‹ La métaphysique et la science; ou, Principes de métaphysique positiveChapitre 2 sur 29 · PRÉFACE. ^ VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. ^ VII

inollc cl indécise des esi)rils qui m'a décidé à faire un livre sur la métaphysique. Dieu, le i\londe,rhomme, leurs rapports, sont des problèmes cjui peuvent échapper, par leur fK)rtée transcendante, aux sciences positives, surtout préoccupées d'applications^i^tiques. Mais la pensée humaine ne peut en prendre de même son parti. Tandis que l'immense majorité, qui a besoin de doctrines toutes faites, l'eçoit sans hésiter ses solutions des mains d'une autorité quelconque, le nombre des esprits cultivés et fonnés aux procédés de la science est assez grand pour que la critique prenne la peine d'examiner si la liaison peut arriver A des solutions scientifiques, sur ces points comme sur le i^te. De telles questions méritent, ce semble, que les gens sérieux n'afTirmenl ou ne nient qu'en parfaite connaissance de cause.

Ia philosophie fi^ancaise contemporaine, l'école éclecti(iuc surtout, a excellé dans la critique des idées métaphysiques, fausses, étroiteset grossières, par lesquelles le xvni* siècle avait cru pouvoirremplacer définitivement les belles, mais quelque peu diimériques absfractions de la philosophie antérieure. Elle a ainsi pi^éparé le terrain sur lequel la scieni^ nouvelle, la vraie métaphysique du xix siècle pourra élever ses constructions. Mais elle serait dans une grande illusion, si elle croyait avoir fait davantage. Son œuvre dogmatique, sauf de rares et fort incomplètes tentatives, se réduit à la réinslallation de Tancienne métaphysique sur les ruines de la philosophie delà sensation. C'est Platon, Descartes, Malebranche, Bossuet, Fénelon, Leibnitz, Clarke, qui en font à peu près tous les frais ; méthodes, principes, idées, arguments, rien n'est bien nouveau dans la inélaphysiquc française de noire temps. Ce sont les mêmes cléments épurés cl combinés avec un art fort ingénieux, et exprimés dans une langue

Mil PUEFACE.

|)lijs siiii(ile et plus scientifique. Celle uiétaphysi(iuc |»cut bien Taire illusion aux esprits novices qui ignorent (|ue la critique de Kant et de son école Ta ruinée jusque dans ses l'ondements. Mais tous ceux qui en France ne sont pas restés étrangers au mouvement philosophique de TAllemagne, depuis Kant jusqu'à Hegel, n'en sauraient être dupes. On la goûte, on Tadmire comme histoire; mais on ne la prend pas au sérieux comme science. A son endroit, on en reste aux conclusions de la philosophie critique. Donc la question métaphysique, en France du moins, est plus neuve qu'elle n'en a Tair. Tout ce qu'on nous donne aujourd'hui sous ce nom date tout au moins du xvn* siècle ; il n'y a de nouveau que la forme. C'est ce qui fait que la science et la critique n'y attachent qu'un intérêt historique.

Je sais que chez nous la science est peu curieuse de métaphysique, et que la critique se complaît dans l'histoire. Les meilleurs esprits, les mieux nés pour la découverte et la démonstration de la vérité, s'en fient volontiers, comme le vulgaire, à ce qu'on est convenu d'appeler les lumières du sens commun. Il faut bien le dire, notre pays, même à ses jours de grande liberté, n'a jamais été la terre classique de la libre pensée. Le culte de la vérité y est rare, j'entends le culte désintéressé. On y aime, on y recherche la vérité, non pour elle-même, mais pour ses mérites et ses vertus pratiques. On n'y connaît guère plus la théorie de la science pour la science que la théorie de l'art pour Tart; on laisse ce principe à la savante et poétique Allemagne. Chez nous, quand un auteur publie un livre de philosophie, on ne lui tient compte ni de l'ardeur de ses efforts, ni de la rigueur de ses analyses et de ses démonstrations. Tout cela est regardé (»onnne un |)réambule de luxe qu'on ne s'arrête

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