagération à soutenir qu'elles ne doivent rien aux lumières de la métaphysique. La vérité est que toutes les sciences se tiennent, se soutiennent et s'éclairent entre elles. Mais enfin ces sciences n'en ont pas moins dans la psychologie leur base, leurs principes et leur méthode. Supprimez la métaphysique, elles y perdront peut-être en élévation et en grandeur; mais leur existence n'en sera point atteinte.

Le Savant. — Je suis heureux de me trouver d'accord avec vous sur ce point.

Le Métaphysicien. — Cette conclusion me réjouit, loin de m'affliger. Je vois avec sécurité que, dans cette discussion, les sciences morales et les intérêts sacrés qui s'y rattachent, ne courent aucun danger ; que la métaphysique seule est en jeu, et qu'il ne s'agit que d'une satisfaction à donner ou à

70 msm^FrsANCB des scienges.

refuser a Tinquiète ardeur de la pensée. Mais enfin je trouve que, même réduite à ces limites, la question qui nous divise a encore un grand intérêt. Les sciences morales, nous l'avons dit, ont leur base en elles-mêmes, exactement comme les sciences physiques. Mais, si riches que puissent les faire Tobservation et l'analyse, elle ne suffisent pas plus à l'esprit que les sciences physiques. Quand la psychologie a énuméré, décrit, classé les phénomènes de la vie morale, croyez-vous que tout soit dit? La pensée peut-elle s'en tenir à une collection de faits, de lois ou de facultés ? Est-ce que cette collection, si complète qu'elle soit, répond pleinement à l'idée (pie nous nous formons de l'homme? Est-ce que la pensée n*est pas invinciblement conduife aux problèmes de la nature et de l'unité de l'être humain, de l'âme et du corps, et des rapports qui les unissent ? Je veux bien que ces problèmes n'aient pas reçu jusqu'ici une solution vraiment scientifique, que tantôt l'imagination, tantôt l'abstraction scolastique ait égaré la science qui essayait de la résoudre. 11 n'en est pas moins vrai qu'ils forment un complément nécessaire de la psychologie. Si vous les supprimez, vous laissez l'esprit en pleine absurdité. Le sens commun lui-même vous dira que l'homme est un être, et non une collection de sentiments ou d'idées.

Le Savant. — Je ne pliis le nier.

Le Métaphysicien. — De même, quand l'histoire, cette psychologie générale, a recueilli, décrit, classé les faits dont se compose la vie de l'humanité dans le temps et dans l'espace, crôyez-vous qu'il ne reste plus rien à faire? La plupart de nos historiens ne voient dans l'histoire qu'une succession d'époques, et dans l'humanité qu'une collection de peuples. V humanité est une abstraction pour l'analyse historique, tout

de même que Vûme ou Yesprit est une abstraction pour l'analyse psychologique. Le sens de l'universel manque ù tous vog savants, quel que soit l'objet de leur étude, astronomie, géo* logie, physique, chimie, psychologie, histoire. Mais il ne manque pas à Tesprit humain. Toute science qui le méconnaît se condamne à une vue étroite, et jusqu'à un certain point fausse de la réalité. Toute histoire particulière s'explique par rhistoire universelle. La nature, la destinée, la fonction de chaque peuple, de chaque race, de chaque époque, ne se dessine bien que dans son rapport avec la civilisation générale. Hors de là toute explication est incomplète. Je sais que la philosophie de l'histoire a ses détracteurs et ses dangereux amis. Mais on a beau s'en moquer ou en abuser, l'histoire universelle n'est "une science qu'à cette condition. Elle est la science de l'humanité, comme la psychologie est la science de rhomme. Si l'humanité n'est qu'une abstraction, l'histoire universelle n'a plus d'objet. Tout se réduit à des monographies historiques plus ou moins riches, plus ou moins intéressantes.

Le Savant. — Cela est évident.

Le Métaphysicien. -7 Enfin, il est un mot sans objet, une abstraction absolument inintelligft)le pour toutes vos sciences, aussi bien celles de l'homme que celles de Ta matière, c'est le mot, c'est l'idée de Dieu. ' N'y eût-il que cette lacune dans la science, .telle que la font l'observation et l'analyse pure, ne trouvez-vous pas qu'elle suffirait pour justifier les spéculations métaphysiques ? Je regrette assurément qu'on abuse de ce grand mot et de cette suprême idée, qu'on les définisse mal, qu'on les fasse intervenir à tout propos et pour toute explication. Mais enfin ils occupent trop de place dans l'esprit et dans le langage humain pour n'en pas trouver du tout dans la science.

72 INSUFFISANCE DES SUENCES.

Le Savant.— Tous les systèmes métaphysiques en parlent diversement. Lequel dit vrai ?

Le Métaphysicien. — Je ne suis pas en mesure de le savoir en ce moment, n'ayant pas encore soumis à l'analyse et à la critique les principes et les méthodes de la théologie. Mais qu'importe ? la question Ihéologique n'en existe pas moins. Elle demande une solution que jusqu'ici l'état empirique de vos sciences ne comporte guère. Dieu ne peut être ainsi exilé du domaine de la pensée humainç, parce que vos méthodes, ne peuvent l'atteindre. Vous trouvez, non sans raison, que la métaphysique n'a pas réussi à le faire comprendre et à le démontrer. Alors chargez- vous de cette tâche vous-mêmes. Faites sortir de vos sciences une théologie rigoureuse. Et ce que je vous dis de Dieu, je le dis de tous les grands problèmes dont la solution semblait réservée à la métaphysique. Laissons-la de côté pour le moment. Depuis que vous l'avez exclue de la science, vous y régnez seuls , vous Toccupez tout entier. Votre responsabihté en est d'autant plus grande. C'est à vous de répondre à toutes les questions que pose l'esprit humain ; non pas sans doute quand il se laisse conduire par l'imagination, mais quand il s'inspire véritablement de la raison, ainsi que nous venons de le voir tout à l'heure. Or il est bien clair que les sciences n'y répondent pas dans leur état actuel. Mais ne peuvent-elles pas y répondre ? Ce que la science proprement dite ne nous donne pas, la philosophie des sciences ne pourra-t-elle pas nous le donner ? Est-ce la faute des savants si elles n'ont pas comblé jusqu'ici la lacune laissée dans la science humaine par l'exclusion de la métaphysique? Ou bien est-il dans la nature même des sciences de ne pouvoir le iturc, même dans leur plus haute philoso-

