Principes, 1. II,ch. VI, $S1,t. II, p
ses ne peut ni hausser ni baisser à la fois : il n’existe rien de semblable à une hausse ou à une baisse générale des valeurs. » Que trouvons-nous ici ? D’abord une définition, qui suppose, malgré l’apparence, une base psychologique ; car les termes que Mill emploie, et qui désignent une relation mathématique, objective, matérielle, ne doivent pas faire illusion : il ne peut y avoir de « valeur » que pour des consciences capables de désirer et de comparer l’intensité de leurs désirs : le fait objectif de l'échange ne fait qu'exprimer la conclusion de ces calculs psychologiques. — De la définition posée, Mill tire une
proposition, qui est la réfutation d’une opinion répandue. Comment l’établit-il ? (1) A l’aide de ce que
les mathématiciens appellent un raisonnement par l'absurde. Supposer une hausse générale des valeurs, c’est accepter une contradiction dans les termes. La valeur d’une chose ne s'établit que par rapport à une autre ; « la valeur de la marchandise A ne peut s’élever que si l’on obtient en échange de cette marchandise une plus grande quantité des marchandises B ct C, et dans ce cas celles-ci s'échangeront contre une plus petite quantité de la marchandise A; toutes choses ne peuvent s'élever en valeur relativement à toutes choses. »
& IL. — La valeur courante d’une chose dépend de la demande et de l'offre ; elle s’élève quand la demande augmente et s’abaisse quand l'offre augmente.
1, Principes, 1, ILE, ch, I, $ 4, t. II, p.6.
La demande, toutefois, varie selon la valeur : en général elle est plus grande lorsque l’article est à bon marché que lorsqu'il est cher ; et la valeur se modifie de telle façon que la demande soit égale à l'offre. » Nous allons voir ici, plus clairement que dans le cas précédent, la: base psychologique de la doctrine et l'importance de déductions proprement psychologiques. Mill élucide la notion de la demande (1) : c'est le désir de posséder combiné avec le pouvoir d'acheter ; il ajoute que la demande ne peut agir sur la valeur, que s’il s’agit d’une quantité ; a demande est en réalité la « quantité demandée ». Or, poursuit Mill, la quantité demandée varie en raison de la valeur : car si l’article est à bon marché, on en: demandera plus. Cela s'explique à la fois parce que le pouvoir matériel d'acheter se rencontrera chez plus de gens, et parce que, chez ceux qui pouvaient déjà acheter, le sacrifice à consentir sera moindre, et par suite plus fréquemment consenti, selon l’arithmétique benthamiste. Voyons maintenant comment Mill explique que l'excès de l'offre abaisse les valeurs. « Supposons que l'offre excède la demande. La concurrence agira sur les vendeurs : la quantité excédente ne pourra trouver des acheteurs qu’à la condition que l’on provoque une demande supplémentaire égale à elle-même. On y parvient par le bon marché : la valeur s’abaisse et met l’article à la
portée d’un plus grand nombre de consommateurs,