OBSERVATIONS
Obs. I. — Mlle Ca...; 25 ans; professeur dé piano. Vient à la consultation pour troubles divers :
Crises de nerfs, état anxieux avec sensation de mort, troubles des règles, troubles vasomoteurs..
C’est une jeune fille pâle, mince, chétive, dont le visage s’empourpre facilement. Voici son histoire :.
Très bien portante jusqu'à l’âge de 4 ans où elle est at-
teinte de Coqueluche. A la suite de celle-ci survient toute
- une série de bronchites, pneumonies, broncho-pneumonies
qui se succèdent sans interruption jusqu à l’âge de 14 ans et demi où tous ces troubles diparaissent. Leur disparition coïncide avec l'établissement des premières règles.
Dès lors tout va bien jusqu’en 1919 (18 ans et demie), où
elle reporte ses premiers malaises qu'elle décrit ainsi «Allant
« faire des courses, je ressentis un malaise grandissant au «fur et à mesure que je marchais; puis arrivée au bout de: « ma Course ce malaise fut épouvantable, effrayant, on ne « savait plus que me faire croyant que j'allais mourir. « Quelques minutes après, je fus prise de tremblements, de « sensation de tout changé autour de moi. On eut beaucoup «de difficultés pour me ramener à mon état normal. En- , « suite ces malaises se sont répétés d’une façon épouvan- | «table et depuis impossibilité de sortir; dès que j'arrivais au bout de ma rue, j'étais obligée de revenir; plusieurs «fois on m'a forcée, mais on n'obtenait que des résultats
« épouvantables ; quelquefoïs, étant retournée sur mes pas, « Cela allait mieux. Il était des rues que je ne pouvais ab- « solument pas franchir même accompagnée, Plus tard il « m'était absolument impossible de rester seule chez nous; «dès que cela était, mes mains se glaçaient, je devenais « rouge et je ne sais Ce que j'aurais eu, mais 6’était sem- « blable à du délire, je serais entrée n’importe où, ou j’au- € rais fait rentrer n'importe qui chez nous. Mon cœur bat- € tait d’une façon pénible, la sensation dominante de tout
- «cela était et est encore celle de la mort.
Cette description peut être schématisée par une crise
avec phobie d’une part et d'autre part une sensation de «tout changé » autour de Fos qui rentre dans les DAY PRGIenE
sies. ‘ à « Plus tard ces malaises n’apparurent plus seulement eau moment des courses, mais même dans la maison, à « tel point que toute sortie devenait à peu près impossible.
: & À peine avais- je parcouru quelques mètres que j'étais
« obligée de revenir sur mes pas.
A cette époque il lui était impossible de rester seule à domicile : elle avait des battements désordonnés du cœur et des troubles vaso-moteurs. Pour arrêter ces phénomènes,
Ki suffisait. que quelqu’ un fût près d'elle: (ceci montre bien
le caractère psychogénétique de ces troubles) et les mêmes
phénomènes se produisaient quand elle. avait quelqu'un chez elle en visite; elle ne pouvait supporter personne plus
de quelques minutes, elle était obligée de s’en aller dans une
pièce voisine, caf Sans cela « elle ne sait ce qu’elle serait
devenue. ) PO ; Ces mêmes troubles persistent en 1920, 1921, 1922 1923 mais avec des Variations d'intensité. Nous VOYONS apparaître chez cette malade des manifestations de cyelothymie : à certaines périodes elle est plus déprimée qu'à d'autres. Le 19 août 1924 son père, alcoolique, meurt. Tous les ac-
cidents précédents augmentent en même temps qu'ils deviennent totalement différents. Ce sont des malaises qui sont, dit la malade, infiniment variés, ne se ressemblant que sur certains points et très difficiles, voire impossibles à décrire. | |
Ces troubles sont jusqu'à un certain point liés à ses fonctions menstruelles. Cette malade présente avant ses règles une quinzaine de jours avant, un petit écoulement s’accompagnant d’élévation thermique allant jusqu'à 380. Puis une dizaine de jours avant les règles, c’est-à-dire 5 jours après les accidents précédents, elle à comme une crise d’embarras gastrique avec douleur épigastrique, langue saburrale qui l’obligent à prendre le lit pendant 4 ou 5 jours. A cette période font suite 4 ou 5 jours pendant lesquels elle se trouve bien, puis surviennentles règles, assez abondantes qui persistent 5 ou 6 jours. La durée des règles se passe sans aucun trouble, la température revient à la normale.
. Après les règles il y à une période assez bonne, mais quinze jours environ plus tard réapparition des mêmes symptômes.
Depuis le milieu de 1925, nouvelle apparition de crises nerveuses et nous entrons dans une autre période de dépression. À la moindre contrariété apparaissent des crises de larmes accompagnées de crispation interne se terminant par une crise nerveuse.
C’est alors le tableau d’une crise hystérique.
Parfois la malade à l’impression que la crise ne sort pas bien, les nerfs sont tendus, la tête est perdue et il y à cette sensation particulière de ne plus être comme avant. Pen-
dant la crise, angoisse extrême avec impression de mort.
Puis la crise se termine et alors deux alternatives se présentent :
ou bien tout rentre dans l’ordre et il apparaît une impression de bien-être, impression d'être dégagée de quelque chose qui persistait jusqu’à l'apparition d’une nouvelle crise.