INSCFFISANGE DES SCIENCES. 73

phie ? C'est un problème à résoudre avant de passer outre. Je souhaite sincèrement aux sciences le succès qui a man* que à la métaphysique. Quand il y a un tel intérêt en jeu, les questions d'amour-propre disparaissent. Que la science puisse se passer de la métaphysique pour résoudre les problèmes dont celle-ci avait eu en quelque sorte le monopole jusqu'ici, notre vanité de métaphysiciens pourra en souffrir. Mais qu'importe ? Nous avons été malheureux et impuissants dans la poursuite de ces grands problèmes, moins peut-être que vous ne l'avez dit. Mais enfin il faut bien avouer que nous n'avons pas su ou pas pu donner à nos solutions la netteté, la précision, l'exactitude, l'évidence des analyses et des démonstrations scientifiques. Tant jpis pour nous. Soyez plus habiles ou plus heureux : nous ne nous en plaindrons pas. La métaphysique sera perdue, perdue sans retour par votre succès. Mais la science de Dieu et des plus hautes vérités rationnelles sera sauvée. Voyons donc vos moyens de solution.

Le Savant. — Ils sont bien simples. L'observation, lexpérience, l'induqtion aidée du calcul, voilà pour la méthode. Les faits et les lois, voilà pour les résultats. Rien de plus, rien de moins. Notre devise est la sage maxime de Ne\yton : hypothèses non fingo. Ces moyens de connaissance vous semblent bien bornés. C'est avec cela pourtant que la science a découvert le système du monde inutilement imaginé ps^^ les métaphysiciens et rêvé par les poètes.

Le Métaphysicien. — Les faits et les lois, voilà donc toute la science pour vous, disciples fidèles de Bacon.

Le Savant. — Oui sans doute. Que voulez -vous de plus? Seulement vous ne nous croyez pas l'esprit assez grossier, assez étroit, pour n'admettre dans le domaine de la science.

7/i INSUFFISANCE DES SCIENCES.

que les phénomènes et les lois de la matière. Je me suis suffisamment expliqué pour que ne conserviez aucune prévention à cet égard. La science a pour objet toute réalité ; son critérium estrévidence ; sa méthode l'observation. Toute étude, toute recherche où se réunissent ces conditions, est scientifique, quelle qu'en soit la matière. Nous croyons à la réalité morale, comme à la réalité physique, à la lumièjre de la conscience comme à la clarté des perceptions sensibles, à l'analyse des faits moraux comme à l'observation des phénomènes physiques.

Le Métaphysicien. — J'entends bien. J'ai aifaire à un esprit trop élevé pour s'en tenir au brutal empirisme des écoles matérialistes. Mais enfin vous ne voyez rien, vous ne cherchez rien au delà des faits et des lois. C'est là un empirisme habile et savant, qui comprend toutes les sciences morales, en tant qu'elles reposent sur l'observation et l'analyse; mais c'est toujours de Vempirisme,

Le Savant. — Permettez. Vous savez qu'uii mot suffit pour faire pendre un homme. Il suffît aussi d'un mot pour ruiner une doctrine. Empirisme est une étiquette équivoque et fâcheuse pour une science. 11 signifie ordinairement, dans l'histoire de la philosophie, cette école qui a pris pour devise l'axiome célèbre ; nihit est in intellectu quod non fuerit prius in sensuy et qui, dans le problème de l'origine des idées, rapporte tous les cléments de la connaissance humaine à rexpérience, niant l'entendement, ses concepts, ses principes et ses objets. Grâce à Dieu, nous ne sommes point de cette école, nous autres savants, quelle que soit notre défiance de la métaphysique. Nous ne nous confions qu'à l'observation , qu'à l'analyse , c'est vrai. Mais en vertu même de la méthode expérimentale, nous croyons à tout ce

mSCPFlSANGE DES SCIENCES. 75

que nous révèlent l'observation et l'analyse, aux concepts de l'entendement, aussi bien qu'aux intuitions de rexpérience.

Dans toute connaissance nous distinguons Télément rationnel à côté de l'élément empirique ; nous acceptons parfaitement la réserve de Leibnitz : Nisi ipse intellectits. Nous reconnaissons avec Kant que, sans l'entendement, l'esprit n'aurait pas dénotions pour juger ni pour raisonner, et qu'il en serait absolmnent réduit à la perception et à l'imagination^ dos bêtes. Nous n'entendons mutiler ni l'intelligence, ni Ta science. En ce sens, nous ne sommes donc pas des empi-riites. Mais tout en distinguant, sur la foi de l'analyse et à l'exemple de Kant, les concepts de l'entendement des per* ceptions empiriques dont ils sont les conditions, nous en limitons comme lui la portée aux objets de l'expérience, et nous fennons ainsi la porte aux spéculations métaphysiques. Voilà notre empirisme^ qu'il serait plus juste d'appeler d'un nom moins suspect. Comme notre principe est de n'admettre dans la science proprement dite que les objets même du savoir, et non les vagues conceptions de la spéculation ; comme nous laissons à la métaphysique les principes invisibles, les causes, les raisons et les substances, pour nous attacher aux phénomènes et aux lois, purs objets de l'expérience, notre' vrai nom est science expérimentale, ou mienx science proprement dite, tandis que le vôtre est spéculation. La métaphysique engendre des systèmes , c'est-à-dire des conceptions abstraites, mais non de vraies connaissances ; c'est pourquoi nous la bannissons de la république des sciences. Le Métaphysicien. — Vous serez trop heureux de lui en rouvrir les portes. En attendant, elle vous laisse le champ Kbre et vous regarde faire. Puisque le mot d'empirisme vous choque, je le retire. Toujours est-il que votre science,

quel qu'en soit Tobjet, physique ou moral, matière ou esprit, se borne à la connaissance des faits et des lois. Or que sont les lois, sinon des faits généralisés et coordonnés entre eux? Mais ni la généralisation ni la coordination des faits n'en saurait être l'explication. Votre science est donc incomplète, puisqu'elle n'explique rien. Vous prenez le début pour la fin, et vous arrêtez l'esprit humain à son premier pas.

