‹ La Méthode de l'Économie PolitiqueChapitre 86 sur 102 · Disserl “and Discuss.; (6,1, p · texte numérisé non relu

Disserl “and Discuss.; (6,1, p

qu’on ne trouve pas d'expérience analogue aux expériences de laboratoire, réalisant un isolement pratiquement parfait des circonstances considérées, et pouvant par suite s'exprimer dans une formule très abstraite el très générale. Ainsi la loi empirique à laquelle fait allusion le paragraphe 4 ne sera valable que pour des pays déterminés, c’est-à-dire qu’elle implique l’existence d’une multitude deconditions. Rien ne nous empêche d'interpréter de mème la loi qui se dégage du rapport du syndic de faillite : elle n’est peut-être vraie que dans un état déterminé et complexe de la civilisation. C’est à cause de cette multiplicité infinie des circonstances que Mill peut nous dire, dans une phrase assez obscure du paragraphe‘ : « Le procédé expérimental ne doit pas être considéré comme une voie distincte pour arriver à la vérité. » Si l’on suit en effet, dans le détail, l’argumentation du paragraphe 6, on est frappé de l’analogie qu’elle présente avec celle que Mill oppose à l'emploi de la méthode chimique. La chose se conçoit : si une vérificalion rigoureuse et directe d’une loi était possible, l'expérience ou la série d’expériences qui la constitue fournirait une base suffisante à l'emploi des méthodes inductives, « offrirait une voie

distincte pour arriver à la vérité (1) ». En réalité c'est

1. L'avantage de la déduction serait de présenter les vérités sous une forme plus systématique, plus explicative, comme on le voit pour toutes les sciences qui ont évolué de la phase expérimentale à la phase déductive: cf. Logique, 1.ITf, ch. XIHIT, spécialement $S 7,t.1,p. 532 sqq. ;

cf. Logique, 1. IT, ch. IV, $ 5, t. I, p. 248 ; et plus haut, p. 106,

la complexité des faits sociaux qui nous interdit à la fois l’usage de l’induction et l’espoir de vérifier, par sa conformité avec une loi empirique, l'effet, prévu par la théorie, d’une cause agissant parmi beaucoup d’autres.

Nous comprendrons que Mill ait pu forcer sa pensée, dire qu’il n’y a pas de lois empiriques quand il voulait dire simplement qu’il n’y a pas de lois empiriques propres à la vérification, si nous examinons quel est pour lui le rôle véritable de cette opération. Mill est hanté par une préoccupation exclusive. Il ne songe pas à se défier d’une inexatitude possible des éléments de la déduction (1); il ne songe pas davantage à se défier du procédé déductif lui-même. Mais il y a au contraire une source d’erreurs qui lui paraît infiniment redoutable, contre laquelle on ne saurait assez se prémunir : la théorie tire ses conclusions d’un petit nombre de prémisses et la réalité est très complexe ; ce dont il faudra s'assurer, c’est que cette complexité ne rend pas tout à fait illusoires et inapplicables les relations établies déductivement. Le rôle de la vérification sera de dresser en face des théories abstraites la richesse infinie du réel. Toute opération & posteriori sera fautive et insidieuse, qui présentera ses résultats sous la forme d’un rapport simple; et c’est bien ainsi que l’on pourrait être tenté de considérer les lois empiriques que donnerait l’ex-

périence spécifique. L’astronome accepte la théorie

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