‹ La méthode chrétienne considérée dans ses avantages et sa nécessité et réponses à certaines difficultés [microforme] (volume 2)Chapitre 9 sur 19 · PER · texte numérisé non relu

PER

es ne ARE

point qu'un homme de génie a pu dire: Dans quelques années il n'y aura pas en France un homme capable de faire en tatin l'épitaphr de la langue latine. Ge qui est vrai de la France est vrai de tout le monde lettré.

Donc la méthode païenne, loin de donner d'heureux fésultats pour le latin classique, lui a été et lui est on ne peut plus funeste.

D'abord elle n'a pas pu empêcher l’état d'agonie auçuel on le voit réduit, bien que depuis trois siècles elle soit maitresse Qu terrain et que soutenue par toute espèce d'encouragements, elle y règne sans opposition. Ensuite, c’est précisément elle qui le tue, puisque, comme il a été dit plus haut, les classiques païens ne peuvent, quant aux formes, être goûtés et aimés par la jeunesse à qui on les impose ; ils ne peuvent non plus l’intéresser par rapport à ce qui en fait le fond et le sujet,

Donc si nous continuons à enseigner le latin d'après la mé: thode païenne, ce que la jeunesse saura le moins, en sortant des colléges et des séminaires où elle aura étudié pendant sept ou huit ans les classiques latins, ce sera le latin lui-même, Car les mêmes causes déterminent toujours les mêmes effets.

Donc il faut abandonner la méthode païenne dont le moindre des inconvénients est de faire perdre un temps considérable et très précieux, puisqu’eile fait aboutir en dernière analyse à des résultats diamétralement opposés à ceux qu'on se propose d’oltenir en la suivant.

Où faut-il étudier le latin por le savoir? Latin Chrétien.

Grand Dieu ! disent ici tous d’une voix, bacheliers et licenciés, que prétendez-vous ? Vous avez beau dire, vous prêchez la croisade contre le latin ; vous désirez qu’on ne l’apprenne plus. Votre dessein est-il de nous faire reculer jusqu'aux siècles barbares ?

Non pas, Messieurs ; nous ne désirons pas ramener la barbarie dans le monde civilisé. Nous ne voulons pas non plus que vous ignoriez le latin. Ce que nous ambitionnons, entr'autres choses, c'est de vous faire apprendre et bien apprendre le latin qui vous est si cher, et que vous avez ignoré jusqu'ici sans vous en douter. Veuillez écouter avec un peu de patience ce que nous avons à vous dire à ce propos.

Le latin a été parlé par deux sociétés entièrement opposées dans leur manière de juger et de sentir; la société païenne et Ha

société chrétienne. En créant un monde nouveau par leffusion

du Saint-Esprit, le Fils de Dieu a nécessairement créé une langue

nouvelle, expression naturelle et adéquate des idées dont il a

enrichi l'intelligence de l’homme, des sentiments dont il a doté

son cœur, De là une langue latine ou grecque, aussi supérieure

à la langue latine et à la langue grecque païenne, que l'huma:-

uité régénérée est supérieure à l'humanité déchue.

Ces deux langues ont chacune sa perfection relative et ses aractères distinctifs. La langue latine païenne rend bien, très bien l’idée païenne et le sentiment paien. Comme la société dont elle est la fidèle expression, cette langue est, surtout au siècle d'Auguste, très.polie, très-élégante et très froide, quelque: fois majestueuse et le plus ordinairement impérieuse et hautaine,. L’onction lui manque, parce que la charité manque à la société, Organe exclusif de passions et d’intérèts purement naturels, elle est profondément sensualiste. Tout'cet ordre d'idées, de vertus, de sentiments, de relations, né du christianisme, reste chez elle sans traduction. Ainsi, naturalisme pur, sensualisme, égoïsme ot pauvreté dans le fond, variété, élégance, sécheresse dans la forme, inversion et rigueur dans la contexture; tels sont les principaux caractères qui le distinguent.

Expression d’une société toute différente, la langue latine chrétienne offre des caractères diamétralement opposés. Spiritualisme pur, richesse intarissable dans le fond; simplicité, douceur, onction, flexibilité, clarté dans la forme ; ordre logi. «ue surtout dans la contexture. On voit que ces deux langues différent autant l’une de l’autre que les deux sociétés -ellesmêmes dont elles sont l'expression,

Les Pères de l'Eglise, hommes de bon sens et de génie, se sont emparés des mots de l’idiome latin; ils en ont composé une langue latine nouvelle, propre à rendre parfaitement les idées, les sentiments, les usages chrétiens. Non, ce n’est point par ignorance de la langue latine païenne que la langue latine chrétienne fut créée, Les ignorants sont ceux qui en sont encore à croire que le latin qu'ont parlé les Pères et les Docteurs de l’Eglise est le latin paien dégénéré, le latin des siècles en décadence.

Qui oserait dire qu’il ignorait la langue et la littérature païennes, Saint Cyprien, par exemple, qui avant sa conversion enseigna longtemps à Carthage et d’une manière si brillante l’éloquence païenne ; ou Saint Jérôme, si passionné pour Cicéron et pour Plaute qu’il ne fallut rien moins qu'une punition divine pour le guérir de sa passion ; ou Saint Augustin qui, avant d'être disciple de l'Evangile, le fut si longtemps de Cicéron, de Virgile et de Térence, et qui professa pendant de longues années la rhéthorique mondaine à Rome et à Milan? Certes, s'ils l'avaient voulu, personne mieux que ces hommes immortels n'aurait écrit

Page 1