‹ La MéthémoglobineChapitre 9 sur 23 · SES SPECTRES ET SES COMPOSÉS · texte numérisé non relu

SES SPECTRES ET SES COMPOSÉS

Comme les hémoglobines dont elles dérivent, les méthémoglobines diffèrent un peu d’un animal à l’autre. Les procédés de préparation, qui viennent d'être exposés, pourratent même faire penser que l'on peut obtenir plusieurs méthémoglobines à partir de l'hémoglobine d'un même animal. En effet, nous avons obtenu, on l'a vu, à partir de l'oxyhémoglobine de cheval, par l'alcool et par le froid, tantôt de fines aiguilles prismaliques, tantôt de larges lablettes hexagonales, el, par le sulfate ammonique, des plaquettes losangiques. S'agit-il d'un simple polymorphisme ? Les trois sortes de cristaux donnent bien, en dissolution dans du carbonate de sodium au millième, les mêmes constantes spectropholométriques". Mais cela ne les rapproche pas autrement que les méthémoglobines des différents antmaux, que l'on admet n'êlre pas identiques bien qu'elles présentent les mêmes propriétés spectrales et spectrophotométriques. On voit donc quelle est la complexité de l'étude réellement chimique des pigments sanguins, et l’on n’en sera point surpris si l’on n'oublie pas, qu'à part le radical hématinogène (qui d’après Cazeneuve varierail aussi suivant les animaux, mais dont l'Ecole russe commence à éclaircir la constitution), le reste de leur énorme molécule est de

1 V, Zeynek a déterminé ces constantes pour les deux premières sortes de cristaux, nous avons été amenés, M, le professeur Ville et moi, dans un travail en cours, à faire les mêmes déterminations sur des solutions de cristaux au sulfate ammonique. Nos valeurs de £’/: concordent très bien avec celles de

y. Zeynek.

DE Mo

nature protéique. On entend donc par « la méthémoglobine » une entité qui présente les propriélés physico chimiques communes aux différentes méthémoglobines.

Les travaux récents ont peu ajouté aux propriétés déjà connues. Pour être plus bref et ne pas faire de double emploi, je renverrai pour leur étude, non seulement à l'excellent chapitre correspondant de la thèse de BerrIN-SANS mais aussi, pour ce qui y à élé ajouté depuis, à l'exposé clair, concis et complet qu'en à donné, en 1902, LamezinG (article Hémoglobine. ® suppl. Diet. Würtz, pp. 67 à 71). On ne trouvera done ici qu'un léger addendum et quelques réflexions.

Propriélés physiques autres que les propriélés spectrales

On donne des coefficients de solubililé de la méthémoglobine dans l’eau, mais on ne dil généralement pas que, comme l'oxyhémoglobive, elle est, aussi, soluble dans la glycérine.

À Games ! a montré qu'à l'opposé de l’hématine, qui est fortement magnétique, la méthémoglobine est comme l’oxyhémoglobine un corps lrès diamagnétique.

Puisque du côté chimique nous sommes arrêlés par la complexité albuminoïde de la molécule, c'est en poursuivant l'élude de ces propriétés physiques, qui de prime-abord semblent plus curieuses qu'intéressantes, que l’on arrivera à mieux pénétrer la mélhémoglobine. Ainsi, il serait intéressant de connaître son pouvoir rolaloire. ÀA.GamGeer et Grorr-Hizz ? ont, en eflet, montré que contrairement à l’opinion générale qui semblait faire de loutes les substances protéiques des corps lévogyres, l’oxyhémoglobine est nettement dextrogyre ([æ&] « = + 10°,4). L'histone, qui résulte du dédoublement de l'oxyhémoglobine, comme de celui de la méthémoglobine d’ailleurs, et n'est autre que la globine, a un pouvoir rotaloire gauche ({a] & = — 54°,2). Si donc, comme l'ont pensé certains auteurs, la méthémoglobine n'était qu'un mélange d'hématine et de globine,

1'The Lancet, 1901, II, 590.

* Deutsch. chemisch, Gesellsch., 86, 913 (1903).

RS

son pouvoir rotatore l'indiquerait par comparaison avec ceux de l'hémaline et de la globine.

Propriélés chimiques

La plus importante reste toujours la non-désoxygénation de Ta méthémoglobine par le vide.

L. LieBeumann , en éludiant le bleuissement dela teinture de gaïac par le sang, altribue la réaction à la méthémozglobine formée par l'action de l'essence de térébenthine sur l’oxyhémoglobine. Mais J. Morressier ? obtint la même réaction avec l’hématine. Pour G. BERTRAND #, l'hémoglobine, (la méthémoglobine) ou l'hématine joueraient dans ces réactions le rôle de peroxydases.

Il est curieux de remarquer que les deux élats sous lesquels se présente la méthémoglobine sont séparément incomplètement caractérisés.

La néthémoglobine alcaline à un spectre sur lequel on ne discute plus et dont les constantes spectrophotométriques démontrent bien qu'on a affaire à une matière colorante bien définie et non à un mélange. Mais on n'a pu l'obtenir à l'étal cristallisé. D’après v. ZEyNEck * Con n’a jamais pu jusqu'à présent faire cristalliser une solution alcaline de

pigments sanguins ». D'autre part, la méthémoglobine dite acide s'obtient, ainsi que nous l’avons vu, à l'état cristallin aussi bien que l’oxyhémoglobine. Mais son spectre estl'objel de discussions encore pendantes.

1 Pflügers Archiv f. Physiol., 104, 227-232 (1904). 2 C, R. Soc. Biol., 57, 373 (1904).

3 Bullet, Institut Pasteur, 3, 36 (1905),

* Zeitschr. f. physiol, Chem., 83, 431 (1901).

