Dissert. and discuss. ,t°Æ, p
sur la portée véritable de sa doctrine : il tient à montrer en effet que son déterminisme n’est pas inconciliable avec une certaine conception de la liberté. La question nous paraît présenter un intérêt particulier pour les penseurs classiques qui considèrent la vie économique comme régie par des lois, et qui d'autre part, attribuent un rôle fondamental à la liberté humaine. Mill attachait une grande importance à sa théorie de la liberté, qui lui avait permis de sortir vainqueur de sa grande crise morale de 1896. Il s’agit de savoir si l'existence des lois causales enlève à l’homme la possibilité d'agir d’une façon efficace sur son caractère, sa conduite, sa destinée. Si on le pense, c’est que le terme de « nécessité » est généralement confondu avec le terme de « fatalité » : quand on sait que telle cause produit tel effet, on oublie que l’action de cette cause peut être contrariée par l’action d’une autre cause, sans que la valeur de la loi soit aucunement compromise. Tel penchant nous porte vers tel acte, mais nous pouvons avoir le désir de résister à ce penchant. Il est très vrai que nous ne pouvons modifier notre caractère si nous n'en avons pas le désir ; à cet égard les nécessitariens ont raison ; mais si nous en avons le désir, ce désir est une force dont nous n’avons aucune raison de contester l'efficacité ; c’est précisément la conscience de cette force que l’on nomme le sentiment de la liberté. « Toute personne se sent moralement libre, dit Mill (1), quand elle sent que ses habitudes et ses
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tentations ne la dominent pas, mais qu'elle les domine, lorsque, même en y cédant, elle sent qu’elle pourrait leur résister. » Ainsi, le sentiment réel que nous avons de notre liberté, de notre autonomie ne doit aucunement nous empêcher d'admettre que la vie psychique et la vie sociale sont soumises à des lois : notre liberté, notre volonté est un élément, un élément réel du déterminisme universel.
Les philosophes tiennent volontiers pour suspect le déterminisme de Mill(1). Comme métaphysicien, Mill appartient à l’école phénoméniste; il est disciple de David Hume; il se représente la cause et son effet comme n'étant liés par aucun autre rapport qu’une relation de succession constante. Ne portant pas au delà de l'expérience, des phénomènes, l'esprit ne saurait saisir aucun lien réel qui rende inconcevable la séparation de la cause et de son effet. La relation d’antécédent à conséquent qui sert de base à une loi causale est constante; mais elle ne diffère pas autrement d’une relation accidentelle et fortuite. En réalité il n’y a pas de relation absolument universelle et nécessaire. Taine, dans cet article où Mill s'était senti compris (2), a admirablement mis en valeur cette idée (3) : « Nous ne pouvons établir entre les faits aucuneliaison universelle et nécessaire.
Mill s'arrête là, mais certainement, en menant son