LE MOUVEMENT DE L’AME ET LA RÈGLE DE LOGIQUE MORALE
Sommaire. — 10 Source de ce mouvement. — 29 Son progrès. — 39 Sa norme pratique : a) à la lumière de la raison ; — b) à la lumière de l’expérience.
En fait, nous ne possédons pas ce souverain Bien, vers lequel se tendent nos énergies constitutives. De plus, notre chemin est semé d’obstacles dus à de déplorables illusions. Nous sommes victimes d’incohérences et de contradictions entre les fins secondaires, que notre cœur «couvé, nourri, et eslevé emmi les choses corporelles, basses et transitoires » (1) poursuit au*jour le jour, et la fin ultime, de laquelle nous ne pouvons détourner notre volonté fondamentale.
Celle-ci, en effet, ne se résigne pas à s’arrêter en son mouvement continu d’ascension.
Mais ce mouvement, d’où procède-t-il ? — Comment progresse-t-il ? — Quelle loi en régit l’évolution ?
1. Source du mouvement. — Sans doute notre cœur est travaillé par une continuelle inquiétude et dans ses premières démarches il ne sait trop où se diriger afin de sortir d’ennui. Mais sous la pression de cette souffrance il se met en route cependant. «Par un
(4) Trailté, Liv. I, ch, 16, — t. IV, p. 79.
profond et secret instinct », il «tend en toutes ses actions et pretend à la félicité» (1), seulement il «la va cherchant ça et la, comme a tastons, sans sçavoir toutefois ni ou elle reside ni en quoy elle consiste » (2).
Ce départ semble donc l’œuvre d’une cause effciente, d’une énergie comprimée, qui aspire à un déploiement harmonieux. Mais pour cela il faut qu’elle soit libérée de l’angoisse des ténèbres.
Où trouvera-t-elle lumière et direction ?
Dans son premier effort lui-même, car il ne tardera pas à l’amener en présence du bien. « La volonté donques appercevant et sentant le bien par l’entremise de l’entendement qui le luy presente, ressent a mesme tems une soudaine delectation et complaisance en ce rencontre, qui l’esmeut et incline, doucement mays puissamment, vers cet object aymable, affin de s’unir a luy ; et pour parvenir à cette union elle luy fait chercher tous les moyens plus propres » (3).
Désormais, ce sera l’attrait du bien comme cause finale, qui selon saint François de Sales, conditionnera la mise en branle de nos énergies. Nous en avons signalé la raison profonde dans une convenance essentielle de notre volonté avec le bien. « La volonté a une si grande convenance avec le bien, que tout aussi tost qu’elle l’apperçoit elle se tourne de son costé pour se complaire en iceluy comme en son object tres aggreable, auquel elle est si estroitement alliee que mesme l’on ne peut declarer sa nature que par le rapport qu’elle a avec iceluy, non plus qu’on ne sçauroit monstrer la nature du bien, que par l'alliance qu'il a avec la volonté. Car, je vous prie, Theotime,
(1) Traité, liv. II, ch. 15, — t. IV, p. 138. (2) Ibid.
(3) Ibid., liv. I, ch. 7,— t. IV, p. 40 et 41.
qu’est-ce que le bien sinon ce que chacun veut ? et qu'est-ce que la volonté sinon la faculté qui porte et fait tendre au bien ou a ce qu’elle estime tel » (1).
Cette première constatation de l’harmonie naturelle de notre âme avec le Bien, qui l’attire comme «lPaymant » attire le fer, provoque en nous un sentiment de sympathie, d’où naît la complaisance, puis l'amour. Or, l’amour est le véritable moteur de notre activité : « Disons ainsy : le bien empoigne, saisit et lie le cœur par la complaysance, mays par l'amour il le tire, conduit et amene a soy ; par la complaysance il le fait sortir, mays par l’amour il luy fait faire le chemin et le voyage ; la complaysance, c’est le resveil du ‘cœur, mays l’amour en est l’action ; la complaysance le fait lever, mays l’amour le fait marcher ; le cœur estend ses aisles par la complaysance, mais l’amour est son vol. L'amour donques, a parler distinctement et precisement n’est autre chose que le mouvement, escoulement et avancement du cœur envers le bien » (2).
