‹ La Méthode de l'Économie PolitiqueChapitre 97 sur 102 · A. Comte et le Positivisme, p · texte numérisé non relu

A. Comte et le Positivisme, p

présente. Les êtres humains eux-mêmes, des lois naturelles desquels les faits de l’histoire dépendent, ne sont pas des êtres humains abstraits ou universels, mais des êtres humains historiques, que la société humaine à déjà formés et faits ce qu'ils sont.» Il est difficile de savoir quel est le fond de la pensée de Mill. L'homme est-il toujours le même, comme semble l’impliquer la constitution des sciences sociales particulières, fondées sur une psychologie universellement valable ? Est-il au contraire le produit incessamment renouvelé de l’histoire ?

Dans le texte que nous citions précédemment, Mill paraît admettre une doctrine très analogue à la doctrine cartésienne du rôle de l'expérience. C'est parce qué l'esprit arriverait difficilement à passer des principes les plus simples à leurs conséquences les plus lointaines et les plus complexes qu'il sera utile de consulter, pour Descartes l'expérience, pour Mili l’histoire. Mais en principe les faits les plus compliqués et les plus particuliers se laisseraient déduire des faits les plus simples et les plus généraux. N’oublions pas cependant que chez Mill, il y a un élément irrationnel à l’origine de l’ordre du monde : ce sont les collocations. Lorsqu'il examine la théorie de Comte, Mill explique que sa valeur tient à la préoccupation qu’à eue Comte de rattacher les lois empiriques de l’histoire aux lois générales de la nature humaine. Il est certain qu'il a adopté une attitude intermédiaire entre celle des philosophes du xvirr siè-

cle qui spéculaient sur l’homme abstrait et universel,

et celle des historiens de l’époque contemporaine. Il n'a pas fermé les yeux sur les variations qui se produisent au cours de l’histoire ; sans doute il continue à croire à la valeur universelle des lois psychologiques ; c’est même, nous semble-t-il, cette idée qui domine ses conceptions économiques, puisqu'il conçut l’économie politique comme étant, en principe, une science abstraite. Mais le sentiment qu’il a eu des transformations de la société au cours de l’histoire a eu, sur ses doctrines économiques, une profonde influence.

L'influence de Comte avait donné leur forme à des idées que Mill avait déjà pressenties. Dans l’Autobiographie (1), il nous parle de son intimité avec Austin l'aîné ; et il caractérise ainsi ses opinions économiques : « Il traitait avec fort peu de respect ce qu’il appelait « les principes universels de la nature humaine des économistes », et il insistait sur la preuve fournie par l’histoire et l’expérience de chaque jour en faveur de la « flexibilité extraordinaire de la nature humaine » (expression que je lui ai empruntée). il ne croyait pas possible de poser des limites positives aux aptitudes morales qui pourraient se développer dans l’humanité sous l’impulsion d’une direction éclairée des influences de la société et de l'éducation. » C’est d’assez bonne heure, lorsque Stuart Mill n'avait pas même vingt ans, qu'il fut en relation avec Austin ; et il remarque combien ces idées s’éloignaient

1 Autobiographie, ch. V, p, 170,

de la tradition représentée par James Mill. Les deux conceptions avaient pénétré dans son esprit, sans que l’une fut destinée à l’emporter définitivement. Il devait subir bientôt l'influence des Saint-Simoniens et celle de Mrs Taylor qui, selon l’Autobiographie (1), le déterminèrent à adopter les idées qu’il devait toujours garder sur la possibilité et la possibilité désirable d’une transformation sociale.

Nous avons eu l’occasion d’indiquer déjà (2) comment ce sentiment s’est exprimé dans l’antithèse célèbre établie par Mill entre les lois immuables de la production et les lois de la distribution des richesses, qui dépendent en partie des initiatives humaines : nous devons nous contenter de marquer ici comment cette doctrine se relie aux idées générales de Mill sur la relativité des faits économiques. « On se trompe bien souvent en économie politique, nous dit-il (3), lorsqu'on ne distingue pas les faits qui résultent de la nature des choses et ceux qui résultent des arrangements sociaux ; et les erreurs de ce genre ont deux inconvénients contraires : elles sont cause que les économistes classent des vérités relatives et temporaires au nombre des lois permanentes et universelles ; d’autre part elles portent un grand nombre d'esprits à se tromper sur les lois éternelles de la production, à repousser par exemple

1 Autobiographie, ch, VII, p. 236.

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