‹ La méthode chrétienne considérée dans ses avantages et sa nécessité et réponses à certaines difficultés [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 19 · SH · texte numérisé non relu

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D'ailleurs, sans l'autorité de personne, la chose est évidente, A vous de prouver que les auteurs chrétiens n'avaient ni la connaissance des choses dont ils parlent, ni le cœur ni la convie. tion nécessaire pour les exprimer,

« Qu'on ne dise pas: Cicéron ne parle pas ainsi, Gette objection est bonne pour des enfants, Qu'y a-til d'étonnant que Gicéron ne parle pas ainsi, puisaue l’idée lui manquait? Quelle multitude de choses nous avons à dire chaque jour, auxquelles Marcus Tullius n’a jamais songé! Mais s'il vivait il les dirait tout comme nous, Mots, tournures, convenance, tout est donc aussi irrépro- “hable dans nos grands auteurs chrétiens que dans les auteurs paiens: leux latin est donc du très-bon et du très-beau latin, c'est-à-dire, dans son genre, tout aussi cicéronien que celui de Cicéron,

Le latin chrétien est le soul que puissent parler les sociétés modernes,

« Voyez, continue Erasme, quel péché nous commettons contre ‘e sens commun, en imitant les paiens dans leurs arts, dans leur langage et dans leur littérature ! Pour être beau, éloquent, irré. prochable, le langage doit être en pare harmonie avec les choses, les temps, les hommes et les idées. Or, que vous en semble ? l’état actuel du monde ressemble-til au temps où vécut et parla Cicéron ? Religion, forme sociale, institutions, philosophie, sciences, lois, mœurs, goûts, tout n’a-til pas changé ? De quel front vient-on nous dire que la seule langue qui puisse bien exprimer toutes ces choses, c'est la langue de Cicéron ?

« N’est-il pas, au contraire, de la dernière évidence que la scène du monde ayant été bouleversée de fond en comble, le seul moyen pour nous de parler convenablement, c’est de parler tout autrement que Cicéron ? Vous avez beau nier qu’on puisse bien parler latin, à moins de parler le latin du siècle d'Auguste, les choses elles-mêmes vous crient que nul aujou#d’hui ne peut bien parler latin, s’il ne s'éloigne beaucoup du latin de Cicéron et du siècle d'Auguste: Res ipsa clamitat neminem posse bene dicere, nisi prudens accedat ab exemplo Ciceronis; misi maudiüm Ciceronis dissimilis.

«Je vous en fais juges! si vous ne voulez que des mots et des tournures de la bélle antiquité, combien de choses que vous ne pourrez pas dire, ou que vous ne direz que d’une manière ridicule et fort dangereuse. Ainsi, dans la langue latine païenne,

vous ne trouvez nulle part les mots: Jésus-Christ, Saint-Esprit, Trinité, Evangile, Moïse, prophète, pentateuque, psaume, évêque, archevêque, diacre, église, hérésie, symbole, baptème, eucharistie, absolution, excommunication, messe, et une foule d’autres qui expriment toute la vie religieuse et sociale des nations modernes. | « Que fera l’admirateur exclusif du bon latin de l'antiquité ? Se taira-til, ou changera-til les mots reçus parmi les chrétiens ? Dans ce dernier cas, ne verronsnous pas Ce que nous voyons déjà, les anciennes hérésies renaître et le monde retourner au paganisme ? Le moins que puisse dire l’homme de bon sens qui nous jugerait avec équité, c’est qu'avec cette imitation servile du latin païen, nous déshonorons la majesté du Christianisme»

C'est un contre-sens énorme de prétendre former des Cicérons en étudiant, comme on fait, Cicéron et les auteurs païens.

Après avoir vengé victorieusement la langue latine chrétienne et montré jusqu'à l'évidence que les vrais barbares sont ceux qui prétendent faire parler aux peuples chrétiens le langage des peuples païens, Erasme fait ressortir avec éclat un contre-sens plus grave encore. Voici ce qu’il dit:

« Vous êtes dans le faux, complètement dans le faux. Vouloir faire de vos jeunes gens des GCicérons, c'est-à-dire des grands orateurs et de grands écrivains, en leur faisant étudier, comme vous faites, tes auteurs païens, c’est l’antipode du bon sens. Avec votre méthode, vor pourrez former des cymbales retentissantes, des bavards en vers €, 3n prose; mais de grands orateurs et de grands écrivains, jamais.

« La parole suppose la pensée. Pour former des Cicérons, il faut commencer par faire le travail sérieux que Cicéron luimême a fait; tfavail que vous ne faites pas, que vous ne pouvez pas faire, car vous faites tout le contraire. Celui-là deviendra un Cicéron qui mettra autant d’ardeur à étudier la religion chrétienne, la société chrétienne, les hommes et les choses de son temps, que Cicéron en mit à étudier la philosophie païenne. Celui qui aura recueilli cette moisson de connaissances pourra, avec quelque droit, prétendre au titre de Cicéronien. Eneffet, rien n'empêche de le lui donner, si toutefois vous convenez qu'un Cicéron est un homme qui parle avec connaissance de cause avec lucidité, avec abondance, avec vigueur et convenance

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{ Horace vous l’a dit et vous l’oubliez: Seribendi recte sapere est el principium et fons. Des idées d’abord, les mots viendront ensuite; agir autrement c’est folie. Cette folie, l'éducation en est coupable. Grâce à elle, nous touchons à peine du bout du doigt le Christianisme, base de notre ordre social. Nos proprophètes, nos historiens, nos commentateurs, nous les méprisons, nous les avoris même à dégout. Par quel miracle deviendronsnous des Cicérons ?»

