‹ La Méthode de l'Économie PolitiqueChapitre 96 sur 102 · Logique, 1. VI, ch. X, $ 2, t. I, p · texte numérisé non relu

Logique, 1. VI, ch. X, $ 2, t. I, p

sera dominée par l’idée d'évolution, de progrès, comme dit Mill.

On sait que c'est à Auguste Comte que Mill emprunta l’antithèse du point de vue statique et du point de vue dynamique (1). C’est chez lui également qu’il a trouvé le type de la méthode applicable à la dynamique, comme d’ailleurs à toute la sociologie générale. Beaucoup de penseurs, remarque Miil, ont eu l’idée de tirer d’une analyse des faits historiques la loi générale du progrès. Mais ils ont en général méconnu le caractère de cette loi purement empirique ; ils ont omis de la rattacher aux lois psychologiques et éthologiques qui peuvent seules la rendre pleinement intelligible. « M. Comte est le seul, dans la nouvelle école historique, qui ait compris la nécessité de rattacher ainsi toutes les généralisations tirées de l’histoire aux lois de la nature humaine (2). » Mill a appelé méthode déductive inverse cette méthode de la sociologie générale : tandis que, dans les sciences sociales spéciales, on établit d’abord déductivement les conséquences que l’observation historique aura pour objet de vérifier, en sociologie générale on demande à l’histoire des lois empiriques que l’on réduira ensuite aux lois générales de la nature humaine. C’est la seule méthode praticable, parce que

« ce que nous sommes, ce que nous faisons mainte-

1. Aulobiographie, p. 201. A. Comte el le Posilivisme, p.89. Cf. Lévy- Bruhl. Introduction aux Lettres de Mill à Comte, p. XX, 2. Logique, 1, VI. ch. X, $ 3, t. I, p. 514.

nant n'est qu’à un très faible degré le résultat des circonstances universelles de la race humaine ou mème de nos propres circonstances agissant par l’intermédiaire des qualités originelles de notre espèce ; cela dérive principalement des qualités produites en nous par tout le passé de l'humanité. Calculer d’après les lois fondamentales qui la déterminent une si longue série d'actions et de réactions entre les circonstances et l’homme, série dont chaque terme successif est composé d’une quantité et d’une variété toujours plus grandes de parts, est une opération au-dessus de la portée de l’entendement humain » (1).

Ici Mill paraît adopter complètement les idées de Comte sur la part, croissante au cours de l’histoire, de l’influence du passé. Déjà en 1836 (2), il avait exprimé cette idée que, chez les modernes, l’individu est de plus en plus noyé dans la masse, dépend de moins en moins de ses propres efforts,et de plus en plus de la constitution de la société. Il était donc tout prêt à admettre la doctrine de Comte qu’il a, jusqu'à la fin de sa vie, considérée avec sympathie ; il la résumait ainsi (3): « À mesure que la société poursuit son développement, ses phénomènes sont de plus en plus déterminés non par les simples tendances de la nature humaine universelle, mais par l'influence

accumulée des générations passées sur la génération

Page 1