‹ La méthode chrétienne considérée dans ses avantages et sa nécessité et réponses à certaines difficultés [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 19 · IH · texte numérisé non relu

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On examine la question de scandale.

Mais en admettant que tout ce qui vient d'être dit soit vrai, n'est-ce pas au moins scandaliser les faibles que de les rendre témoins, par des discussions publiques, de nos déméles à propos d'une question aussi délicate que celle de l'enseignement chrétien ?

Le scandale qui résulte de nos discussions sur un pareil sujet, si scandale il y a, est un mal bien léger, qui ne saurait nullement faire contrepoids aux avantages qu'elles nous promettent. Or, c’est un principe de moral tout-à-fait élémentaire qu’on peut poser un acte bon ou indifférent en lui-même d'où découlent immédiatement deux effets, l'un bon, l'autre mauvais, pourvu que le bon compense au moins le mauvais, et que la fin que se propose celui qui agit, soit honnête. Nous n'avons donc pas à nous inquiéter ; nous sommes en sûreté de conscience,

D'ailleurs, il faut être bien neuf dans la vie pour se scandaliser des divergences d'opinions qui naissent entre ceux que l’on regarde comme devant naturellement suivre le même courant d'idées. Comment en effet s'étonner qu’il y ait, en des cas spéciaux, divergence entre les hommes d’un même part: ? Donoso Cortès n’a-t1l pas dit, avec le grand bon sens qui le caractérise : “Je cherche depuis que je suis au monde un homme qui soit d'accord avec lui-même, et je ne l'ai pas rencontré !»

Si donc l'expérience prouve que chaque individu est perpétuellement en lutte avec lui-même, comment espérerions-nous ne le voir jamais en lutte avec ses frères ? Exiger que le bien s'opère sans froissements, c’est exiger l’impossible, c'est faire preuve d'un grand manque de bon sens pratique. Depuis la chûte originelle, le bien doit être un fruit péniblement enfanté. Ceux qui sont appelés à servir les desseins de Dieu sont par là même condamnés à une gestation dure et laborieuse ; ils ne doivent pas s'attendre à faire de conquêtes sans efforts, sans luttes, sans souffrances. Voilà pourquoi plus une cause est juste et sainte, plus elle rencontre d’oppositions et de difficultés, plus elle doit surmonter d’obstacles. Voilà pourquoi l'Eglise du Christ, ce chef d'œuvre de la raison divine, cette fontaine d’une eau jaillissante jusqu’à la vie éternelle, a pris naissance sur le roc du Calvaire, et dans les amphithéâtres, fécondés par le sang des martyrs.

Nous le savons, Jésus-Christ a dit : «Malheur à l’homme par qui le scandale arrive ; væ homini li per quem scandalum venit. » Mais il à aussi dit ailleurs en parlant à ses apôtres : «Je vous serai à tous une occasion de scandale : omnes vos seandalum paticmini in me» Il est donc permis d’être pour ses frères une occasion de scandale lorsque la sainte cause du bien ne peut triompher qu'à ce prix, lorsque les intérêts de la gloire de Dieu le demandent. C’est là la doctrine enseignée par le divin Maitre, doctrine malheureusement peu comprise en certaines circonstances. N'en soyons pas surpris toutefois : ilest des vérités qui ne peuvent trouver le chemin de toutes les intelligences, car il est écrit d'elles : Qui potest capere, capiat.» Pour les comprendre et les goûter, une condition est absolument nécessaire : il faut savoir se faire humble et petit.

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La question des classiques en présence de l'autorité.

Les défenseurs du système chrétien n'insultent pas l'Eglise.

Tout le monde sait combien on a été prodigue d’épithètes envers les partisans de la méthode chrétienne. Exagérés, logiciens du faux, brouillons, falsificateurs, révoltés, ils sont devenus tout cela et mieux encore. Ces qualifications classiques les ont peu touchés cependant. Alors que s’est-on avisé de dire? Le voici : en traitant la question des classiques vous faites injure à l'autorité ecclésiastique, vous entreprenez contre ses droits. S'il y a des réformes à opérer dans l’enseignement, c’est à l'autorité à y voir et non pas à vous.

D’après ce que disent nos adversaires, nous outrageons donc l'Eglise ou l'autorité épiscopale, même les deux à la fois. Maintenant si nous outrageons l'Eglise, ça ne peut être que pour deux raisons ; ou bien parce nous attaquons le système païen. ou bien parce que nous parlons en faveur de la méthode chrétienne. Voyons si ces deux accusations peuvent se soutenir.

