CHAPITRE II
SomMaIRE. — 10 J’inéluctable aspiration. — 20 L’inclination souveraine. — 3° Rôle.
À. L'inéluctable aspiration. — Comme on l’a dit
très justement (l’ambition persévérante de l’homme est d’égaler ses désirs » (1). Sous leur poussée, 1l s'attache à tous les biens, qu’il rencontre avide de s’y unir intimement, de s’y assimiler pour se les assimiler, de s’absorber en eux pour les absorber dans sa vie et les faire siens dans toute la force du terme. Par ces assimilations et adaptations, il cherche le repos dans la possession d’un objet, qui comblera les exigences profondes de son être. Et rien ne semble pouvoir enrayer l'expansion de son activité à la poursuite de ce but. Déçue sans cesse, sa volonté de l’atteindre ne s’en exalte que davantage. Elle se détourne des biens imparfaits, — qui l’ont séduite un instant, mais dont elle a reconnu la vanité, — pour courir à d’autres conquêtes avec une persévérance que rien ne lasse.
À considérer de la sorte à quels biens elle se prend aujourd’hui, nos observations psychologiques nous permettent de marquer la distance qui nous sépare
(1) Cf. M. BLonpez, L’Aclion, p. 148, Paris 1895.
actuellement d’un idéal de bonheur inévitablement cherché (1). Elles nous font reconnaître également par quelles voies d’adaptation progressive nous sommes entraînés vers lui d’un souhait toujours impérieux (2). R
Telle est l’histoire de toute vie. Merveilleusement ondoyant et divers, l’homme poursuit des rêves de félicité, qu’il abandonne et reprend, comme les enfants changent leurs jeux. À peine a-t-il obtenu un objet longtemps convoité, qu'il en aperçoit la futilité et s’en détache. Au fond de la coupe des plaisirs il ne trouve que l’amertume. Les frivolités de la jeunesse, qui étourdissent un instant, laissent à l’âme une impression de vide et de néant ; et la déception n’est pas moindre pour l’âge mür, qui recherche les biens plus positifs d’honneurs et de richesses. — Vanité des vanités. Rien ne remplit l'infini de nos vœux. Mais en ces heures d’inassouvissement et de détresse, l’homme fait un retour sur lui-même et constate combien 1l est loin de son idéal de bonheur. Alors, il se met en quête d’un remède à son ennui.