‹ La Méthode de l'Économie PolitiqueChapitre 52 sur 102 · EËssais politiques et philosophiques, p · texte numérisé non relu

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ces gens « qui font profession de prendre pour guide le sens commun plutôt que la science » et par les hommes « voués à la politique active » ;en somme elle est surtout le fait de personnes qui n'ont pas l’habitude de l’investigalion scientifique : rien que dansle sixième livre de la Logique, Millinsiste à deux reprises (1) sur ce point. C’est en usant de cette méthode qu’on dira par exemple : « la prohibition des marchandises étrangères doit favoriser la richesse nationale, parce que l’Angleterre a été florissante avec ce système. » Ce sont des constatalions aussisommaires, des raisonnements aussi simplistes que Stuart Mill a en vue lorsqu'il combat la méthode chimique : on ne doit pas l’oublier.

Ces pauvres arguments font un contraste assez surprenant avec les raisons très sérieuses sur lesquelles repose l’emploi de la méthode chimique. Ces raisons sont intéressantes à analyser car elles ont reparu maintes fois dans les discussions contemporaines. Combien de fois a-t-on accusé l’économie classique d'être une doctrine « abstraite », fondée arbitrairement «sur des dogmes métaphysiques », par des « arrangeurs de syllogismes » et des « scolastiques » ; et combien de fois a-t-on prétendu que toute science digne de ce nom doit fonder ses conclusions sur l’expérience, sur « les faits » ! Telle était déjà l’argamentation dirigée par Macaulay contre James Mill en

1829 : « Les scolastiques ont en M. Mill un héritier

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de leur esprit tout ensemble et de leur style. C’est un aristotélicien du xv° siècle, né hors de sa saison. C'est à peine si nous pouvons nous persuader en lisant sonlivre que ce n’est pasunlivre écrit avant Bacon et Galilée, au temps où les médecins raisonnaient sur le traitement de la fièvre d’après la nature de la chaleur, et où les astronomes prouvaient, avec force syllogismes, que les planètes ne pouvaient pas avoir de mouvement indépendant, parce que les cieux étaient incorruptibles et que la nature avait horreur du vide (1). » L'idée théorique qui est à la base de cette critique, c’est que le raisonnement pur ne saurait suppléer à la connaissance des faits.

A la vérité on est un peu surpris de voir Mill, le philosophe célèbre par sa critique du syllogisme et par sa théorie de l'induction, faire si bon marché de cette argumentation. |

Il était agacé, on le comprend, d’entendre fréquemment invoquer par des gens dépourvus de sens critique l’autorité de faits recueillis sans méthode ou grossièrement interprétés. IL faut ajouter que, tout nourri des œuvres des économistes, très pénétré de leur valeur, il avait la pratique et le respect de la méthode abstraite. Mais ce qui explique vraiment son attitude, c’est la conception qu'il se faisait du fait social. Nous avons vu que, pour lui, ce dernier n’est en somme qu'un prolongement, une complica-

tion du fait psychique ; il n’en diffère pas essentiel-

1, Macaulay, L. c., p. 403, ct, p. 421.

Joe lement, il s'y peut réduire. Connaissant les faits psychiques, on connaît la base de la vie sociale, on en possède les éléments ; on peut la reconstruire. C’est parce que les faits sociaux ne sont en dernière analyse que des faits psychiques que les lois sociales peuvent se déduire des lois psychologiques ; et c’est pour cela que l’expérience spécifique est inutile en notre domaine. Mill va nous montrer longuement qu’elle est impossible. Mais son argumentation n'irait à rien moins qu'à démontrer l'impossibilité de la science sociale, s’il n’avait d’abord admis qu’on peut s'y passer de l’expérience : il n’a pas insisté expressément sur ce point. Mais il nous paraissait indispensable de le mettre en relief.

Si Mill n’a pas insisté sur l’inutilité de l'expérience spécifique, il a mis au contraire beaucoup de complaisance à exposer son caractère impraticable et l’inapplicabilité des méthodes inductives. Il est visible qu’il considérait cette argumentation comme fort importante ; ct une grande partie du III Livre est destinée à la préparer (1), il importe de ne pas l’oublier, si l’on veut saisir le sens véritable des idées exposées dans le VI: Livre.

Le premier obstacle auquel on se heurte est In difficulté des expériences artificielles. « Lors même, nous dit Mill (2), qu'il serait loisible d'exécuter des expériences et de les répéter indéfiniment, on ne le pourrait que dans des conditions extrémement dé-

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