Pour faire injure à l'Eglise en combattant le système païen, il faudrait que ce système eut été imposé ou au moins approuvé par elle. Or, on ne peut dire ni Pune ni l’autre de ces deux choses : le systûme païen n’a jamais été approuvé ni imposé par l'Eglise ; elle l'a uniquement toléré. En d'autres termes, elle a souffert avec peine ce qu’elle ne pouvait empècher. Que ceux qui prétendent le contraire ne se contentent pas d'affirmer, qu’ils prouvent ce qu'ils avancent. Qu'ils citent un décret de concile, un document, émanant de lPautorité pontificale, qui établisse que le systême païen est le système de prédilection de l'Eglise. Le jour où il nous sera donné d'entendre cette citation, nous met'rons bas les armes et pour toujours. Quoi! parce que le système païen a été dans l'Eglise, on en conclut qu’elle Papprouve et qu'il est sien! Mais que de choses sont dans PEglise qui ne sont pas d'elle, qu’elle n’approuve pas et qu’elle n’approuvera jamais! Ellemême nous en avertit et tient à ce qu'on n’en perde pas le souvenir. A:t-on oublié la fameuse querelle au sujet de la liturgie romaine ? Sans parler de plusieurs autres, la liturgie de Lyon, quoiqu’imposée en partie par les parlements, n'a-telle pas été en vigueur jusqu’à ces derniers jours. L'Eglise

le savait et elle a toléré pendant longtemps. Mais le moment favorable arrivé, elle a bien fait voir que l’adage : Quine dit mot consent ” ne s'applique pas à elle.

D'ailleurs, nos adversaires, à propos de la question qui nous occupe, ne peuvent pas même se prévaloir du silence de l'Eglise, car elle a protesté et plus d’une fois contre l’envahissement du paganisme dans l'éducation. Nous nous contenterons de rappeler le seul concile de Latran, présidé par Léon X, qui déclare que la philosophie païcnne, la littérature paienne sont infectes dans leurs racines,

Nos adversaires parlent de l'approbation de l'Eglise. Mais l'ont-ils, eux, cette approbation lorsqu'ils bannissent de leurs vocabulaires comme illégitimes tous les mots qui ont le malheur d'être nés du Christianisme et non du Paganisme? Pourquoi marquent-ils d'un stigmate d’ignominie, et reprennent-ils, comme d’une faute, l’écolier qui s'en sert? Pourquoi ridiculisent-ils les barbarismes que font les élèves, en appelant ces barbarismes le latin des Pères, le latin de l'Ecriture, le latin chrétien? Ils parlent de l'approbation de l'Eglise! L’ontils en cela ? L’ont-ils davantage, lorsqu'ils bannissent publiquement de leurs programmes officiels tous les écrivains de la langue latine chrétienne, condamnant, pendant sept années entières, la jeunesse baptisée laïque ou cléricale, à se nourrir exclusivement d’auteurs paiens ? L'ont-ils encore, lorsqu'au moyen de comédies païennes, de tragédies païennes, de déclamations, d’amplifications, de narrations païennes et de mille petits expédients ridiculement paiens, ils l'enivrent d'admiration non seulement pour les langues, mais pour les hommes, les idées, les usages, les institutions de l’antiquité gréco-romaine? Car enfin toutes ces choses et beaucoup d’autres font parties de l’enseignement qu'ils pratiquent, qu'ils défendent, qu’ils prétendent être autorisé par l'Eglise, au point que l’attaquer c’est, suivant eux, attaquer l'Eglise elle-même.

En second lieu, insulterions-nous par hasard l'Eglise en demandant qu'on fasse au christianisme une part plus large que celle qu'on lui a faite jusqu'ici dans l’enseignement des colléges ? Mais, n'est-ce pas là le vœu qu’elle-mème a exprimé dans le Saint Concile de Trente ? N'est-ce pas là aussi ce que demande l’immortel et glorieux Pie IX daus son encyclique Zater multiplices ? Comment pourrionsnous donc outrager l'Eglise en unissant nos vœux à ceux qu'elle forme, en voulant, comme elle le veut, le règne de la religion en tout et partout ? Pour voir une injure faite à l'Eglise dans l'attitude que prennent les défenseurs de la méthode chrétienne, il faut être ou profondément aveuglé ou sous l'influence d’une morsure encéphalique qui rend inévitablement christianophobe. Que l'on voit et que l'on juge. Nos adversaires s'écrient que c’est injurier l'Eglise que de défendre et d'exalter ses dogmes, son culte, son idiome, ses grands hommes

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et ses saints. A leur avis, dire que la morale de l'Evangile vaut infiniment mieux que celle de Socrate et de Cicéron, c’est insulter l'Eglise ; soutenir que les écrits des Pères et des docteurs catholiques ne sont pas des œuvres barbares, mais qu'ils lemportent et pour le fond et pour la forme sur les écrits des païens, c'est blasphémer, c’est insulter l'Eglise ; prétendre que la société païenne n’a été qu’un cloaque d'où ne s’exhalent que des miasmes pestilentiels, que la société chrétienne en diffère essentiellement, et que c’est dans son sein seul qu’on trouve une morale ne enseignée et mise en pratique, c’est insulter l'Eglise ; vouoir enfin que des âmes chrétiennes et baptisées soient élevées chrétiennement, qu'elles croissent et se fortifient dans une atmosphère véritablementreligieux, c’estencore insulter l'Eglise, c’est saper les fondements de l’ordre moral.

