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mème par la forme si exacte, si philosophique, si brillante et si variée, sur tous les plus éloquents traités des moralistes du paganisme ?
Pour le style épistolaire, la supériorité des auteurs chrétiens sur les auteurs païens est un fait incontestable et incontesté. L'unique recueil païen réputé classique dans ce genre, c’est la correspondance de Cicéron. Rien, il est vrai, de plus élégant au point de vue de la latinité ; mais rien aussi de plus ennuveux et de plus fade au point de vue du goût ; rien de plus vide au point de vue de lintérèt ; et rien de moins édifiant au point de vue de la morale. Tout y respire l'intrigue des plus basses passions, ce sont les épanchements les plus cyniques d’amitiés hvpo. crites, n'ayant que l’égoïsme pour mobile et pour base.
Il en est bien autrement des Lettres des Pères de l'Eglise. Voulez-vous de la correspondance diplomatique ? Pour ne rien dire des Pères Grecs, saint Léon et saint Ambroise en sont un modèle achevé : ce sont leurs lettres qui ont créé la diplomatie chrétienne. Les Epiîtres de saint Jérôme, de saint Augustin et de saint Grégoire, sont, elles aussi, des types parfaits de correspondance entre des amis sincères et chrétiens. C'est à l’école de saint Bernard que la France a puisé ce goût délicat et cette perfection de style épistolaire dans lesquels elle n'a pas de rivaux. Enfin, ceux qui connaissent les Lettres des auteurs chrétiens savent bien qu'aucune lecture n’est en même temps plus agréable. plus pleine d'intérêt, plus instructive et plus édifiante.
Nous pouvons encore affirmer que les vrais maîtres de la mauière d'écrire l’histoire sont les historiens sacrés et les historiens ecclésiastiques. Les biographie, des Patriarches, dans la Génèse. et les appréciations de leurs grandeurs dans lEcclésiastique : l'histoire de Ruth et de Tobie; les histoires politiques des Livres des Rois et des Machahées, ne sont-elles pas la perfection du genre ? Y a-til rien de plus attrayant, en fait d'histoire, que les Actes des Martyrs et les Vies des Saints, écrites par des Saints. Après leur lecture, tout ce qu'ont écrit les historiens les plus célèbres grecs et romains ne devient-il pas insupportable ? Que devient Tite-Live, ayant écrit l'histoire de Rome au point de vue purement humain, en comparaison de saint Augustin, écrivant dans sa cité de Dieu l'histoire des empires au point de vue divin. et par Là créant, lui le premier, {a philosophie de l'histoire ?
Sulpice Sévère et Orosius n'ont rien à envier à Salluste et à César, et la verve de Tertullien efface celle de Tacite. C'est que dans nos auteurs seulement on rencontre l'histoire ayant la vérité pour base, l'édification pour but ; l'avantage temporel et éternel de l'humanité pour résultat ; tandis que les historiens grecs, comme les Latins leur en faisaient le reproche, ne se distinguent que par la hardiesse du mensonge ; et que les historiens latins ne sont pas plus véridiques. Dans les uns et dans
les autres, même le vrai est altéré par les exagérations du lan-
gage, par les prétentions à l'esprit et par l'intérêt de la vanité
{4 auquel on les fait servir. Aussi ce n'est pas une petite besogne
pour le critique que d'y découvrir la vérité, enveloppée et perdue au milieu des nuages du faux et des petites passions.
Que dirons-nous maintenant de la poésie ? Est-ce que toute la
lu poésie païenne ne pâlit pas devant la poésie des Prophètes ! ) Est-ce que les odes de Pindare et d'Horace, dans lesquelles la }
recherche des mots et la difficulté de la phrase tiennent lieu bien des fois de l'élévation de la pensée, et dans lesquelles trop souvent on prend l'ampleur pour de la majesté et l'obscurité pour du sublime, est-ce que ces odes peuvent soutenir la moindre | comparaison avec les cantiques de la Bible? Adam de Saint- Victor, le plus grand poëte du moyen-âge, ne vaut-il pas à lui seul bien des poëtes de l'âge d'Auguste ? Les petits poëmes de saint Bonaventure, que le fameux Gerson voulut faire entrer dans le nombre des livres classiques de la jeunesse, comme les plus propres à élever et à spirilualiser les dmes, ne respirent-ils pas une véritable et délicieuse poésie ? N'’en est-il pas de même des \ Hymnes et des proses de Saint Thomas. Santeul n’a:t-il pas dit : ou “Je donnerais toutes mes poésies pour cette strophe du poëte dngélique: Se nascens dedil socium, Convescens in edulium, Se moriens in prelium, Se regnans dal in pretlium ?
On a beau dire et beau faire, celui qui ne sait pas que la poésie chrétienne est la vraie poésie, ou la poésie de l’enthousiasme et du sublime des choses, et qu'à côté d'elle la poésie paienne, ou la poésie de l'enthousiasme et du sublime des formes, n’est qu'un jeu d'enfants, celui-là n'entend rien à la poésie et doit garder le silence dans la présente question. Or, si l’on faisait passer les sept ou huit ans que la jeunesse est forcée de consacrer à l'étude des auteurs païens à expliquer, à méditer, à apprendre par cœur ces chefs-d’œuvre de la littérature chrétienne, ces vrais modèles du beau comme du vrai, nul doute que les jeunes intelligences ne se trouvassent, dans un âge plus avancé, mieux en état de distinguer l'or du fumier dans les auteurs païens; de s’en approprier les formes en en dédaignant les pensées ; d'en saisir les élégances et les beautés sans tenir compte de leur doctrine et sans se laisser entacher par le souffle infernal de leur esprit. Nul doute qu’elles ne sussent en juger et en
RuE: | disposer en maitres; c’est-à-dire qu’elles ne pussent en tirer un profit réel au point de vue du goût littéraire, sans le moindre danger pour leur croyance et leur vertu. C’est ainsi que la méthode chrétienne, tout en formant de vrais disciples de Jésus- Christ, formerait mieux et donnerait en plus grand nombre de i vrais littérateurs, et formerait un nouvel argument en faveur prie de la vérité de cet axiome de saint Paul: L'ESPRIT DE PIÉTÉ EST | UTILE A TOUT ; pielas ad omnia utlilis est.
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