Le Savant.— C'est une œuvre bien modeste en effet que l'observation et l'induction pour des esprits superbes qui aiment à perdre terre tout à coup et à s'envoler jusqu'au sommet des choses, sur les ailes de la spéculation ; mais enfin voyons les résultats. La philosophie naturelle a pendant nombre de siècles plus spéculé qu\)bservé. Qu'a-t-elle vu du grand tableau de la Nature? Qu'a-t-elle compris de l'admirable système de ses lois et de ses forces ? Depuis qu'elle se borne à observer, elle a révélé à l'esprit humain surpris un monde bien plus grand que la métaphysique n'avait pu le concevoir, bien plus beau que la poésie n'avait pu le rêver. La poésie n'a jamais su que personnifier la Nature, et l'enfermer dans les représentations plus ou moins bornées de l'imagination. Elle a fait de l'immensité des cieux une voûte et un firmament parsemé de points brillants (pour ne pas rappeler une image plus grossière) dans toute son étendue. La spéculation métaphysique , avec de tout autres prétentions , n'a trouvé que des abstractions qui ont faussé le peu de connaissances positives que l'observation avait recueillies sur les propriétés et les lois de la Nature. Elle a inventé la matière, ce substrat inerte qui semble n'avoir pas d'autre fonction que de supporter les phénomènes. Elle a inventé le vide absolu qui n'est qu'un pur néant, pour y faire mouvoir à son gré ses atomes, autre conception aussi contraire aux lois de l'expé-

rience qu'aux notions de la raison. Elle a imagine Texplication du mouvement et de la vie universelle par l'impulsion mécanique, ou, selon l'expression de Pascal, parla chiquenaudedix doigt divin. Si elle n'a pas inventé, elle a emprunté à la théologie l'inintelligible création ex nihilo; et de concert avec cette même théologie, elle maintient et défend le Dieu tout-puissant, le solitaire Jéhovah qui a créé le monde un jour, pour le détruire un autre jour, qui suspend, change, supprime les lois naturelles qu'il a faites ; et par cette étrange conception elle justifie et confirme rationnellement la théorie des miracles. Et qu'a fait la science, celte science que la poésie, la métaphysique regardent du haut de leur grandeur, cette science qui observe et ne spécule point ? Elle a révélé à la poésie l'immensité des cieux, le nombre infini des mondes, l'harmonie des sphères, l'unité de la vie universelle, le vrai coimosj devant la beauté, la grandeur, la richesse duquel pâlissent tous les rêves de l'imagination. Elle a rectifié la métaphysique et la théologie sur toutes ces grandes questions de la matière, de la création, du principe moteur, du plan de l'univers et des lois de la Nature. Elle a rendu à la matière sa véritable essence, la force et la vie ; à la force motrice le mouvement par cohésion, par affinité, par attraction; à la création son vrai caractère de développement intrin* sèque, de génération spontanée ; aux lois de la Nature leur constance et leur universalité; à la Providence divine elle-même son immuable nécessité, en l'identifiant avec les lois physiques et morales du monde qui en sont les véritables arrêts. Bien des métaphysiciens avaient sans (Joute entrevu ces vérités, avant les découvertes de la philosophie naturelle. On avait protesté au nom de la logique et de la raison contre l'inertie de la matière, la

création ex nihilo^ le moteur mécanique, la Providence personnelle et par trop humainej les miracles. Mais Texpérience n'ayant pas prononcé, il semblait seulement qu'il ne pouvait en être ainsi. C'est la science qui a résolu la question de fait. On ne peut plus douter des forces de la matière, après ses expériences ; on ne peut plus douter de l'impossibilitç des miracles, après la découverte de ses lois; on ne peut plus soutenir l'impulsion d'un moteur mécanique, après la magnifique révélation de la loi de l'attraction universelle. La science en a fini avec tous ces rêves, avec toutes ces hypothèses par l'observation y quand la spéculation étaitégalement impuissante à édifier et à détruire. .

Le Métaphysicien. — Je vous écoute avec plaisir ; je n'ai qu'une crainte, c'est de vous voir rester à moitié chemin dans la belle carrière où vous venez d'entrer. Tout ce que vous dites de la science est vrai. Elle a détruit bien des préjugés, dissipé bien des erreurs qui eussent été un insurmonta* ble obstacle à la solution des grandes questions métaphysique» qui nous occupent. Elle a ainsi admirablement préparé le ter-* rain ; mais jusqu'ici elle n*a point essayé d'y construire. Elle a une telle défiance de tout ce qui ressemble à la spéculation; qu'elle se refuse aux conclusions les plus légitimes des faits* Elle observe, analyse^ expérimente, décrit, classe, induit) mais ne lui demandeji rien de plus. Comment, avec de tels procédés, atteindra- t-elle des questions qui dépassent la sphère de l'expérience ?

