XII PRÉFACE
sens. Je sais que Tabdleation des plus hautes facultés de Tintolligence est pour eux un signe de bon sens et d'aptitude scientifique. Mais je consens volontiers à passer à leurs yeux pour un chimérique, si par chimère ils entendent toute vérité qui dépasse Texpérience, ou ne peut se représenter à rimagination.
Ce qui est pour moi un bien autre souci, ce serait de choquer ces nobles et rares esprits que le sentiment du beau inspire encore plus que le sens du vrai. Ceux-là ont peine à goùler toute philosophie qui n'est pas fidèle à la grande tradition du xvu* siècle. Descartes , Malebranche , Bossuet , Fénelon, restent leurs oracles en métaphysique, parce qu'ils sont les éternels modèles de la belle langue philosophique. Ces écrivains, ces critiques d'un goût délicat ne peuvent entendre parler de tout ce qui n'a pas la clarté, l'élégance, la noblesse, la grande popularité de la pensée française. Surtout ils ont horreur des méthodes, des formules, des hardiesses, des obscurités de la pensée allemande. Personne plus que moi ne comprend et ne respecte ces scrupules. Mais enfin la science n'est pas l'art ; le beau langage ne peut sauver de la mort une philosophie qui a fait son temps. Si la loi du progrès est applicable quelque part, c'est dans le domaine de la science. Cette noble métaphysique du xvu* siècle a péri presque tout entière sous les coups de la philosophie critique. Une autre s'est élevée sur ses ruines, dans un autre pays que la France, et dans une langue bien différente de la nôtre. La Httérature peut le regretter; elle a, j'en convions, d'excellentes raisons pour cela. Mais la science, dont la viTité est le premier besoin, ne peut s'associer à ce regret d'artiste; encore moins peut-elle s'enfermer dans le culte d'une plilosophic qui n'a plus a offrir ù