LR —

Les controverses sur la nalure des absorptions comprises entre D et E dans le spectre de la mélhémoglobine acide

Je ne redirai pas tous les arguments ingénieux qui ont été invoqués pour ou contre la nature étrangère de ces deux ombres, plus ou moins floues, qui apparaissent ou disparaissent, suivant-les auteurs, dans la région verte du spectre de la méthémoglobine acide. Elles couvrent sensiblement les plages qu'absorbent les solutions étendues d'oxyhémoglobine. D'où la discussion. Dans certains cas, d’après les des sins donnés, il doit certainement y avoir un peu d’oxyhémoglobine qui les renforce. Dans le cas de l'emploi des nitrites comme agents méthémoglobinisants, on a vu qu'elles étaient dues à l'azoxyhémoglobine. En opérant avec le ferricyanure, ce sont plutôt des ombres estompées que de véritables bandes. Parmi Les nombreuses images données, je crois que c’est la fig. 67 (p. 361 du Traité du sang, 1889) de Have, quise rapproche encore le plus de ce que l'on voit d'habitude. Dans d'autres, plus récentes et plus luxueuses, la beauté des couleurs n'a d'égale que l'inexactitude des absorptions. M. le protesseur H. Berrin-Saxs à bien voulu me communiquer son opinion actuelle sur la nature des deux bandes intermédiaires du spectre de la méthémoglobine dite acide. On se rappelle que sa thèse apporta de solides arguments contre la manière de voir qui attribue ces absorptions à un reste d'oxyhémoglobine non transformée ‘. Le professeur H, Berrin- Sans est encore persuadé qu'elles ne sont point dués à l’oxyhémoglobine, et qu'elles sont bien produites par la méthémoglobine, mais par la méthémoglobine alcaline.

! On verra dans la troisième partie de cette thèse que l'étude comparée de l’action de NaF sur l'oxyhémoglobine et sur la méthémoglobine conduit à un nouvel argument contre celte manière de voir (Ville et Derrien),

D, Vi NES Je crois que celle opinion contient une grande part de vérité. Plusieurs observations parlent en sa faveur :

1° J'ai constaté qu'en ajoutant goulle à goutte une solution frès étendue de soude à une solution de méthémoglobine présentant le spectre dit acide, on peut, en surveillant l'effet de chaque addition au spectroscope, oblenir un liquide qui présente à la fois et très nettement les speclres superposés de la méthémoglobine acide et de la méthémoglobine alcaline. La bande à 1} — 603 étant alors aussi nelle que la bande à } — 634. En suivant le phénomène, bien avant l’apparilion de l’absorplion à à — 603, qui est la plus faible des trois bandes du spectre alcalin, on constate simplement le renforcement progressif des deux bandes intermédiaires du spectre acile (examen sous 19"),

2° J'avais remarqué qu'en méthémoglobinisant par un excès de ferricyanure des dilutions sanguines de différents animaux, les bandes intermédiaires du spectre étaient plus ou moins foncées suivant les animaux. Ceci s'explique très bien dans la manière de voir actuelle âu professeur Berrin-Saxs. J'ai, en effet, choisi un animal, l’anguille, dont le sang est donné par DrouIx comme le moins alcalin (alcalinilé traces indosables): or, le sang d'anguille donne une méthémoglobine, très allérable d'ailleurs, mais qui ne présente presque pas d'absorption dans le vert ‘examen fait sous 15%).

3 L'addition ménagée d'acide acétique dilué atténue les absorplions du wert.

4° Les mesures des milieux de ces absorplions dans le spectre alcalin et dans le spectre dit acide sont presque les mêmes. BEerTiN- Sans donne les à):

: 580:. et 538,

» pour la méthémo-acide 578,5 el 538,5 p

our la méthémo-alcaline

ll est donc probable que la présence simultanée de plus ou moins de méthémoglobine alcaline dans les solutions brunes de méthémoglobine doive expliquer bien des contradictions. Et l’on comprend pourquoi ces contradictions s’eflacent pour les solutions rouges (faites dans le carbonate

Rene sodique au millième) où l'on n'a plus que de la méthémoglobine alcaline spectrophotométriquement caractérisée.

Quant à savoir si la modification brune pure possède réellement, dans le vert, deux absorptions qui lui soteut propres, ce sera très difficile. Car si l'on ajoute un peu trop d'acide pour se débarrasser de la modification rouge, il se fera de l'hémaline dont le spectre présente aussi deux absorptions

dans le vert.

Il n’y a donc, dans le spectre de la méthémoglobine acide, que les deux bandes extrêmes sur lesquelles tous les auteurs soient d'accord. Celle du rouge a son milieu vers = 633 ou 1 = 63% (JxpDer- HOLM, BERTIN-SANS, FoRmManEr !, VILLE ET DERRIEN) vers) = 632 (Dirrrica) entre = 648 et x — 629 (Araki) entre } — 652 et À} — 630 (Kogerr et Wacasmur ?.) Pour MENZIES °, sa position est variable, parce qu'il range parmi les agents mélhémoglobinisants, comme nous le verrons, le fluorure de sodium. La bande qui se trouve entre bel F a, comme le reconnaît MENz1Es, une position plus difficile à mesurer. On donne en général pour son milleu } — 500 (JÆDeRHOLM, BenriN-Saxs, VILLE ET DERRIEN) À = 500,8 (FORMANEK) À} — 502 (ZieurEe et MüLcer *).

GaMG£E Ÿ a poursuivi l’élude des absorplions dans l'ultra-violel : Comme l'hématine, la méthémoglobine posséderail une bande large el intense entre À et L. (Les solutions diluées n'absorberaient qu'entre K et H ; quand la concentration augmente, la région absorbée pourrait aller jusqu'à M et finalement comprendre tout l’ultra-viole..)

Page 1