Le Savant. — Il me semblé que vous restreignez outre mesure la portée de la science. Tout en laissant à la méta> physique la vaine recherche des causes, la science ne s'en tient pas a l'observation et à la description des faits; elle les explique à sa manière. Il ne s'agit que de s'entendre sur lé

mot. Qu'est-ce donc qu'expliquer, sinon faire rentrer le particulier dans le général ? Or c'est ce que nous faisons perpétuellement. La loi de gravitation terrestre, par exemple, qui explique les divers phénomènes de la chute des corps, est elle-même expliquée par l'attraction universelle. Autre exemple. On cherche à ramener t\ un principe unique les phénomènes de l'électricité et du magnétisme. Supposez qu'on y réussisse : on aura simplifié, coordonne , ramené à l'unité deux ordres de phénomènes reconnus distincts et indépendants jusqu'ici. Voilà encore une explication. Vous voyez donc que les faits s'expliquent par les faits, les moins généraux par les plus généraux. Ramener les faits à l'unité, n'est-ce pas la seule expHcation que puisse se permettre l'esprit humain, sans s'égarer? Autrefois c'était l'unité de cause, l'unité de substance, l'unité de fin, quand la science se laissait séduire par la métaphysique. Aujourd'hui que l'expérience l'a rendue plus sage, c'est l'unité de loi seulement qu'elle poursuit. L'esprit humain aurait tort de s'en plaindre; la carrière est encore assez vaste. Les faits connus sont si nombreux, si divers, que la science a fort à faire de les coordonner et de les réduire en système. Peut-être pourrait-on lui reprocher de se laisser trop absorber par les détails. Tout entière à l'étude des individus^ à l'analyse des particularités , elle néglige les rapports , ne voit point les choses d'ensemble et par masses, semble oublier enfin que l'analyse est faite pour la synthèse. C'est le défaut actuel de nos sciences, j'en conviens. Elles ont raison de ne point chercher à franchir le domaine de l'expérience; mais elles ont tort de s'y arrêter à moitié chemin. Elles se perdent dans le détail dés faits ; elles répugnent aux vues générales , à tout ce qui ressemble aux spéculations métaphy-

80 INSUFFISANCE DES SOENGES.

siques. C'est un scrupule outré, puisque la synthèse s'y fait, comme l'analyse, sans sortir de l'observation. Étudier les choses dans leur rapport ou dans leurs différences, n'est-ce pas également observer? Si c'est la lacune qui vous choque dans les sciences, nous sommes d'accord. 11 n'y a pas d'esprit un peu élevé parmi nos savants qui ne reconnaisse la nécessité de vous donner satisfaction sur ce point. Parlez-nous d'unité, de synthèse, de philosophie des sciences ; nous vous entendrons. Mais si la métaphysique compte rentrer par cette lacune dans le domaine de la science, elle attendra longtemps. Nous n'avons que faire de son dangereux office.

Le Métaphysicien. — La métaphysique attendra en effet une meilleure occasion. Je reconnais que vous n'avez nul besoin d'elle pour vider cette querelle de famille qui vous divise. Vous avez vos partisans de l'analyse et vos amis de la synthèse, vos observateurs microscopiques et vos généralisateurs plus ou moins hardis. Mais les uns et les autres se meuvent également dans le cercle de l'expérience. La métaphysique est parfaitement étrangère à leurs débats. Je veux être juste envers vos sciences. Les mesquines proportions auxquelles les réduisent vos empiriques laisseraient trop beau jeu à ma critique; j'aime mieux les prendre telles que les comprennent et essayent de les faire vos meilleurs esprits, avec leurs vues générales et leurs synthèses. Mais que sont ces vues générales et ces synthèses elles-mêmes ? Encore et toujours des faits, des faits plus généraux dans lesquels tout le reste vient se coordonner. Vous avez grand soin de le dire vous-même, vous n'entendez pas sortir de l'expérience. Or c'est là précisément que .vous attend la métaphysique. Ramener des faits à des lois, des lois à d'autres lois plus générales, ce n'est rien expliquer. Par exemple la loi de

UfSIJPrttÀlfGB DES SaENCES* 81

TattractioD universelle, cette grande découverte due au génie de Newton, simplifie la science en ramenant à un mode unique tous les modes connus de gravitation ^ quels que soient les lieux, les corps, les mondes où ils se produisent. Mais en quoi cette loi explique-t-elle le fait ? EUe nous apprend que toute matière connue gravite autour d'un centre; mais elle nous laisse ignorer le pourquoi et le comment, la raison et la cause. Généraliser n*est pas expliquer. On a beau i»'élever dans l'échelle des faits et des lois; on n'atteint ni les iraisons, ni les causes, c'est-à-dire les vrais principes d'explication. L'autre exemple que vous m'avez cité n'est pas plus concluant. Le goût de la synthèse, dont nul esprit élevé ne peut se défendre, même dans vos sciences, a fait naître un problème dont plusieurs de vos savants les plus illustres ont poursuivi la solution. Les phénomènes de l'électricité et ceux du magnétisme peuvent-ils être ramenés à un principe unique? Quand vous dites principe, il ne faut pas prendre ce mot à la lettre : autrement nous retomberions en pleine métaphysique, ce que vos savants redoutent par-dessus tout. Cela signifie seulement dans la langue des sciences que l'on eberche à ramener à un seul les deux ordres de phénomènes reconnus jusqu'ici distincts et indépendants sous les noms divers d'électridlé et de magnétisme. Assurément, si l'on réussit dans cette recherche, on aura fait un grand pas dans la philosophie de la Nature ; on aura, comme vous le dites, relié, coordonné, ramené à l'unité des faits dont la diversité s'était refusée jusqu'ici à cette réduction. Si une science s'enrichit et. s'étend par l'analyse, elle se simplifie et s'élève par la synthèse. La perception des rapports n'importe pas moins que la connaissance des détails. Mais il n'y a rien là qui ressemble à une explication véritable. En saura-t-on da- I. ^

82 UfSCmSANGE DES SCIKNGn.

vantage sut* le oomimeiU eXpaurquoiy sur la vraie cause et là' vrai principe des phénomènes?