Mais non, dirons-nous à nos adversaires, nous ne pouvons pas insulter l'Eglise en émettant de pareilles idées et en faisant tous nos efforts pour faire naître chez autrui les convictions qui existent chez nous : nous n’outrageons que la seule synagogue de” Satan.

Voulez-vous, leur dirons-nous encore, voir la lumière et juger des choses comme le commun des mortels ? Ouvrez l'Evangile ; lisez les circonstances du miracle opéré en faveur de l’aveuglené, et là vous trouverez la recette qui doit aussi vous guérir de votre aveuglement, si c’est là le seul mal dont vous soutfrez. Notre adorable Sauveur dit l'Evangéliste, prit entre ses mains un peu de boue, il y mêla de Ja salive, puis appliqua le tout sur les yeux de l’aveugle-né qui fut à l'instant même guéri de sa cécité. La boue et la salive, dont il est ici mention, signifient

wil faut recourir aux moyens que notre orgueil dédaigne.

ommençons par croire que nous n'avons pas le monopole de la science, reconnaissons que seuls nous ne sommes pas docteurs en Israël, que toute science n'est pas incarnée en nous, puis, ces préliminaires posés, consultons les hommes, les écrits, les livres qui ont beaucoup à nous apprendre. Ecoutons encore les conseils de la franchise ; mettons autant de soin à chercher jusqu'à quel point celui que nous regardons encore comme adversaire a raison, qu'on en met d'ordinaire à se démontrer qu'il a tort. N'aimons enfin que la vérité, et de quelque côté qu'elle brille, saluons-la avec amour et respect.

Nous terminerons ce chapitre en posant trois questions à nos adversaires.

Comment se fait-il que tant de laïques pieux et instruits, tant de prètres zélés et d'un savoir aussi incontestable qu'incontesté, tant d'illustres et vénérables évêques, les gloires de l’épiscopat, soutiennent la même doctrine que nous, sans avoir même soupconné que par là ils outrageaient l'Eglise ?

Comment se fait-il qu'ils aient parlé et écrit pour défendre et

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propager cette doctrine, et que l'Eglise, qui le savait, nait pas réclamé ?

Comment se fait-il enfin, ce qui doit ètre bien plus grave, qu'un grand nombre de prètres et d'évèques aient adopté le système de Mgr. Gaume, et que l'Eglise, bien loin de protester, les ait même favorisés et encouragés ?

Que nos adversaires nous expliquent maintenant ce qu'ils entendent lorsqu'ils nous accusent d’être les insulteurs de l'Eglise.

Les défenseurs de la méthode chrétienne n'empiètent pas sur le droit des évêques.

Nos adversaires, quand même ils avoueraient que nous avons raison en ce qui précède, trouveraient encore le moyen de nous mettre en opposition avec l'autorité, et voici comment ils en viennent à bout. Nous n'avons pas, d'après eux, mission de traiter les matières dont nous nous occupons. Nous empiétons sur le droit des évêques ; c’est aux évêques et à eux seuls qu’il appartient de régler, chacun dans son diocèse, ce qui concerne l’enseignement.

Pour peu qu'on réfléchisse, cette accusation n'en est pas une ; elle ne porte sur rien. Nous avons mis et mettons encore en relief les inconvénients d’un système d'éducation, et nous faisons valoir les avantages de l’autre, voilà tout. Les évêques, après avoir lu ces pages, s'ils veulent bien nous faire cet honneur, modifieront ou ne modifieront pas le plan des études des maisons d'éducation qui sont sous leur contrôle ; ils restent absolument libres de faire ce qui leur plaira. Nous ne prétendons pas leur imposer nos volontés, ni nous insurger contre eux, quelle que soit la ligne de conduite qu'ils suivent. Discuter une question, comme nous faisons, ce n’est pas exercer un acte d'autorité ; c'est uniquement faire un légitime usage de notre liberté! Nous le savons, bien loin d’avoir le droit d'imposer notre volonté aux évêques, nous n'avons pas même celui de commander au dernier de nos frères. Mais, quoiqu'il en soit ainsi, personne cependant ne saurait nous empêcher de déplorer nos malheurs, et de faire envisager aux hommes qui veulent le bien les ravages qu'exerce une éducation funeste et menteuse. Quiconque a une langue ou sait manier une plume à le droit de s'en servir pour la plus grande gloire de Dieu.

Nous ajouterons encore que la manière dont on procède à

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