‹ La Méthode de l'Économie PolitiqueChapitre 30 sur 102 · Logique, 1. VI.ch. IX, S3,t IT, p · texte numérisé non relu

Logique, 1. VI.ch. IX, S3,t IT, p

la subsistance, et par suite veut les moyens de se la procurer. » Mill remarque ensuite que les lois de la matière et les lois de lesprit sont si dissemblables qu'il serait tout à fait irrationnel de les comprendre dans une même discipline ; et il aboutit aux définitions suivantes : « Les sciences physiques sont celles qui s'occupent des lois de la matière, et de tous les phénomènes complexes en tant qu'ils dépendent des lois de la matière. Les sciences mentales ou morales sont telles qui s'occupent des lois de l'esprit et de tous les phénomènes complexes en tant qu’ils dépendent des lois de l’esprit. »

C'est évidemment dans cette seconde catégorie que l'Économie politique va se classer. Mill nous fait remarquer que sa distinction nous permet d'éviter une confusion qui se rencontre communément dans les définitions de celte science. On a coutume de la définir comme la science de la production des richesses et de leur distribution. Mais une telle définition embrasserait par exemple l’art agricole. Il vaut donc mieux adopter la suivante : « science des lois morales et phychologiques de la production et de la distribution des richesses. »

Mais cette définition même est trop large ; car l’économie politique ne s’occupe pas de ces lois « dans tous les états de l'humanité ; elle s’en occupe seulement dans celui qu’on nomme l’état social. >» Que faut-il entendre par là ? On peut étudier l’homme de trois points de vue différents : comme individu on

obtiendra ainsi les lois de l’intellect pur, ou encore

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celles des désirs purement égoïstes) ; comme individu en relation avec d’autres individus (on s’occupera par exemple des affections, du goût de l’approbation, et cette étude sera la base de la morale) ; enfin on pourra l’étudier comme « vivant à l’état de société, c’est-à-direcomme faisant partie d’un corps ou agrégat d'êtres humains ». C’est cette dernière science que l’on peut nommer « économie sociale », ou moins heureusement « science politique ». Dans le sixième livre de la Logique, Mill l'appelle « science sociale », et fait allusion au néologisme commode de « sociologie » dont il se sert couramment d’ailleurs, on comprend pourquoi, dans sa Correspondance avec Comte.

C'est à cette branche tout entière du savoir que Say a donné le nom d’Économie politique ; et c’est assurément, remarque Mill, le droit de tout auteur de définir les termes à son gré. Mais il est dangereux de s’écarter de l’usage ; et Mill considère l'Économie politique comme étant non pas la science sociale tout entière, mais une branche de cette science. Sa place est ainsi très clairement délimitée : le savoir humain comprend les sciences physiques, et les sciences morales;au nombre de ces dernières se trouve la science sociale ; et l’économie politique est un chapitre de cette science : «elle ne s’occupe que des phénomènes de la vie sociale qui résultent de la poursuite de

la richesse. »

Telle est la définition à laquelle s’arrète Mill (1).

1. Le texte de l’Essai est repris dans la Logique, 1. VI, ch. IX, $ 8, t: Il, p. 496.

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Elle est assez différente des définitions communément adoptées, quicontiennent l’'énumération des diverses parties de l'Économie politique.

On dira par exemple (c’est une des définitions examinées et critiquées par Mill) (1): « l'Économie politique nous enseigne les lois qui règlent la production, la distribution etla consommation des richesses, » Nous avons vu que Mill lui-mème accepte comme valable la définition suivante, dans laquelle il élimine la consommation comme ne comportant pas de lois dignes d'être étudiées à part (2) : l'Économie politique est « la science qui se rapporte aux lois morales et psychologiques dela production et de la distribution des richesses » ; la seule réserve qu'il fasseest relative au caractère social de l’objet dela science économique. Ilnous semble pourtant que la définition à laquelle il aboutit est supérieure, à quelques égards, aux définitionstraditionnelles ; elle est à la fois plus simple et plus compréhensive; elle ne soulève aucune des difficultés relatives aux subdivisions de la science économique. Îl faut reconnaître par contre qu’elleest peutêtre moins objective, plus personnelle que les définitions usuelles, en ce qu’elle paraît impliquer une opinion bien arrêtée sur la nature psychologique des faits économiques : cette opinion était exprimée dans la dernière définition citée, elle est implicite dans celle que Mill a définitivement adoptée.

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