Le Savant. *-^ Ces exemples voua donnât raison. J'en conviens, la loi n'explique pas réell^ooent le fait, qudque générste qu'dle soit.- Mais nos sciences ne se réduisent paa^ cootme vous semblés le croire, à des faits et à des loi». Elles ont en outre des théories pour les expliquer. Et noua aussîf nous voûtons savoir \e<omment et le pour^itun des chofiai« Nos théories ne sont pas du goût de tous lea savants. Moi empiriques ne s'en soucient guère, enfoncés qu'ils sont dans le détail des faits. Mais tous nos esprit» d'âite s'en préoeouK pent et croiraient £Edre descendre la sdenee, en la bof* nant à la connaissance des phénomènes et des lois. En of^ tique, par exemple, les physiciens iie se sont pas contentés de connaître les phénomènes <et les lois de la réflexion^ 4e la réfiraction, de la polarisation de la lumière, etc., etc.; ils ont cherché à les expliquer par diverses hypc^èses jdus ou moins scientifiques* Newton a prêté son génie et son nom à la théorie abandonnée 4es émanaiitmf» Aujourd'hui c'etf la théorie des ondulations qm prévaut. Dans cette hypothèse, on explique les phénomènes lumineux par les vibrations de Véther. Yoid comment la science procède dans la fonoaih tîon de sea théories. On n'observe que les phénomènes : la manière dont ils se produisent échappe i l'expériaice et à rinduetion. On suppose donc qu'ils se passmt d'osé certaine laçon. Si l'expérience ne contredit pas l'exfdicatîeB, si surtout die s'y prête plus qu'à tout autre, l'hypoithèse devient une théorie et prend rang dans la science. U ae s'agit donc plus ici du fait, ni de la loi, mais de la caus^ Ausa à l'expérience et à l'induction la science aionte-trens l'hypothèse: La théorie atomique eat encore une hypothèit

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qui dépasse rexpérience et l'induction. L'observation la plus microscopique ne peut surprendre le secret de la nature, dans le travail intime et absolument imperceptible de la composi^ tion et de la constitution élémentaire des corps. On est donc réduit à imag;iner les éléments et les conditions les plus simples possibles de ce travail ; et comme aucun fait, aucune liÀ n'est venue contredire, ou même contrarier cette hypo-* thèse, comme l'expérience la confirme de plus en plus, elle a passé dans la science à l'état de théorie. J'en dirai autant d'une hypothèse également célèbre , dans la géo«* logie^ sous lé nom de théorie des ioulèvemenU. L'histoire de la Nature a été longtemps à la merci des poètes, des my^* thologues et des métaphysiciens chimériques. La saine phi« losophie avait fini par faire justice de tous ces romans et de toutes ces fictions> et n'avait rien trouvé de mieux que de condamner absolument ce genre de recherches, faute de données positives. Elle comptait sans le génie de Cuvier et ÙM gécdogues qui ont retrouvé dans les fossiles l'histoire complète des diverses révoluticms du globe. Que ces révo* lutions aient eu heu, qu'elles aient engendré telles créations, dans tel ordre, dans telles conditions, avec tels grands ca» rKtères; c'est ce qui a été rigoureusement démontré par l'étude des fossiles et leur comparaison avec les êtres du monde actuel. L'observation comparée, l'analogie et Tin" doctioD ont suffi à cette révélation. L'hypothèse n'y a eu aucune part. . Mais quand il s'est agi d'expliquer comment ces révolutions s'étaient prodm'tes, il a bien fallu procéder par supposition. La théorie des soulèvements^ de M. Élie de Beaumont répond à une question de ce genre.Comment s'est produite la dernière révolution du globe, dont le caractère sainant parait avoir été un immense déplacement des eaux?

8ft INSUFFISANCE DES SCIENCES.

Nul ne le sait. Mais parmi les hypothèses, il en est une qui s'accorde singulièrement avec les faits , et que les découvertes géologiques de chaque Jour tendent à confirmer; c'est celle qui. explique le déluge, c'est-à-dire le mouvement des eaux, par le soulèvement successif de la masse terrestre du centre à la surface. Vous voyez par ces exemples et par mille autres qui sent présents à votre esprit que nos savants ne se refusent pas la recherche des causes et db quomodo des faits. Il y a presque toujours dans nos sciehces deux parties bien distinctes : ï'une toute expérimentale qui se borne à la connaissance des faits et des. lois, l'autre théorique qui les simplifie, les coordonne, les explique. Il n'y a pas de savant digne de ce nom qui n'ait la théorie en grande, estime, et n'y voie le complément et le couronnement de la science.

Le Métaphysicien. — J'en conviens ; vous ne vous bornez pas à observer les faits et à les généraliser ; vous essayez de les expliquer. Les lois ne vous suffisent pas ; vous cherchez les causes. A l'expérience vous joignez la théorie. Il semble dès lors que rien ne manque à votre méthode pour la soUh tion des grands problèmes qui nous préoccupent. Mais ne nous laissons pas abuser par les mots. Je crains que vos théories ne soient pas de nature à conduire au résultat que nous poursuivons. Commençons par nous entendre làdessus. Ces théories ont un double vice à mes yeux, Texpérience pure et l'hypothèse. Toutes les fois qu'il s'agit d'expliquer les phénomènes et les lois, vous procédez par supposition. Vous ne pouvez faire autrement, puisque l'expérience, seule autorité que vous reconnaissiez, ne suffît plus à résoudre la question^ Mais une hypothèse, si rationnelle qu'elle soit, n'est jamais par elle-même que probable. E^e ne devient certaine que par la vérification de l'expérience. Or

Texpérience ne vérifie réellement que les hypothèses qui portent sur la simple existence des faits. Tel phénomène échappe à l'observation ; la science le suppose pour le besoin de la théorie; puis Texpérience le vérifie. Tout est dit; Thypothèse se change en certitude. Mais il n'en est pas de même, lorsque l'hypothèse a pour objet l'explication d'un fait; alors la vérification est impossible, dans le sens strict du mot. L'expérience peut bien fournir à l'appui de l'hypothèse des faits qui la rendront plus probable mais non certaine, qui la confirmeront sans la vérifier absolument. Pourquoi cela ? C'est qu'une hypothèse qui a pour objet l'explication des faits a beau se prêter aux résultats connus, rendre compte^ de tous les feits observés, recevoir chaque jour la sanction de l'expérience; il n'est pas, ilne peut être parfaitement sûr qu'il n'existe point d'autre explication meilleure. Le monde des causes est infini. Vous en avez imaginé une qui rend compte de tous les faits connus. D'abord qui vous dit que l'expérience ne révélera pas plus tard des faits qui la contrediront? C'est ce que nous voyons tous les jours. Un seul fait nouveau , inattendu , extraordinaire, suffit pour renverser une théorie consacrée par le temps et l'autorité des savants. Mais quand même cette révélation ne devrait-jamais venir, quand tous les faits nouveauxne feraient que confirmer l'hypothèse, elle n'en serait pas moins condamnée à la probabilité, du moment qu'elle a pour objet une cause et non un fait; car rien ne prouve rigoureusement qu'elle ait rencontré la vraie cause. Sans doute, chaque fait nouveau qui se prête à l'hypothèse la rend plus probable ; et ainsi elle finit par acquérir un tel degré de probabilité qu'elle passe dans la science à l'état de théorie. Mais même alors elle n'a point le caractère de certitude. Par ex^uple, la théorie des soulèvements est tout à la fois fon-

