S 4. — LA VÉRIFICATION
La garantie de la valeur des résultats obtenus réside, nous l'avons vu, dans la vérification. C'est par elle seulement que nous saurons si nous avons vraiment tenu compte de tous les éléments essentiels : on ne saurait exagérer l’importance de celte opération. Comment Mill la conçoit-il ?
En général, dans les sciences qui emploient la méthode déductive concrète, la vérification est rendue possible par la constatation de Lois empiriques (1). Mill appelle ainsi des généralisations tirées directement de l'expérience, qui énoncent une relation entre deux faits, avant que nous soyons capables d’ex-
12 Sur les lois empiriques, cf, Logique, 1. III, ch. XVI, t. IL, p. 36 sqq. — cf, Logique, 1. VI, chap. V, $ 1, t, II, p, 446.
pliquer cette relation, ou du moins indépendamment de la connaissance théorique que nous en pouvons avoir. Quand des relations entre éléments simples nous avons déduit les lois de phénomènes complexes, on conçoit que la constatation directe de ces lois sous leur forme en quelque sorte extérieure et superficielle constitue une vérification excellente de la théorie. « Si l’observation directe et la comparaison des faits fournissent des lois empiriques de l'effet, la vérification la plus sûre dont la théorie soil susceptible serait qu'elle conduisit directement à ces mêmes lois empiriques ; qu’ellerendit compte par les lois des causes des uniformités complètes ou incompiètes observées dans les phénomènes, ces uniformités devant exister si ces causes sont réellement celles dont les phénomènes proviennent. Ainsi il était rationnel d'exiger d’une bonne théorie des mouvements célestes qu’elle conduisit déductivement aux lois de Képler ; et c’est ce que fit la théorie Newtonienne (1). »
Si l’on pouvait trouver, dans lascience sociale, des lois empiriques, il serait naturel de concevoir la vérification selon le type même que nous venons de décrire. Mais la situation n’est pas aussi simple. Pouvons-nous établir, en matière sociale, des lois empiriques ? La pensée de Mill, sur cette question d’in-
térêt capital, est loin d’être limpide, et nous devons