2. Progrès du mouvement. — Mais lorsque l’amour l’entraîne de la sorte, notre âme est parfois exposée à s'attacher à de faux biens. L'illusion est facile ; d'autant plus que nous sommes agités de désirs incompatibles entre eux «comme quand un malade desire de manger des potirons ou melons, et quoy qu’il en ait a son commandement, il ne veut neanmoins pas en manger, parce qu'il craint d’empirer son mal ; car qui ne void deux desirs en cet homme, l’un de manger des potirons et l’autre de guerir ! mays parce que celuy de guerir est plus grand, il estouffe et suffoque l’autre, l’empeschant de produire aucun
(1) Traillé, liv. I, ch. 7, — t, IV, p. 40.
(2) TDi SU MINS Sp A2 AS,
effect » (1). Et cette immolation ne va pas sans souffrance.
De même «nous experimentons tous les jours d’avoir plusieurs volontés contraires. Un père, envoyant son filz ou en la cour ou aux estudes, ne laisse pas de pleurer en le licenciant, tesmoignant qu’encore qu'il veuille selon la portion superieure le despart de cet enfant pour son avancement a la vertu, neanmoins selon l’inferieure il a de la repugnance a la separation ; et quoy qu’une fille soit mariee au gré de son pere et de sa mere, si est ce que prenant leur benediction elle excite les larmes, en sorte que la volonté superieure acquiesçant a son despart, l’inferieure monstre de la resistance. Or ce n’est pas pourtant a dire qu'il y ait en l’homme deux ames et deux natures comme pensoient les Manichéens. « Non », dit saint Augustin, livre huitiesme de ses Confessions, chapitre dixiesme, «ains la volonté, allechee par divers attraitz, esmeüe par diverses raysons, semble estre divisee en soy mesme, tandis qu’elle est tiree de deux costés, Jusques a ce que prenant parti selon sa liberté, elle suit l’un ou l’autre ; » car alhors la plus puissante volonté surmonte, et gaignant le dessus, ne laisse a l’ame que le ressentiment du mal que le debat luy a fait, que nous appelons contre-cœur » (2).
Ce n’est donc qu'au prix d’un sacrifice et d’un retranchement que l’âme se libère de l'attrait des faux biens, après avoir reconnu la vanité de ce qu’elle désirait. Malgré le charme du principe d’amour qui la meut, et qui l’enchante par une espérance de bonheur parfait, elle ne progresse point dans la vertu par des «routes ombrageuses, gazonnées et doux
(1) Traité, liv. I, ch. 7, — t. IV, p. 45, 46. CUBA VER ch11,— t.IN, D: 64, 65.
fleurantes ». L’amour d’ailleurs, est toujours besooneux chez l’homme. Jamais, ïl ne se repose en la pleine possession de son objet. Cependant, cet objet le tient sans cesse en éveil,car même à travers les biens passagers, qui nous trompent et nous séduisent un instant, il se laisse entrevoir et transparait comme certaines clartés révèlent la présence du soleil derrière les nuages qui le cachent à nos yeux.
C’est vers cette clarté que notre âme se tourne comme l'aiguille marine vers sa belle étoile. Tant que nous cinglerons vers elle, mus par l’amour du bien, nous serons dans la bonne direction. Telle est, en effet, la loi que saint François de Sales propose à notre activité : l’amour par la complaisance, qu'il éveille, gouverne «toutes les facultés et affections de l’ame.. avec une douceur nompareille ; car lamour n’a point de forçatz ni d'esclaves, ains reduit toutes choses a son obeissance avec une force si delicieuse, que, comme rien n’est si fort que l’amour, rien n’est si aymable que sa force » (1).
3. La norme pratique. — L'amour sera donc la règle de la logique morale, directrice de l'effort humain «parce que Dieu ayant creé l’homme a son image et semblance, veut que, comme en luy, tout y soit ordonné par l’amour et pour l’amour » (2).
Mais comment saurons-nous que nous sommes dans le sillage du bel amour ? Comment discerner parmi tant de voies qui s'ouvrent devant nous celle qui conduit vers ce.Bien, que nous voulons d’une manière spontanée, incoercible et nécessaire ? Sollicités par mille complaisances secrètes, poussés par mille désirs qui réclament satisfaction, nous avons besoin d’un criterium qui détermine notre choix.
