‹ La méthode chrétienne considérée dans ses avantages et sa nécessité et réponses à certaines difficultés [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 19 · TS · texte numérisé non relu

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paiens le beau latin était celui dont les mots exprimaient le mieux ies choses paiennes, Cicéron lui-même, sil vivait aujourd'hui, trouverait le nom de Dieu le Père, tout aussi élégant que celui de Jupiter très-bon et très-grand. Il croirait que le nom de Jésus-Christ donne pour le moins autant de grâce au discours, que celui de Romulus et de Scipion. Ne faussons pas le goût de la jeunesse, et sous prétexte de la rendre cicéronienne, prenons varde de la rendre paienne: Ne simplex ac rudis actus ccceroniani nominis præstigio decepla, pro ciceroniana fial pagana.

« D'où vient le mépris du latin chrétien ? De ce que le nouvel enseignement laisse ignorer le Christianisme à la jeunesse. Qu'elle soit d'abord fortement nourrie d'études chrétiennes, et alors rien ne paraîtra plus magnifique que la religion ; nous ne trouverons rien de plus suave que le nom de Jésus-Christ, rien de plus éloquent et de plus beau que les noms employés par les grands génies chrétiens pour exprimer les choses chrétiennes, Nous sentirons alors que nulle langue n'est belle qu'autant qu’elle est en rapport avec la personne qui parle et avec les choses dont elle parle ; nous sentirons même que c’est quelque chose de monstrueux de difigurer le Christianisme avec les colifichets du Paganisme : Monsh'uosus est qui materiam christianam Paganicis nugis conlaminat.

Voilà pour les mots nouveaux. Quant aux tournures, direz-

vous maintenant que pour être latines, elles doivent ressembler

à celles de Cicéron ? Dans ce cas, ni César, ni Salluste, ni Tite- Live, ni Quinte-Curce, ni Sénèque, ni Pline, ni Tacite ne savent écrire le latin, puisque leurs tours de phrase ne ressemblent nullement à ceux de Cicéron. Nous voyons également une erande différence entre la forme épistolaire de Cicéron et de Brutus, de Coelius Plancus, de Pompée, de Balbus, de Lantulus, de Caton, de Crassus, de Dolabella, de Trébonius, de Gécina, de Pollion et de tant d’autres personnages du siècle d'Auguste.

« Les tournures employées par les auteurs chrétiens ne ressemblent pas à certain type que vous vous êtes formé, et pour cette ‘aison vous les traitez de barbares! A vous plutôt revient cette qualification. C’est merveille de vous entendre décrier les Pères de l'Eglise, les grands écrivains du moyen-âge, saint Thomas, Scot, Durand et les autres; vous n'avez pas assez de voix pour dénoncer leur barbarie. Pourtant, la chose examinée de sangfroid, ces grands hommes qui ne se vantent ni d’être éloquents, ni d'être cicéroniens, sont plus cicéroniens que vous tous ensemble, qui voulez passer non-seulement pour des cicéroniens, mais pour des Gicérons. N’estil pas vrai, de votre propre aveu, que celui-là est un Cicéron qui dit très-bien, quelque sujet qu'il traite ? Or, pour bien dire, deux choses sont essentielles: connaître à fond son sujet ; avoir un cœur et une conviction qui fournissent des paroles. Tel est le principe d'Horace lui-même et de Fabius.

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