86 INSUFFI&AIfGB DES iCIENCBS.

dée en raigon et en expérience. Tout la confirme, tout la îm^ tifie. Mailla Nature n'a4-elle qu'un procédé à sa dispontim? Egt*il , 6era«t-il jamais absolument démontré qu'elle n'a pays pu produire autrement lea mêmes résultats? Non. Donc cette hypothèse n'est et ne sera jamais que plus ou moins proba* ble* La théorie qui explique la transmission de la lumière a la même caractère. Elle explique les faits beaucoup mieux que tout autre hypothèse connue. Mais qui nous répond qu'elle a vraiment surpris le secret de la Nature? Gela estpro* bable, mais non certain. Toutes les hypothèses, toutes les théories de vos sciences en sont là, N'est-^ce pas un vice ra« dicâl ? N'est-ce pas déjà une grave raison pour que nous hésitions à vous confier ces questions morales et religieux que vous n'avez pas voulu laisser aux mains peu sûres de la métaphysique ? Convenez que ce ne serait pas la peine de les livrer à la science, si elle n'avait d'autre asile à leur offrir que l'hypothèse et la probabilité.

Le Savant. — Je ne puis nier Févidence ; je crains, comme vous , que ces questions ne soient pas plus en sûreté entre les mains de la science qu'entre celles de la métaphysique. Mais je ne vous comprends pas quand vous dites que l'expérience est un autre vice de nos théories. J'avais cru jusqu'à présent que c'en était le premier et le plus solide mérite.

Le Métaphysicien. — Oui sans doute, pour les sciences où l'explication des phénomènes est tout empirique. Alors c'est une boîine fortune et même une nécessité pour les hypothèses de pouvoir invoquer l'expérience. Sans cela, elles ne seraient que des romans de l'imagination. Mais veuillez remarquer que toutes vos hypothèses ne sont que des constructions empiriques , possibles en tant qu'elles

JHSOPFiaANCB DES SOBIIGIS. 87

sont d'accord avec l'expénence. Les savants ne font qu*expliquer les &its réels par d'autres faits supposés , rexpérience par une représentation de l'imagination. Ce n'est point l'explication des faits telle que nous Tentendons, nous autres métaphysiciens^ et telle qu'il la faut, si l'on veut sortir du domaine de l'hypothèse et de la probabilité. Expliquer dans le sens philosophique du mot, c'est ramener le fidtau principe, la réalité à l'idée, ce qui est à ce qui doit être, l'a posteriori à l'a priori. Quand la science en est arrivée là, il n'y a plus rien à chercher en fait d'explication. La nécessité du principe en implique la certitude. Si vous êtes parvenu à montrer que tel fait, telle série de faits a sa loi, sa raison nécessaire, tout est dit. L'<esprit est à la fois certain et satisfiut, tandis qu'une loi ou une cause empirique vous laisse totajours des doutes et des mystères { ce n'est jamais qu'une explication probable et provisoire. Or le principe, Tidée, la loi nécessaire, l'a priori sont des vérités qui dépassent la sphère de l'expérience et appartiennent à un monde supérieur où la raison et la spéculation seules peuvent atteindre. Toutes vos vérités d'observation et d'induction, phénomènes ou lois plus ou moins générales, hypothèses ou théories, ont leur principe d'explication hors de l'expérience, dans une sphère où l'induction ne peut conduire et où l'hypothèse n'a que faire. Ainsi, par exemple, la loi de l'attraction universelle généralise, universalise un fait, mais ne l'explique pas rationnellement, c'est-à-dire no !e convertit pas en une loi nécessaire. Elle nous montre que le fait est partout le même, mais non qu'il en doit être ainsi. Du fait général, universel même, à un principe, du phémomène à la cause, de la réalité à ridée, il y a toute la distance du contingent au néces- Mire, du relatif à l'absolu, de l'expérience à la raison. Il n'y

a qu'une science supérieure, la métaphysique de la Nature ^ qui puisse s'élever jusque-là. S'il est vrai, comme le prétend une philosophie fort en vogue en Allemagne, que l'attraction universelle soit l'une des deux forces d'expansion et de ^concentration dont l'antagonisme et l'équilibre sont la loi même de l'être et de la vie, voilà une loi contingente et empirique des physiciens convertie en une loi nécessaire et rationnelle qui l'explique véritablémenj. Les lois nécessaires, les principes a priori^ les idées, telle est la source de toute lumière, de toute explication rationnelle. On n'explique réellement les faits et les lois du monde physique, les faits et les lois du monde moral, qu'en les ramenant aux idées de la raison. C'est ce qu'ont fait les plus grands métaphysiciens dont s'honore Tesprit humain, depuis Platon et Arislote jusqu'à Schëlling et Hegel. C'est en cela même que consiste la métaphysique de la natui*e, la métaphysique de l'histoire, la métaphysique de toutes les sciences qui, bornées à l'observation, à la description, à la classification, à la générait* sation des faits, ^e renferment dans les Unîtes de l'expérience. On peut contester la solidité, mais non la portée de ces explications ; elles atteignent parfaitement leur but. L'unique question est de savoir si elles sont fondées en raison . Encore une fois l'a posteriori ne s'explique que par l'a priori^ l'expérience que par la raison. Les hypothèses, les théories purement empiriques de vos savants rallient, <50ordonnent, simplifient les faits, mais ne les expliquent point, parce qu'elles ne contiennent aucune vérité, aucune conception rationnelle, seul vrai principe d'expUeation. L'expérience» toujours l'expérience, voilà ce que l'on retrouve au fond de vos théories, aussi bien que de vos analyses, au sommet <K)mme au point de départ de vos sciences. Or le$ question^

