‹ La méthode chrétienne considérée dans ses avantages et sa nécessité et réponses à certaines difficultés [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 19 · PR OT ALES · texte numérisé non relu

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notre égard semble vouloir dire que nul théologien, nul canouiste, nul historien ne pourrait désormais traiter une question qui touche de près ou de loin aux matières ecclésiastiques, à moins d’avoir l’intendance sur un grand nombre d'Eglises, Par là, on refuserait même à un évèque le droit d'écrire sur des matières dont ka portée s'étendrait au-delà des limites de son dio cèse, puisqu'un simple évêque ne possède pas et n'exerce pas d'autorité sur les Eglises qui sont hors de son territoire, Cette règle, il faut l'avouer, serait venue un peu tard, après tant de centaines d'excellents ouvrages publiés, dans tous les siècles, par de simples évêques, par de simples prêtres, et mêmes par de pieux laïques, et qui cependant ont rendu les plus éminents services pour léclaircissement des principes et l'extirpation des abus.

On est sans doute en droit d'exiger d’un auteur catholique la pureté d'intention et l'orthodoxie de la doctrine. Quant au résultat de ses labeurs et de ses sacrifices, il dépend de mille causes ; mais on peut toujours dire que la vérité a des droits contre lesquels rien ne prescrit. Si faible que puisse être une voix isolée, souvent elle parvient à se faire entendre, et, dans tous les cas, lorsque quelque auteur orthodoxe présente une thèse pratique dont l'application peut réclamer certains changements, il est toujours aisé de voir si ces changements sont dans l'esprit de l'Eglise. S'ils le sont, il ne fait qu'’obéir à un devoir de conscience en les sollicitant, et, loin d’être opposé à l'autorité, il marche avec la plus respectable de toutes. Or, nous avons plus qu'il ne faut pour être convaincus que le retour au système chrétien est dans l'esprit de l'Eglise, et que la conservation de celui que nous a légué la Renaissance est opposée à cet esprit. Donc en agissant conformément à l'esprit de l'Eglise, nous ne pouvons pas être des révoltés contre l'autorité épiscopale.

Ecoutons maintenant ce que dit, en réponse à l’accusation qu'on formule contre nous, un prélat trèsdistingué et très-instruit, Mgr. de Dreux Brézé, évèque de Moulins.

«Oui, dit-il, aux évêques seuls, chacun dans leur diocèse « respectif, il appartient de déclarer dans quelle mesure les au- «teurs, soit païens soit chrétiens, doivent être employés dans «leurs petits séminaires et les écoles secondaires confiées à la « direction du clergé diocésain, comme aussi il peut appartenir à « eux seuls, s'ils s’en réservent le soin exclusif, de déterminer les «conditions de pédagogie, de nourriture et d'hygiène.

«S'en suivra-til pour cela, tout en respectant leur indépen- «dance, qu'on ne puisse soutenir, spéculativement au moins, «que telle part donnée aux auteurs païens dans l'éducation est «trop considérable, telle part donnée aux auteurs chrétiens trop « restreinte, quand même ce serait précisément la part qu'ils

“auraient fixée dans leurs séminaires où maisons ecclésias- «tiques ? »

Ainsi donc en définitive, on peut, sans blesser aucunement l'autorité épiscopale, discuter spéculativement la question des classiques, s'efforcer de faire prévaloir la méthode chrétienne, mème dans le cas où l'autorité épiscopale ferait suivre la mé. fase païenne dans les établissements qui sont sous sa dépen-

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On examine la conduite de ceux qui ont empêché la publication des écrits en faveur de la méthode chrétienne.

