PRÉFACE. XIII
ses adoraleurs que rélernelle beauté de ses formes. Je sais bien que nulle philosophie ne peut prétendre chez nous au droit de cité, si elle ne se présente sous les traits de la pensée et de la langue françaises. Mais du moment que les idées étrangères, les idées allemandes surtout, ont subi celte transformation, je ne vois plus de raison aux répugnances de nos beaux esprits. La vérité, comme tout ce qui est divin, n'a pas d'origine ; elle n'est d'aucun siècle, ni d'aucun pays. Tout ce que peuvent demander l'esprit français et l'illustre société des gens de goût qui en sont les organes les plus purs, c est que cette vérité se produise avec fous les signes qui la font reconnaître chez nous, la clarté, l'ordre et la correction classique.
Enfin, il est une autre élite d'esprits dont les sympathies me sont encore plus chères ; c*est la société des penseurs sincères, très réservés, très défiants de toute initiative révolutionnaire, mais inflexibles dans leur modération devant les séductions ou les violences de l'école théologique. Gomme ils tont avant tout amis de la vérité, ils n'ont jamais de parti pris contre les doctrines nouvelles ou étrangères qui leur en présentent les caractères. Mais ces esprits essentiellement conservateurs ont de prime abord peu de goût pour les nouveautés. Us aiment, ils embrassent volontiers le progrès des idées, pourvu qu'il s'abrite sous l'autorité des grandes traditions. Sf j'ai quelque inquiétude de ce côté, si je crains d'y éveiller des scrupules et d'y blesser des croyances infimes, ce n'est pas que je cxo\e mon livre aussi hardi qu'il peut le leur sembler. Je reste profondément atfaché à foutes les vérités qu'ils regardent avec raison comme la force, la vie et l'honneur de la philosophie; je reste spiritualiste, idéaliste, théiste comme e4ix, avec d'autres méthodes, un autre langage, et
My PRÉFACE.
aussi sans doute avec de notables réserves. Je ne me consolerais point de penser autrement que ces modestes et excellents esprits sur le fond des doctrines, et j'ai confiance que nous différons bien moins sur les choses que sur les mots. Penser seul est pour moi un supplice; j'ai au plus haut degré cette faiblesse de l'esprit français, si c'en est une. Si je supporte assez philosophiquement les hostilités des ennemis de la philosophie, j'ai grand besoin des sympathies de ses amis, surtout de ses sincères et incorruptibles amis. Je ne prétends nullement à une doctrine, à une méthode, à une idée originale ; je n'ai ni le goût ni le talent du paradoxe. J'ai voulu simplement exprimer, en la dégageant des obscurités naïves ou calculées qui l'enveloppent, la pensée métaphysique de notre siècle, pensée simple, naturelle, en harmonie avec le progrès des sciences positives, et à laquelle doivent se rallier tôt ou tard tous les esprits bien faits, pourvu qu'ils restent libres et fermes dans la recherche de la vérité. Cette pensée n'est pas absolument neuve. L'esprit humain l'a toujours contenue dans son sein, de même que toutes les grandes pensées qui servent de principes aux systèmes philosophiques. On la rencontre déjà, sous des formes obscures ou imparfaites, au fond des grandes religions et des grandes philosophies du passé. Le sentiment de l'Être universel et du lien qui y rattache les individus éclate dans les paroles de l'apôtre : In Deo vivimus^ movemur et sumus^ aussi bien que dans les abstraites formules de Plotin ou de Spinosa. Mais il était réservé au xix* siècle de lui donner sa forme complète et définilive, en l'épurant par la critique, et en le fécondant par la science. L'imagination a fait une idole de cette conception qui est la vérité métaphysique par excellence; l'abstraction scolastique en a