‹ La méthode chrétienne considérée dans ses avantages et sa nécessité et réponses à certaines difficultés [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 19 · LEE · texte numérisé non relu

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Mais cet axiome n'est pas seulement une absurdité, c'est aussi un blasphème., Il suppose que le Fils de Dieu, le Verbe, Venvuw. la Parole par excellence, l'archétype de toute beauté, n'a pas su donner à ses magnifiques idées leur forme convenable ; qu'il a refusé à son Eglise, aux chrétiens ses enfants, un don qu'il a. suivant les adversaires, prodigué exclusivement et dans sa perfection à l'esprit de mensonge et à ses adorateurs. En un mot, ce Dieu de sagesse aurait réglé, pour obtenir la perfection, que le monde penserait en chrétien et parlerait en païen; qu’il prendrait ses idées dans la Bible, dans l'Evangile, dans les Pères et les conciles, et qu’il irait chercher la forme dans Homère, dans Cicéron, dans Virgile, dans Horace, dans Tite-Live ; que pour être reçue dans le monde lettré, il faut de rigueur que la pensée chrétienne aille se faire habiller à Athènes ou à Rome. Là seu lement sont les tailleurs, les parfumeurs, les coiffeurs de l'idée. Or, ce que nous pouvons dire de moins, cest que ce travail est philosophiquement absurde ; c’est un problème logiquement impossible, un genre d’éclectisme qui surpasse tous les autres en ridicule. | |

Nous prouverons victorieusement notre thèse en citant les paroles d'un personnage non suspect, d'Érasme, nn des plus grands latinistes qui aient paru depuis la Renaissance, et qui ful mème le plus ardent propagateur de la méthode païenne. …

« Pourquoi, je vous prie, demande Erasme, le latin chrétien ne serait-il pas du bon et du beau latin ?—Parcequ'il emploi des mots nouveaux et des tournures inconnues de Cicéron et des auteurs du siècle d'Auguste.—Mais s'il faut regarder comme barbare tout ce qui est nouveau dans le langage, iln'y a pas un mot, pas une tournure qui ne fut autrefois barbare. Combien ne trouvez-vous pas de ces nouveautés dans Cicéron lui-même, surtout dans les ouvrages où il traite de l’art oratoire et de la philosophie! Quelle oreille latine avait entendu avant Cicéron les mots béatitude, vision, espèce, proposition, occupation, contention, complexion? Cest lui qui a osé forger ces mots et leur donner une signification jusqu'alors mconnue des Romains.

« Combien d’autres mots ont été introduits dans la langue latine par Plaute, si fort admiré de Cicéron; par cu par Catulle, par Sénèque, par Pline, par Tacite et par les meilleurs écrivains! Horace lui-même justifie ces innovations et en trace les règles. Sur quels titres refuserez-vous aux grands écrivains du christianisme, un droit que personne ne conteste à ceux de l'antiquité? Devaientils emprisonner le génie chrétien dans les entraves du génie païen, ou laisser sans expression cette foule

: d'idées nouvelles dont le christianisme a doté le monde ?

«Et moi je vous dis que le beau latin consiste, chez les

4 chrétiens, à employer les mots et les tournures convenables pour exprimer les choses chrétiennes; de même que pour les

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