(1) Traité, liv. I, ch. 6, — t. IV, p. 39.
(2) Ibid., t. IV, p. 40.
Saint François de Sales le trouve en cette convenance qui (produit la complaysance que la volonté ressent a sentir et appercevoir le bien» (1). Mais, nous l’avons vu, il y a de faux biens, qui risquent de séduire notre volonté. Comment les reconnaître ? — a) À la lumière de la raison. — À la lumière de la raison d’abord. Celle-ci nous rappelle que homme est « d’une
nature moyenne entre les Anges et les bestes, participant de la nature angélique en sa partie intellectuelle et de la nature bestiale en sa partie sensitive ; et que neanmoins il pouvoit, par l’exercice de sa vie et par un continuel soin de soy mesme s’oster et deloger de cette moyenne condition ; d’autant que, s’appliquant et exerçant beaucoup aux actions intellectuelles, 1l se rendoit plus semblable aux Anges qu'il ne l’estoit aux bestes ; que s’il s’appliquoit beaucoup aux actions sensuelles, il descendoit de sa moyenne condition et s’approchoit de celle des bestes » (2).
Le vrai bien de l’âme est donc l’ascension vers une perfection toujours plus haute par la culture de ses aspirations les plus nobles, parce que les plus humaines et partant les mieux en harmonie avec les convenances et les exigences foncières de notre nature, C’est pourquoi la conscience morale ou raison pratique nous ordonne de nous garder contre les passions, qui peuvent arrêter ou détruire l’élan du véritable amour : Celles ne sont pas ni l’amour ni partie de l'amour, ains sont des excremens et superfluités d’iceluy, lesquelles non seulement ne sont pas proufiitables pour maintenir ou perfectionner l’amour, mais au contraire l’endommagent grandement, l’affoi-
(1) Traitté, liv. I, ch. 7, — t. IV, p. 41.
(2) Ibid., liv. I, ch. 10, — t. IV, p. 57.
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blissent, et en fin finale, si on ne les retranche, le ruinent tout a fait » (1).
Mais ces tendances indisciplinées, qui parfois tiennent en échec notre inclination souveraine € au grand prejudice du bon estat et police de nos ames » (2) de quel droit les sacrifiera-t-on ? — Ne jaillissent-elles pas, elles aussi, de notre propre fonds et ne trahissentelles pas des poussées nécessaires de notre énergie constitutive ?
Elles appartiennent, il est vraï, à notre nature Cet c’est aflin d’exercer nos volontés en la vertu et vaillance spirituelle que cette multitude de passions est laissee en nos ames » (3). — Elles peuvent en outre apporter à notre action un concours efficace. « O homme », dit saint Bernard, «il est en ton pouvoir, si tu veux, de faire que ton ennemi soit ton serviteur, en sorte que toutes choses te reviennent a bien ; ton appetit est sous toy, et tu le domineras » (4).
Cette entreprise n’est pas l’œuvre d’un jour et même elle n’est jamais achevée, car «en somme, cet appetit sensuel est a la verité un sujet rebelle, seditieux, remuant ; et faut confesser que nous ne le sçaurions tellement desfaire qu'il ne s’esleve, qu'il n’entreprenne et qu'il n’assaille la rayson» (5). Il «a douze mouvemens, par lesquelz, comme par autant de capitaines mutinés, il fait sa sedition en l’homme »(6). Ainsi égoïstes, comme elles sont, les passions tentent de détrôner la volonté. Elles deviennent des causes de dissipation, d’affaiblissement, de dissolution. Elles nuisent donc au progrès de notre action, et cela les
(1) Traitté, iv. I, ch. 10, — t. IV, p. 55.
(2) Ibid:, iv. I, ch. 3; — t: IV, p. 32.
(3) Ibid., t. IV, p. 30.