IlfSOTFISANCB DES SCIENCES. 89

qui nous occupent ne sont pas du domaine de Texpérience; ce ne sont ni de simples faits à observer, ni des lois à cher-r cher, mais des principes a priori à découvrir, pour les &ire servir à l'explication de toute réalité. Avec Tobser^ vation, Tindoction et même Thypothèse, vous n'y pouvez iitteindre, parce que tout cela n'est que l'expérience plus ou nioins habilement employée. Il est donc inutile de vous demander la solution de problèmes dont les objets dépassent infiniment la portée de tous vos procédés. L'infini, l'absolu, l'idéal , Dieu, l'univers, l'esprit, l'âme, les causes, les raisons, les idées, les principes des choses échappent à vos investigations. *

Le Savant. — Je suis forcé d'en convenir.

Le Métaprtsigien. -^ La science est impuissante à ré^ soudre ces Questions. Vos hypothèses, si hardies qu'elles soient, ne peuvent jamais y atteindre. Et quand elles le pourraient, il ne faudrait en espérer que des solutions plus ou moins probables. Or c'est la certitude que nous cherchons. Après bien des efforts, après une longue et pénible marche, nous nous retrouvons au point de départ. Toujours les mêmes questions que vous ne pouvez ni supprimer ni résoudre. Que faire? Le sphinx est devant nous ; il lui faut une réponse.

Le Savant. — Pour nous, nous y renonçons. Nous reconnaissons que l'expérience seule ne contient pas le secret de ces grands mystères de la pensée humaine ; mais nous ne pouvons rentrer dans la voie périlleuse de la spéculation. Nous nous réiugnons à ne rien expliquer, s'il faut pour cela sortir de l'expérience. Nous savons trop ce que la philoso* phie naturelle était devenue pour avoir eu cette ambition. Nous ne sommes pas oublieux à ce point de notre histoire. Depuis que Bacon a ramené la science à son but pratique et

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à son véritable objet, eUe observe les faite, découvre les lois, sans se soucier de les expliquer; avec cette méthode, elle ne craint ni l'erreur, ni l'hypothèse. Si elle emploie ce der^ mer procédé, c'est comme un guide pour la découverte de nouveaux faits ou de nouvdles lois ; c'est encore connue moyen de reli^ et de coordonner les &its, ainsi que vous l'avez dit. Elle ne prétend point en donner une explication définitive; elle ne se fait illusion ni sur la portée, ni sur la solidité de ses théories. Elle les abandonne à la critique, à l'expérience, à l'épreuve du temçs ; mais elle garde ses fiûts et ses lois. Là seulement est la certitude, le progrès, l'utilité pratique de la science. ..

Le Métaphysicibsi . -^ C'est ausfid mon avis ; vous aveas vos raisons pour vous borner à l'étude des faits et à la recherche des lois. Ce n'est pas moi qui contesterai la légitimité de la réforme à laquelle la philosophie naturelle doit d'être devenue une science. Des esprits chagrins remarqueraient peut-être que, si elle a gagné en précision et en solidité, dk a perdu en étendue et en élévation; qu'en devenant pratique et industrielle, elle a abdiqué toute prétention spéculative ( qu'enfin, pour la fixei* plus soUdement à terre, la méthode de Bacon lui a coupé les ailes. La science s'e^t si bien trou^ vée depuis deux siècles de cette réforme, que la philosophie aurait mauvaise grâce à s'en plaindre. La science craint les hautes questions et se renferme dans l'étude des faits ; c'est son affaire ; c'est même son droit, pourvu qu'idla n'interdise pas ces questions à l'esprit humain et qu'elle n'impose point sa méthode purement empirique à la philosophie. Mais la phi<losophie naturelle n'est pas toute la science ; la philosophie morale nous tirera peut^tredMaire. Elle aussi est devemie une science depuis un mdt^ grâce à la méthode deBaoon et

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aiuc. études analytiques de Locke , de Condillac, de Yéccie écossaise, de Kant, de Maine de Biran, de Jouifroy, etc.; mais c'est depuis qu'elle a renoncé à la métaphysique et qu'elle est entrée franchement dans la voie de l'observation et ide l'analyse, le ne regrette point l'heureuse révolution qui «a a fiait une science expérimentale. Ce que j'ai à cœur de montrer, c'est qu'ainsi faites, les sciences morales sont tout lugsi impuissantes que les sciences naturelles à résoudre les problmes qui ont été considérés jusqu'ici comme étant du ressort de la métaphysique. La psychologie expérimentale n'a pas^ d'autre objet que l'observation des faits, pas d'autre but qu'une théorie des fonctions de la vie morale. L'analyse la Eût pénétrer dans les détails, les éléments, l^s différences; la synthèse lui fait percevoir les rapports, embrasser l'en^wmble, saisir l'unité de la vie psychologique. Mais la seconde méthode, pas plus que la première, n'atteint la nature même, la substance du principe des phénomènes. Ce principe est-il on ou multiple? Est-il esprit, est>-il matière ? Si cette question était du ressort de l 'expérience seulement, il y a longtemps qu'elle ne serait plus l'objet d'un doute.

Lk SAVÀfîT. *— Cela évident.

