Corresp, avec G. d'Eichthal, p
2, Sur ce point de fait, v, Logique, 1. VI, ch, IX, $ 4, £. II, p. 502, 3. Principes, 1. IV, ch. VI, t. II, p. 363 sqq.
de l’homme est de lutter sans fin pour se tirer d’affaire, que cette mêlée où l’on se foule aux pieds, où l’on s'écrase, où l’on se marche sur les talons et qui est le type de la société actuelle, soit la destinée la plus désirable pour l'humanité... Que l'énergie de l'humanité soit appliquée à la conquête des richesses, comme elle était appliquée autrefois aux conquêtes de la guerre, en attendant que des esprits plus élevés donnent aux autres une éducation plus haute, cela vaut mieux que si l’activité humaine se rouillait en quelque sorte et restait stagnante : tant que les esprits sont grossiers, il leur faut des stimulants grossiers. » Mais il y a un autre idéal que cette « mêlée » où les hommes se pressent, animés du seul désir de la richesse. L’isolement a son prix : ilestla condition nécessaire de toute profondeur de pensée, de toute grandeur de caractère. La nature a sa beauté: il serait triste que tout animal soit apprivoisé pour l’usage de l’homme et que tout arbre inutile soit déraciné. L'état stationnaire serait vraiment le plus propice au progrès de la culture morale et à la réalisation de la justice.
Les germes de tous les sentiments désintéressés existent dans le cœur de l’homme ; on y rencontre bien d’autres passions que le désir de la richesse. « Il n’y a peut-être pas dans la vie d’un homme une seule action qui ne soit sous l’influence directe ou indirecte de quelque mobile autre que le pur désir de la richesse (1). » C’est uniquement pour la commo-
1, Logique, 1. VI, ch. IX, $ 8, t.1{, p. 498.
dité du travail scientifique que l’on considère à part les effets de ce mobile unique (1) ; cela n’est d’ailleurs légitime que pour les formes d’activité dans lesquelles il prédomine vraiment (2). En tout cas, jamais nous ne devrons oublier que dans la réalité ce mobile coexiste avec beaucoup d’autres. Lors donc que nous viendrons à l’application des lois économiques, nous devrons tenir compte de l'effort d’abstraction qui nous a permis de les énoncer. Mais cet effort d’abstraction va devenir encore plus manifeste si nous considérons la multitude des circonstances historiques dont il y a lieu de tenir compte dans un cas déterminé.
B. — Les circonstances de temps et de lieu. — La doctrine de Mill sur ce point se rattache à une de ses conceptions philosophiques les plus précises. Dans l’ordre des choses complexes, les lois de causation se résolvent en deux sortes d’éléments : « Les lois de causation plus simples, et (pour employer le terme heureusement choisi du D' Chalmers)les collocations ; par quoi il faut entendre l'existence de certains agents ou forces dans certaines circonstances de lieu et de temps (3). » Ainsi « l’ordre de succession et de coexistence des mouvements des corps célestes exprimé par les lois de Képler est dérivé de la coexistence de deux causes primordiales, le soleil et l’im-