(4) Ibid., t. IV, p. 29.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
condamne. — D'ailleurs, le malaise qu’elles engendrent en nous avec l’anarchie intérieure est insupportable ‘à notre besoin d’ordre et de beauté morale. Il nous faut dépasser cet état d’émiettement, car l’expérience nous a appris, que toutes nos activités fécondes procèdent par synthèses de plus en plus riches ramenant à l’unité la multiplicité de nos efforts.
Cependant, — puisque les tendances passionnées sont parfois si tyranniques et si puissantes, qu’elles réussissent à suborner l’âme toute entière, — ne pourrait-on pas leur concéder l’hégémonie et les prendre comme centre de notre synthèse vitale ? À ce prix, trouverions-nous peut-être enfin la paix ? — Illusion. L'expérience et la raison nous disent assez que la promesse des passions est trompeuse. À peine sontelles en possession de leur objet que survient le désenchantement. Saint François de Sales le fait remarquer : « Si que l’amour animal, qui pretend par l’union qu'il fait a la chose aymee de combler et perfectionner sa complaisance, treuvant qu’au contraire 1l la destruit en la terminant, demeure grandement desgousté de telle union : qui a fait dire au grand Philosophe, que presque tout animal, apres la jouissance de son plus ardent et pressant playsir corporel demeuroit triste, morne et estonné, comme un marchand qui, ayant pensé gaigner beaucoup, se treuve trompé et engagé dans une rude perte » (1).
L'âme alors ressent plus que jamais la nécessité de concentrer ses forces en vue de conquérir l’objet suprême de ses aspirations. Elle veillera donc à ne pas éparpiller ses ressources en divisant sa puissance d’aimer. « Nous avons trois sortes d’actions amoureuses : les spirituelles, les raysonnables et les sen-
(1) Traitté, liv. I, ch. 10, — t. IV, p. 61, 62:
suelles ; quand l’amour escoule sa force par toutes ces trois operations, 1l est sans doute plus estendu, mais moins tendu, et quand il ne s’escoule que par une sorte d’operations, il est plus tendu, quoy que moins estendu. Ne voyons-nous pas que le feu, symbole de l'amour, forcé de sortir par la seule bouche du canon, fait un esclat prodigieux, qu’il ferait beaucoup moindre s’il avait ouverture par deux ou trois endroitz ? Puis donq que l’amour est un acte de nostre volonté, qui le veut avoir non seulément noble et genereux, mais fort, vigoureux et actif, il en faut retenir la vertu et la force dans les limites des operation spirituelles ; car qui voudrait l’appliquer aux operations de la partie sensible ou sensitive de nostre ame, il affoibliroit d'autant les operations intellectuelles, esquelles, toutefois, consiste l’amour essentiel » (1).
b) A la lumière de l'expérience. — Il existe donc une hiérarchie entre les buts qui sollicitent notre activité. Mais la raison seule ne suffit pas à nous faire reconnaître celui. qui répond en définitive au vœu de notre vraie volonté. L'expérience ou mieux la pratique, intervient à son tour pour nous instruire : par le degré de complaisance que nous éprouvons lorsque nous réussissons à les atteindre, elle nous fait apprécier la valeur des objets, auxquels s’attache notre cœur. Cette complaisance, en effet, se mesure à leur degré de convenance avec les souhaits profonds de notre âme.
De cette manière, la logique morale nous découvre la misère des amours sensuelles, qui n’engendrent que désenchantement et tristesse ; elle en montre l'insuffisance et nous amène à les traverser pour nous
(1) Traité, liv. T, ch. 10, — t, IV, p. 56, 57,
LA RÈGLE DE LOGIQUE MORALE pa
élever jusqu'aux amours spirituelles en lesquelles les affections sont « vives, subsistantes et permanentes ». «€. L'amour est comme le feu duquel plus la matière est délicate, aussi les flammes en sont plus claires et belles, et lesquelles on ne sçauroit mieux esteindre qu’en les deprimant et couvrant de terre ; car de mesme, plus le sujet de l’amour est relevé et spirituel, plus ses actions sont vives, subsistantes et permanentes, et sçauroit-on nueux ruiner l'amour que de l’abbaisser aux unions viles et terrestres » (1).