Lb MitiiPHYsiciBN.— Il en est de même de l'histoire. L'érudition, la critique, l'induction, l'analogie, l'hypothèse sont des procédés plus ou moins empiriques. Par l'érudition et la critique l'histoire connaît et vérifie les faits ; par l'analogie irt l'induction, elle s'élève aux lois ; par l'hypothèse plus ou moins appuyée sur les faits, elle essaye d'atteindre les causes, mais sans jamais sortir du cercle de l'expérience. Ces lois et ees causes ne sont encore que des faits généralisés ou reliés it coordonnés entre eux. C'est une méthode très phitosophitr que assurément que de ramener les faits politiques aux insti*

tutions, comme Tont fait Polybe et Montesquieu, les mstitutions elles-mêmes aux mœurs, les mœurs au génie des peuples et des sociétés. La philosophie de l'histoire peut encore s-élever plus haut. Partant de la notion abstraite et idéale de Thomme , telle que la psychologie la donne , die peut suivre à travers le temps et l'espace , le cours de la civilisation qui en est le développement progressif, mesuï^ant à cette idée l'importance des races, des peuples, des individus, des époques qui s'y succèdent. Mais 'qu'çst-ce qu'une race, un peuple, une époque? qu'est-ce l'humanité ? Ne fautil voir sous ces mots que des unités purement collectives , ou des unités réelles et vivantes ? Le génie d'une race ou d'tin peuple, l'esprit d'uile époque, l'idée de l'humanité, est-ce là des abstractions ou des êtres véritables? En un mot, n'y a-t-il de réalité que dans les individus, et l'Être universel de l'humanité ne serait-il qu'une entité métaphysique, conune vous dites, vous autres savants ? Voilà des questions que m la science, ni même la philosophie de l'histoire ne sauraient résoudre , et sans la solution desquelles pourtant il n'y a pas d'histoire universelle, dans le vrai sens du mot. Je sais bien que beaucoup de savantset même de savants philosophes ne voient dans ces êtres universels que des collections d'individus , et renvoient cette métaphysique de Thistoire aux univiBrsauœ de la scolastique. Mais ils se condamnent ainsi à laisser bien des faits, et les plus grands et les plus généraux, sans explication. Ainsi cette unité de sentiments, d'instincts , d'idées , d'institutions , de coutumes qui fait d'un peuple, d'une race, d'une époque, de l'humanité entière une sorte de personne morale et d'individu, reste un mystère pour toute science qui ne voit les choses qu'à la lumière de r^xpéri^ce.

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Lfl Savant. — J'avoue que nos historiens ne sondent guère ces problèmes.

Le Métaphysicien. — Voilà encore sur ce point Texpérience convaincue d'impuissance. Quant à la théologie proprement dite, il ne faut pas penser à en demander à l'expérience lies premiers éléments. Vos savants l'ont si bien compris qu'ils la rayent unanimement de la liste des sciences humaines, sauf à se diviser sur les moyens de la remplacer. Les uns, plus sincères et plus honnêtes, professent tout simplement que la théologie n'a pas d'objet, et que Dieu n'est qu'un mot vide de sens. Les autres, plus timides ou plus habiles, s'en remettent là-dessus aux lumières de la révélation et à l'autorité d'une religion quelconque. Or rien n'est plus logique que celte double conclusion. Pour la science réduite aux facultés, aux méthodes, aux principes de l'expérience. Dieu ne peut être qu'une abstraction verbale, comme l'infini, comme l'absolu, comme l'uniyerseK U n'y a que des . esprits dupes de leur imagination qui puissent chercher un pareil principe dans le monde de l'expérience. Leur Dieu sera un type emprunté au monde des sens ou au monde de l'âme. Nature ou personne, corps on esprit, il ne sera toujours qu'une idole. Vos sciences positives doivefit se résigner à ne jamais prononcer ce grand nom de Dieu.

Le Savant. — Il en faut bien convenir.

Le Métaphysicien. — Vous le voyez, les sciences morales n'y peuvent pas plus que les sciences physiques. La science, telle que la fait l'expérience, est impuissante à résoudre les questions que vous ne voulez pas confier à la métaphysique^ Et quand je dis la science, je comprends sous ce mot la philosophie des sciences elle-même, tlans sa

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plus large acception. 01)servation pure^ induction, observation comparée, analyse ou synthèse des faits, analogie et hypothèse, c'est toojoars rexpërience, à laquelle il n*est pas donné d'atteindre à de telle» hauteurs. Vos, sciences expé^ rimentales sont bien riches et bien fécondes ; elles empident les procédés les* plus ingénieux et les plus hardis; elles font chaque jour de merveilleuses découvertes dans le monde de la résàié. Il ne leur estpas^ donné de trouver une seule vérité a priorû Yotre philosophie des sciences est aussi pauvre que vos sciences sont richeis. Mais eût-elle tiré de ces sciences toutes les grandes vues cachées sous les ftdts qu'elles entassent, elle n'y trouverait pas de quoi combler les lacunes, que la pensée regrette dans les plus bdles eonc^tions cosmologiques. Elle aura beau pousser ses analyses, étendre ses synthèses; élever l'échelle de ses praicipes et de ses lois, elle n'arrivera jamais jusqu'à Tinfini, à l'absolu, à l'universel, à Dieu en un mot, . JLe Savaitt. — La science reconnaît son incompétence en cet ordre de questions; ^nais, d'autre part, n.'ai-je pas démontré la fragilité de la métaphysiqw? Nous voici donc arrivés à cette double conclusion- : que les procédés métaphysiques sont impuissants, et les procédés scientifiques insuffisants; Je ne vcin plus d'autre issue au débat que de laisser dormir dans la poussière des vieilles écoles les problèmes qui troublent votre scMnmdl.

Le Métapbysicien. -r- Peut-être serait-'oe le plus sage, si cela était possible. En tout cas, c'e^t une solution commode et tout à fait du ^oût de Uen des gens de ma connaîS' saice. ^ .

Lb Savaut;—.' Si crfa est possible, dîfes-vwis? L'osjprit ne saurait^il «(lettre uii frein à son indiscrète curiosité?

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Le M^APHTsunEN. — Est-ce curiosité, est-ce nécessité? Si c'était nécessité, il faudrait bien que l'esprit humain trouvât une solution à ces problèmes, une solution à tout prix, et par quelque procédé que ce fôt. C'est ce que nous rechercherons dahs le prochain entretien.-

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