Cf. l'opuscule de Th. Gomperz, John Stuart Mill
indéniable : Mill n’est pas Spencer (1). En ce sens, le mot de Roscher (2) est vrai : « Ce n’était pas une tête historique. » Comme on l’a remarqué (3), disciple de Bentham et, par son intermédiaire, disciple d’'Helvétius il reste très hostile à l’idée de différences natives entre les hommes ; les différences sont acquises au cours de l'existence individuelle. Mais au cours de cette existence viennent s’exercer tant d’influences et d’autre part la doctrine de Mill sur l’action du passé est si souple que sa conception première de l’homme toujours identique à lui-même se trouve,en définitive, presque étouffée.
Nous savons qu’en toute occasion Mill a insisté sur. la solidarité des faits économiques et des autres faits sociaux (4). La coexistence d’un certain nombre de circonstances sociales constitue une « collocation », et l’histoire seule peut nous renseigner sur elle. Par conséquent, bien que les faits sociaux puissent se réduire en dernière analyse, pour le savant qui les étudie en eux-mêmes, à des faits psychiques, ils constituent pour l’économiste de véritables données. L'histoire nous fournit, sur les caractères na-
tionaux, les formes de gouvernement, la situation
1. Il est intéressant d’opposer sur ce point à l'attitude de Mill celle de Spencer, qui considère la conscience humaine comme un produit de l’histoire, et qui a donné ainsi à l'empirisme sa forme vraiment moderne,