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Section B. — Za4 complexité des faits qu’elle étudie n’est
pas un obstacle à la constitution de la science sociale.
Si la liberté ne contitue pas, malgré tout, un obstacle, qui’aurait été primordial et décisif, à la constitution des sciences de l’homme, n’y a-t-il pas lieu de craindre du moins que la complexité des faits sociaux nous empêche d’en aborder utilement l’étude ? Nul n'a été plus frappé que Mill par cette complexité ; le sentiment très vif qu'ilen a eu constitue même une des originalités et un des mérites les plus certains de sa doctrine. Aussi s'est-il demandé si elle ne rend pas impossibles les sciences sociales. Il formule ainsi l’objection qu’il se fait à lui-même (1) : « Les circonstances qui agissent sur la condition et la marche de la société sont innombrables et changent perpétuellement ; et quoique tous ces changements aient des causes et par conséquent des lois, la multitude des causes est telle qu’elle défie tous nos efforts de calcul. »
Cette difficulté, Mill l’avait déjà rencontrée au début du VI: Livre, à propos de la science de la nature humaine. Il avait répondu de la façon suivante (2): « Il peut arriver que les causes fondamentales, celles dont dépendentles principaux éléments des phénomènes, soient accessibles à l'observation et au calcul. » Si
d’autres causes, moins importantes, viennent à «con-
1. Logique, 1. VI, ch. VI,S 2, t. II, p. 467. 2. Logique I. VI, ch. I, $ 1, t, IL, p. 427 sqq.
courir avec ces causes principales et les contrarient, l'effet, corrélativement, s’écarte plus ou moins de ce que les causes principales auraient produit à elles seules. » Mill nous explique son opinion à l’aide d’une comparaison avec la théorie des marées. Le phénomène des marées, en tant qu’il dépend des attractions du soleil et de la lune, est entièrement expliqué et peut être prédit avec certitude pour tous les points du globe. Mais des circonstances locales ou accidentelles, comme la configuration du fond de l'océan, la direction du vent, etc, exercent une influence sur la hauteur et l’heure de la marée. Certaines de ces conditions ne pouvant être rigoureusement déterminées, la théorie des marées ne saurait, à elle seule, nous faire prévoir les phénomènes de façon rigoureuse. Elle n’en est pas moins scientifiquement établie, et fort utile pour la pratique.
Il en est de mème des sciences de l’homme, et en particulier de la science sociale. On étudiera scientifiquement les causes fixes, permanentes, générales ; dans certains domaines, tels que la « science du gouvernement », leur action se perd parmi les influences des causes secondaires ; mais dans d’autres domaines, tels que celui de l’économie politique, leur action prédomine sur celle des circonstances particulières, et nos théories nous permettront de comprendre, au moins dans ses traits essentiels, la réalité (1). IL faudra seu-
lement se montrer très prudent dans la généralisa-