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I. — La méthode de différence comporte la comparaison de deux cas qui«concordent en tous points sauf dans la particularité qui est le sujet de la recherche ». Si par exemple on pouvait rencontrer deux nations absolument identiques, dont les usages, les institutions, les caractères physiques et moraux seraient les mêmes, et qui différeraient seulement en ce que l’une est plus protectionniste que l’autre : si par ailleurs l’une était riche et l’autre pauvre, on aurait là une véritable expérience cruciale. Mais il est clair que jamais on ne rencontrera pareil cas : deux nations qui différeraient sur ce point différeraient encore sur bien d’autres points.
IL. — Pourrra-t-on appliquer du moins la méthode indirecte de différence ? Au lieu de deux cas, cette méthode considère deux classes de cas : les cas de l’une concordent uniquement par la présence de la circonstance étudiée, et les cas de l’autre par son absence. Soit une nation à politique restrictive ; et d’autre part deux nations concordant seulement en ce qu’elles permettent le libre-échange ; il n’est plus nécessaire que l’une de ces deux nations concorde avec la première en tous points ; il suffit que l’une concorde avec la première sur quelques points, et l’autre sur le reste. Il semble que dans ce cas, si l'on constate que les deux nations libre-échangistes restent plus pauvres que l’autre, on peut attribuer la prospérité de celle-ci à la pratique du protectionnisme. Sophisme, illusion, répond Stuart Mill ; car
la prospérité nationale dépend d’une foule de cir-
TES constances ; « la prospérité de la nation protectionnisle peut être due en partie aux circonstances q'ii luisont communes avec l’une des nations libre-échangistes, en partie à celles qui lui sont communes avec l’autre, de telle sorte que chacune de celles-ci ayant moitié moins de circonstances favorables soit restée inférieure ».
IIT. — Za méthode de concordance, on peut le prévoir, ne nous donnera pas davantage satisfaction. Supposons que l’on trouve deux nations absolument différentes, ne se ressemblant que par la pratique du protectionnisme, accompagnée de la prospérité. Ce cas est conforme à la définition de la méthode ; et pourtant on n'aura pas le droit de conclure que le protectionnisme est cause de la prospérité. En effet cette prospérité, comme tous les faits sociaux communément considérés (la sécurité, la liberté, la culture générale), comporte une pluralité de causes. Or, « pour être autorisé à inférer qu’un antécédent est la cause d’un effet donné, par cela que tous les autres antécédents ont été reconnus susceptibles d’ètre éliminés, il faut que l'effet ne puisse avoir qu’une cause. S'ilen admet plusieurs, il est naturel que chacune d’elles puisse être éliminée ». Mill, dans le livre III (4) a exprimé la chose par un schéma. Supposons deux cas : A B C suivis de a bc; À D E suivis de a de;rien ne prouve que À estcause de a, si on ad-
met la possibilité de la pluralité de causes pour cet