‹ La Méthode de l'Économie PolitiqueChapitre 89 sur 102 · Dissert and Discuss., t. I, p · texte numérisé non relu

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de quelque autre objet qui viennent se mèler à elle. » Personne n’oserait prétendre connaître toutes ces contingences ; et par suite toute proposition générale doit être interprétée, appliquée avec infiniment de prudence : on doit tenir largement compte de son caractère inadéquat (« inaccuracy »).

En ce qui concerne plus spécialement les vérités économiques, Mill a maintes fois insisté (1) sur leur caractère hypothétique ; et c'est le progrès méthodologique que l’on attribue le plus volontiers (2) à son influence et à celle d’un homme que beaucoup d’historiens considèrent comme son disciple, Cairnes. L'idée se présente principalement sous deux formes : les, vérités économiques ne sont absolument vraies que si on on les considère abstraitement, car dans la réalité, leur action peut être masquée par d’autres lois ; ou, en d’autres termes : l’économie politique n’est qu’une science de tendances, c’est-à-dire que ses lois sont rigoureusement certaines en tant seulement qu'elles affirment la tendance d’une cause à produire son effet ; mais rien ne nous assure que cet effet sera effectivement produit. Il serait faux de dire queces lois ne sont pas « générales », ou qu’elles comportent des «exceptions »; ce qui est vrai seulement, c’est que dans la réalité elles concourent avec d’an-

tres lois, peut-être antagonistes.

1. Essai, p. 160-161. Logique, 1. VI, ch. IX, $ 2,t. If, p, 492. Autobiographie, ch. VIL, p. 226.

>. Ingram. /listoire de l'économie polilique, p. 222.

Ce caractère des lois économiques est imputable à deux causes : {° certains éléments psychiques très réels sont systématiquement omis par les économistes ; 2° ils négligent aussi dans leurs théories générales certaines circonstances historiques de temps et de lieu ; spécialement ils ne tiennent pas compte de l’état social, dont la vie économique est solidaire. Mill a eu un sentiment très réel de la relativité des faits économiques ; M. Rist a insisté sur ce point (1). Il y a là en effet, nous le verrons, quelque chose de fondamental dans sa doctrine.

A. Les éléments psychologiques négligés par l’économie politique. — Mill s’est parfaitement rendu compte du caractère abstrait, et par là même arbitraire en quelque mesure, de la théorie de l’homo æconomicus,mu uniquement par le désir de la richesse ; l’économie politique ne tient compte que de ce mobile et de deux éléments antagonistes: l’aversion pour le travail et la poursuite de jouissances immédiates et coûteuses (2). Or, Stuart Mill a toujours considéré comme incontestable l’existence d’autres mobiles et par exemple des sentiments désintéressés. M. Douglas a pu soutenir (3) que cette opinion avait modifié profondément sa conception économique, l’avait en quelque façon rendu sceptique relativement à la légitimité de l’abstraction des économistes. En présence

1. Gide et Rist. Histoire des doctrines économiques, p. 453 2, Logique, 1° NI; ch. IX; $ 3, 6. -IIS p.496: 3. Douglas, L. c. ; cf. Belot, Introduction, p. LXXHfI.

des déclarations formelles du VE Livre de la Log'ique, en présence surtout des doctrines développées dans les Principes conformément à l'attitude classique, celte idée nous paraît difficile à soutenir. Mais ce qui est certain, c’est que Mill n’a pas été dupe du procédé d’abstraction, qu’il considère comme nécessaire. À maintes reprises par exemple ({), il a souhaïté une transformation du caractère anglais, qui l’aurait éloigné du type de l’Aomo æconomicus ; il s’indigne contre « le pire défaut de notre caractère national, qui est de tout sacrifier à l’accumulation des richesses et à cet égoïsme âpre et exclusif qui l’accompagne », jamais il n’a considéré ce type comme universel et nécessaire (2). Dans l’Uéilitarisme nous le voyons faire fond sur l’existence de sentiments altruistes et désintéressés.

C’est enfin parce qu’il croit que le désir de la richesse n’est pas la seule passion humaine, c'est parce qu’il croit à la diversité des tendances et des aspirations que Mill a pu écrire, dans les Principes, le fameux chapitre sur « l’étatstationnaire » (3). Avec une calme éloquence, faite de sincérité et de grandeur d'âme, Mili avoue qu'il ne partage pas l'idéal des « économistes de la vieille école » : « J'avoue, dit-il, que je ne suis pas enchanté de l'idéal de vie que

nous présentent ceux qui croient que l’état normal

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