Logique, 1. VI, ch. VIII, 8 1,t. Il, p
2 Q0REE l’une l’autre, » En mécanique, « ce que fait une force, l’autre le défait, soit partiellement, soit complètement »; en géométrie au contraire, « ce qui est une fois reconnu vrai l’est de tous les cas, quelque supposition qu’on puisse faire à l’égard de tout autre matière. » « Dans la théorie géométrique de la société, on parait supposer que tel est réellement le cas pour les phénomènes sociaux ; que chacun résulte toujours d’une force unique, d’une seule propriété de la nature humaine. » Cette conception, nous le Savons, est radicalement opposée à celle que se fait Stuart Mill de la vie sociale. Il n’est pas un phénomène social, nous dit-il, « qui ne subisse l'influence de forces innombrables, qui ne dépende de la conjonction d’un très grand nombre de causes ». Aussi estil évident pour lui que la méthode géométrique est mauvaise.
Elle a été cependant adoptée très souvent, et par deux catégories de penseurs. Les uns, confondant la science et l’art,ont voulu déduire de « maximes pratiques universelles » l’ensemble de leurs conceptions sociales ; ils ajoutaient ainsi à l'erreur inhérente à tout emploi de la méthode géométrique l’erreur qui résulte de la confusion de la science et de l’art. Mill cile, comme exemples, les doctrines fondées sur le droit abstrait, et celles qui s’établissent sur l’idée d’un contrat social. La conception du droit naturel, telle qu’elle s’exprime dans la Déclaration des droits de l’homme, et la théorie du contrat social, telle que
Rousseau l’a présentée, avaient été déjà très vigou-
re
reusement critiquées par Bentham lui-mème, dont Mill s'inspire certainement ici (1).
D'autres penseurs ont évité la confusion de la science et de l’art. Hobbes déduit toutes ses conceptions de ce principe que le gouvernement est fondé sur la crainte. Mais il ne put se contenter de ce principe unique ;et il fut obligé d'y juxtaposer l’idée d’un contrat, ajoutant à sa première erreur celle qu'il avait d’abord évitée, et qui consiste à fonder une théorie sur un principe pratique. Mais c’est surtout à Bentham et à son école, dont James Mill fut un représentant autorisé, que pense Stuart Mill. Dans l'Autobiographie (2), il cite son père comme le type des penseurs qui usèrent de la méthode géométrique. A lire James Mill, « on pourrait croire, nous dit Macaulay dans l’article relatif à l’Essai sur le grouvernement (3), qu’il ignore qu'il existe des gouvernements parmi les hommes. Il pose en principe certains penchants de la nature humaine, et de ces prémisses il déduit synthétiquement toute la science de la politique ». Macaulay se plaît à railler cette affectation de rigueur mathématique, ce formalisme scolastique. Stuart Mill lui-même, dans la préface qu'il mit à son édition de l’Analysis de son père, reconnaît que
celui-ci péchait par une tendance excessive à la sim-
1" Bel0L/ D HLO2 ne 2. Aulobiographie, chap. V, p. 193.