Convenons maintenant qu'il a été pour le moins original et amusant le rôle qu'ont joué, l'an dernier, certains personnages qui, nous dit-on, couraient d'un bureau de journal à un autre, afin d'arrêter la publication d’écrits destinés à mettre la méthode chrétienne en honneur. Ges écrits, on se le rappelle, étaient fort goùtés de la presque totalité du clergé et d'un nombre imposant de laïques bien pensants. Et comment aurait-il pu en être autrement, puisqu'ils étaient l'expression d’une pensée profondément patriotique et religieuse. Cependant quelques nourrissons de Rome et d'Athènes allaient infailliblement déclarer banqueroute intellectuelle, si l’on substituait l’idée chrétienne à l'idée païenne. Qu'’allaient devenir leurs trésors de lieux communs et de remarques ? Toutes ces richesses n'auraient plus eu de cours. Il aurait fallu les refondre et leur donner une nouvelle forme et une nouvelle empreinte ; le génie seul pouvait le faire, et ils ne l'avaient pas. Le moindre homme de bon sens leur aurait été comparable et même leur serait passé sur le ventre, malgré tout le grec et le latin dont ils étaient hérissés. Comme ils ne pouvaient décemment crier famine, malgré toute leur humilité, (car eux-mêmes se sont proclamés, par l'organe d’un élégant et d’un lettré de la bande, HOMMES TRÈS-MODESTES, dans un flamboyant article sur l’'Université-Laval) ils imaginèrent de mettre en cause avec eux l'Eglise et l'autorité. Ils furent assez heureux pour s'associer certains compères qui, tout en ne voyant pas bien clair dans l'affaire en question, crièrent cependant trèshaut. Ils crièrent tant et si fort qu'on crut un moment qu'il y avait réellement insurrection ; mais bientôt les esprits se rassurèrent ; on vit jouer les ficelles et l’on devina le manége. Tous les journaux restèrent néanmoins baillonnés, par respect pour la sainte Eglise, par respect pour l'autorité.

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Voilà le côté comique de l'affaire ; mais envisagée d’une autre manière, elle présente un caractère plus sérieux et bien propre à exciter l’indignation. Il faut ici qualifier comme ils le méritent des faits connus de tous. Oui, on abuse des choses les plus respectables pour entraver les progrès du bien ; on ne s'occupe pas de la vérité, de ses droits ; on s'inquiète peu des besoins de la société, du mal qui la dévore, de l’abime vers lequel elle marche à pas de géants ; on ne pense qu’à soi, qu'aux futiles intérêts de l’'amour-propre. I’Eglise, c’est soi ; l’autorité, c'est soi ; le monde, c’est Le petit enclos où l’on vit. Que les journaux, que les livres propagent des doctrines plus que suspectes, on gémira sans doute en silence, mais on s’interdira toute démarche qui dénoterait un peu d'énergie ; on s’excusera de son insouciance et de sa lâcheté en prétextant qu’il faut être prudent et ménager le camp ennemi, de peur de l’exaspérer. Mais vienne un homme de cœur et de courage qui sache dire toute sa pensée et parler hardiment bon sens et religion, de suite les prudents et les sages sortent de leur léthargie, ils s’agitent, le zèle qui les dévbre les transforme en machines à haute pression. et ils ne sont tranquilles qu'après l'avoir fait mettre aux arrêts. Voilà comment ces personnages s’honorent eux-mêmes ; voilà comment ils interprètent le vos estis sal terræ.

Ne nous étonnons pas cependant d’un pareil état de choses et n'en soyons pas scandalisés. L'histoire nous apprend que les défenseurs de la vérité ont eu dans tous les temps les mêmes combats à soutenir. Jésus-Christ marche à leur tête. A l’époque de ses prédications en Judée, on vit s’agiter les Pharisiens, hommes rigides et sévères, envers les autres particulièrement, puis les Princes des Prêtres, les docteurs de la loi, et les Anciens du peuple : Pharisaei, Principes sacerdotum, Seniores populi. D'où vient la haine qu’ils portent au Christ? Pour le savoir, écoutons ce qu'ils se disent tout bas entre eux, dans le secret de leurs conseils : ‘ Si nous laissons faire ce Jésus, s’il a pleine liberté de parler, il endoctrinera tout le monde ; tous courront après lui et nous demeurerons seuls.» Ainsi l’orgueil, la jalousie, voilà ce qui transforme en persécuteurs de la vérité et de ses organes, ceux que Dieu avait établis pour le défendre et la propager.

Mais ils ne pouvaient déclarer la guerre au Christ, si vénéré et si aimé à cause de ses vertus et de ses bienfaits, en faisant connaître les véritables motifs qui les animaient. On les aurait hués et bafoués comme ils le méritaient. Que vont-ils donc mettre en avant pour légitimer leurs démarches, leurs attaques, leurs persécutions à outrance ? Exactement les mêmes prétextes que l’on fait valoir aujourd’hui contre ceux qui prêchent la vérité : Jésus-Christ est un séditieux, un perturbateur de l’ordre public, il soulève le peuple par ses enseignements : commovet

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