Voilà donc ce que dit Erasme. Erasme, homme d'un savoir tel qu'il pouvait avaler tous nos licenciés et nos docteurs-ès-lettres, non seulement sans s’exposer à souffrir d'une indigestion, mais inème sans rompre le jeùne ; Erasme, le plus zélé promoteur de la méthode païenne ; Érasme, enfin, si saturé de paganisme qu'il a pu dire: Ego pepcri ovum, Lutherus exelusit. Or pour qu'un tel homme ait parlé comme on vient de l'entendre, il faut nécessairement qu’il ait rendu témoignage à la vérité. D'ailleurs ses paroles sont pleines d’un si grand bon sens, qu’elles font autorité par cela même. Il faut ou se rendre ou se résigner à compter parmi les incurables.

Le latin païen est une langue morte, impossible de plaider une cause moderne dans la langue de Cicéron, de faire un poëme mo derne dans la langue de Virgile ou d'Horace.

Le latin chrétien est une langue vivante, dont chaque mot a sous sens précis ou défini, témoin Saint Bernard, Saint Thomas de Villeneuve, Saint Isidore de Séville, Saint Thomas, Suarez, les documents pontificaux, quoi de plus précis et de plus clair et de plus élégant que le latin de l’imitation. Cest la langue dans laquelle le Souverain Pontife et plusieurs autres, les généraux d'ordres adressent à leurs inférieures des instructions si claires et si précises. Règles de Saint Augustin, constitution des divers ordres religieux toutes écrites en latin correct et clair, latin chrétien.

Quant à la poésie, Saint Bernard, Saint Bonaventure, Saint Thomas, Sédulius, Saint Ambroise, nous révèlent une poésie dans un latin Chrétien aussi correct que le latin d’'Horace et de Virgile et incomparablement plus profond, plus précis, plus onctueux.

Les pièces oratoires et poétiques en iatin de Cicéron, de Virgile et d'Horace, en latin de l'Université {loderne de France, qui le comprend, qui le lit? Et cependant ces doctes professeurs critiqueront le latin chrétien, et quand ils trouveront les mots chrétiens, fides ejus, charitas, humilitas, sacramentum, penitentia, eucharistia, confirmatio, extrema onctio, ils crieront au latin de cuisine, vive le latin de Cicéron, aucun de ces mots ne

sera employé par les Cicéroniens, ni Les Virgiliens, ni les Horatiens,

VIIT. Résumé et conclusions pratiques de tout le chapitre.

Nous ne savons pas le latin païen ; nous ne pouvons pas même le savoir : la raison le dit, l'expérience de plus de trois siècles vient le confirmer. Donc nos systèmes d'éducation, qui sont presque uniquement basés sur l'étude du latin païen, sont, comme le dit le savant abbé Martinet, de vrais chefs-d'œuvre de folie. Conséquemment il faut, si nous voulons agir en hommes raisonnables, renoncer à la méthode suivie jusqu'ici ou du moins la modifier considérablement.

Le seul latin qu'on puisse apprendre, qu'on puisse parler correctement et convenablement, eu égard aux changements qu'a subis l’ordre social depuis le siècle d'Auguste, est le latin chrétien, c’est-à-dire, le latin de la Bible, de l'Evangile, des Pères et des docteurs de l'Eglise. Ce latin diffère essentiellement du latin païen ; mais en son genre il est du bon, du beau, du trèsbeau latin. Etudions-le donc et avec ardeur, d'autant plus que les pensées qu’il revêt ne sont pas, comme celles qu’habille le latin païen, creuses, niaises, vides de choses et de sens, dangereuses et funestes, mais tout-à-fait propres à nourrir le cœur et à fortifier l'intelligence.

Pour rassurer ceux qui ne peuvent se familiariser avec l'idée que l'étude du latin chrétien est la seule raisonnable et que de plus elle est nécessaire, nous entrerons ici dans quelques détails et nous leur indiquerons quelques-unes des principales sources où ils peuvent puiser abondamment.

On s’extasie devant les chefs-d'œuvre de l'éloquence païenne. Mais sans parler des magnifiques discours de Moïse, de Josué, et d'autres grands personnages de la Bible, soyons sincères: Peuton encore admirer Démosthène après qu’on a lu les homélies de saint Jean Chrysostôme, ou admirer Gicéron après avoir lu les sermons de saint Léon et de saint Fulgence sur les Mystères ; les sermons ou les traités de saint Augustin sur saint Jean, et les homélies de saint Grégoire sur les Evangiles ?

Quant à l’éloquence didascalique. les livres Sapientiaur, les traités moraux de saint Basile, l'ouvrage que saint Ambroise a écrit Sur les devoirs pour faire oublier l'ouvrage que Cicéron avait écrit sous le même titre ; et rien que le livre immortel de l'hnitation, indépendamment du fond, ne l'emportentils pas

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