Les amours inférieures, en effet, engendrent la souffrance : « Au contraire, l’amour intellectuel treuvant en l’union qu’il fait a son objet plus de contentement qu'il n’avoit esperé, y perfectionnant sa complaisance, 1l la continue en s’unissant et s’unit tousjours plus en la continuant » (2).
La joie de l’amour satisfait, le progrès de la complaisance, l'accroissement de la suavité goûtée dans l’action, parce qu'ils permettent ainsi de juger entre les attraits qui nous sollicitent, constituent le norme de l'activité vertueuse. Ne sont-ils pas, en effet, au dire de la psychologie, la récompense de toute expansion qui s’accomplit suivant les lois de la nature ? Leur charme exalte en l’âme humaine le désir de s’unir à son souverain Bien. Chacune des étapes de son ascension l’en rapproche, mais elle ne l’aperçoit pas encore sans nuages.
Elle est prête cependant à se donner à lui, dès qu’un suprême accroissement de complaisance le révélera sans doute possible. En fait, elle franchit ce dernier pas, lorsqu'une occasion attire sa pensée vers Dieu. «Si tost que l’homme pense un peu attentivement à la
(1) Traité, liv. I, ch. 10, — t. IV. p. 61.
(2) Ibid., t. IV, p. 62.
Divinité, il sent une certaine douce esmotion de cœur, qui tesmoigne que Dieu est Dieu du cœur humain ; et jamais nostre entendement n’a tant de playsir qu’en cette pensée de la Divinité, de laquelle la moindre connoissance, comme dit le prince des philosophes vaut mieux que la plus grande des autres choses comme le moindre rayon du soleil est plus clair que le plus grand de la lune ou des estoiles, ains est plus lumineux que la lune et les estoiles ensemble » (1). L'effet est soudain et définitif, car c’est «notre inclination naturelle d’aymer Dieu sur toutes choses » (2), qui trouve son objet.
À ce moment, l’amour qui entraîna la volonté, a déployé toute la force de son mouvement initial et reconnu de la sorte sa véritable fin. Mais jetant un regard sur tous les biens qu’en son voyage il a dépassés, il proclame leur insuffisance à le satisfaire. « Nostre ame donques, considerant que rien ne la contente parfaittement et que sa capacité ne peut estre remplie par chose quelconque qui soit au monde, voyant que son entendement a une inclination infinie de sçavoir tous-jours davantage et sa volonté un appetit insatiable d’aymer et treuver du bien, n’a-t-elle pas rayson d’exclamer : Ah ! donques je ne suis pas faite pour ce monde ! » (3)
Guidé par cet attrait défini, saint François de Sales faisant usage d’un procédé d’éminence autant que d'élimination amène l’homme non seulement à constater que les biens d’ici-bas ne peuvent satisfaire ses désirs, mais encore à mesurer leur valeur respective au regard du souverain Bien, dont ils nous font entre-
(1) Traité, liv. I, ch. 15,—t. IV, p. 74.
(2) Ibid. liv. I, ch. 16, —t. IV, p. 77.
(3) Ibid., liv. I, ch. 15, — t. IV, p. 76.
voir la splendeur comme les rayons révèlent l’intensité de la source lumineuse.
Il a dégagé de la sorte le principe qui domine toute sa logique morale : un but s'impose à nous malgré nous car (€ ou que nous veuillions ou que nous ne veuillions nostre esprit tend au souverain bien » — « Mays qui est ce souverain bien ? » (1) — « L’inclination naturelle d’aymer Dieu sur toutes choses », dont les exigences deviennent la règle directrice de notre vie, nous Le désigne. En même temps elle nous apprend par quels effets de complaisance et d’amour nous arrivons à Le reconnaître et par quelle voie de complaisance et d'amour nous sommes conduits vers Lui. C’est qu’elle nous est demeurée comme le signe de la grâce perdue, «affin que le regardans et sentans en nous cette arriance et propension a l’aymer nous taschassions de ce faire » (2).
Dans quelles limites nous pouvons y réussir : c’est ce que nous allons voir maintenant en essayant de déterminer la fécondité de l’investigation philosophique unie à une pratique courageuse.
(1) Traité, liv. IE, ch. 15, — t. IV, p. 138. , (2) Ibid., liv. I, ch. 18, — t. IV, p. 83.