‹ La Méthode d'influence de Saint François de SalesChapitre 6 sur 22 · FORMATION DE SA MÉTHODE · texte numérisé non relu

FORMATION DE SA MÉTHODE

çois de Sales ne s’y trompe pas. On le voit dans la correspondance qu'il échange au début de 1609 avec Pierre de Willars, archevêque de Vienne.

39 Encouragements de P. de Villars. — Celui-ci le félicitant d’avoir publié l’Introduction à la Vie dévote, reconnaît l'utilité des controverses, qui éclairent l’entendement, mais observe qu’elles ne suffisent pas : « Je ne nie pas que les livres si doctement escrits par tant de Docteurs excellans, dont le Cardinal Bellarmin est le souverain, n’ayent grandement :servy contre les heresies de ce siecle ; mais je veux bien aussi dire et soustenir que ceux qui ont escrit sur la morale et de la devotion n’y ont pas apporté moins de remede.... ; de maniere qu’à ce compte, il faut, ou que la doctrine des controverses cede à celle de la pieté et devotion, ou au moins qu’elle se l’associe tellement, qu’en luy concedant sa necessité, elle recognoisse que, sans elle, on n’advance rien, car tout pecheur est ignorant...

Or, Monsieur, continuez de servir d’instrument à la divine Sapience, r’embarrant l'erreur des heretiques par la doctrine des controverses et conduisant les volontez depravées au chemin de la vertu par vos traictez de pieté et de devotion. C’est sans doute que la reformation des mœurs esteindra les heresies avec le temps, comme la depravation les a causées, puis que l’heresie n’est jamais le premier peché » (1).

Saint François abonde en son sens, et dans une lettre datée du 15 février 1609 il lui confie un projet nouveau. «Je medite donq un livret de l'Amour de Dieu non point pour en traitter speculativement, mais pour en monstrer la prattique.... » (2). — Aussi-

(1) Cf. Œuvres de Saint François de Sales, édit. Dom Mackey, t. XIV, p. 410, lettre du 25 janvier 1609.

(2) Ibid., p. 411.

tôt l'archevêque approuve son dessein qui «disposera des eschelles et degrez au cœur de ceux qui seront si heureux que de les lire, relire et retenir ; car ils arriveront par ce moyen au supreme faiste de la charité, qui accomplist la loy….» et il s’en promet «une si facile et nombreuse reduction des desvoyez, soit en la doctrine soit aux mœurs, que l’on sera contrainct d’advouër que l’on n’avoit encore point treuvé de semblable méthode » (1).

Encouragé de la sorte, saint François de Sales va travailler à «la melioration des volontez » (2) par l’usage d’une méthode, qui s'adresse au cœur en même temps qu'à l'intelligence et conduit à la vérité par le moyen d’un ascétisme éclairé.

40 Relations avec les «Spirituels y. — D’autres motifs le poussaient- d’ailleurs à réaliser son projet.

Lors du voyage qu'il avait fait à Paris en 1602, il était entré en relations avee ceux que l’on appelait les « spirituels ». Il connut P. de Bérulle et fut grandement édifié par la conversation de Mme Acarie (3). Ces saints personnages donnaient l’impulsion à ce mouvement de piété mystique, qui entraîna les âmes fatiguées dès troubles et des interminables discussions de la Réforme. Saint François de Sales était tout préparé à s’unir à eux. Déjà pendant ses études à Padoue, sous la direction du P. Possevin, il avait lu et goûté les écrits de Sainte Thérèse. Le Combat spirituel était son livre de chevet ; il avait fréquenté assidument Saint Bonaventure, Cassien, Gerson et

(1) Cf. Œuvres de Saint François de Sales, édit. Dom Mackey, t. XIV, p. 411 ét 412.

(2) Ibid., p. 412.

(3) Sur l'influence de ce voyage, voir F. Srrowskr, Saint François de Sales. Introduction à l’histoire du sentiment religieux en France au XVIIe siècle, p. 133, Paris 1898. — A. DELPLANQUE, Saint François de Sales humaniste el écrivain latin, p.57, Lille 1901. — H. BREMoND, Hist. litt. du sent. religieux, rip 92e E SUN, PaATIS AOC: :

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