FORMATION DE $A MÉTHODE
qui nous apprend, que pour traiter utilement avec les Heretiques, il ne faut pas tant s’arrester à refuter leurs erreurs et opinions l’une après l’autre par argumentations, parce que ce n’est Jamais fait, et que de la dispute on n’en remporte que de la confusion. Mais il faut s’étudier principalement à découvrir et .mettre en veüe les nües et simples veritez de l'Eglise, attendu que la verité a ceste force par elle-mesme qu’elle se fait connoistre, aimer et embrasser à l’entendement quand elle lui est proposée en sa nüe et naifve simplicité. Sa methode estoit done que laissant d’ordinaire à part la dispute et subtilité des questions de controverse, de présenter la nüe et simple exposition de nostre ceroïance...» (1).
20 Expérience : Le Chablais, Paris. — À l’apologétique de défense, qui abat les ennemis mais ne les gagne pas à la vérité, saint François préfère donc une apologétique de conquête. Il la pratique avec une suavité attirante qui lui valut ses succès de convertisseur. L’expérience le confirma dans sa conviction, comme 1il en témoigne lui-même. « Etant à Paris, éerit-il, et prêchant en la chapelle de la Reine, du jour du jugement (ce n’est pas un sermon de dispute), il se trouva une demoiselle, nommée Madame Perdreauville, qui était venue par curiosité : elle demeura dans les filets et sur ce sermon prit résolution de s’instruire, et dans trois semaines après amena toute sa famille à confesse vers moi, et fus leur parrain de tous en la Confirmation. Voyez-vous, ce sermon-là, qui ne fut point fait contre l’hérésie, respirait néanmoins contre l’hérésie : car Dieu me donna lors cet esprit en faveur de ces âmes. Depuis J'ai toujours dit que qui prêche avec amour, prêche assez contre l’héré-
(1) Cf. Dom JEAN DE SAINT-FrANçoIs,ouv. cité,liv. II, ibid.,t. I. p.39, 40,
tique, quoi qu'il ne dise un seul mot de dispute contre lui » (1).
Aussi, ne s’étonnera-t-on pas du sentiment qu’il professe à l’égard de la prédication combative : « La chaire évangélique, disait-il, est faite pour édifier les bonnes mœurs, non pour contester ; pour instruire les fidèles en la vérité de leur créance, plutôt que pour convaincre les erreurs de ceux qui se sont séparés de l'Eglise. Une expérience de trente années en cet office d’évangéliser nous fait parler ainsi. Nous avons eu quelque emploi dans la réduction du Chablais à la religion catholique romaine ; mais ne m'a jamais réussi, quand J'ai voulu traiter des points controversés en la chaire, par forme de dispute » (2)... Et ajoute l’auteur de «L'esprit»: «Il confessait que la prédication de la morale, accompagnée et animée de mouvements de dévotion, était bien plus propre à la conversion, non seulement des pécheurs, mais encore des errants, que toutes les pointes et les aigreurs de la controverse » (3).
Donc, à la méthode négative, qui trouble et divise, au lieu de produire cette harmonie et assimilation des âmes, moyen, signe et but de toute influence efficace, ainsi que nous pensons l'avoir montré ailleurs (4), il va substituer une méthode positive. Celle-ci, par un entraînement progressif à la pratique du bien adaptera les âmes à la vérité et les préparera de la sorte à la mieux recevoir.
Mais cet ascétisme fécond présuppose une purification de l’âme: ici, la logique intellectuelle n’a d'efficacité qu’unie à la logique morale. Saint Fran-
(1) Cf. J.-P. Camus, ouv. cité, partie dix-huitième, sect. XXIX, ibid., LAID 1032.06
(2) Ibid., partie dixième, sect. V, ibid., p. 438.
(3) Ibid., p. 439.
(4) De fun