‹ La méthode des classiques français: Corneille, Poussin, PascalChapitre 36 sur 74 · Enlreticns^ II, p · texte numérisé non relu

Enlreticns^ II, p

iKi l\ MÉTUODE DES CLASSIQUES FRANÇAIS.

portait exprès sur lui. » Des notes seulement et sans doute intelligibles à lui seul. Parmi les dessins conservés, je ne retrouve point de ces notations immédiates; je sais, au Louvre, des études d'arbres, à la plume et h la sépia, tirées de quelque décor de villa romaine; 1 équilibre des masses, la belle mise en page manifestent une vision déjà élaborée. Son butin d'observations était donc gardé en sa pensée, sans s'écouler, au fur et à mesure par le crayon. « 11 considérait attentivement ce qu'il voyait de plus beau, et s'en imprimait de fortes images dans Tesprit, disant souvent que c'est en observant les choses qu'un peintre devient habile, plutôt qu'en se fatiguant à lescopierV » En tout, nous le voyons attentif à ne pas verser dans le mécanisme, dans l'instinct, et à demeurer son maitre.

Même vigilance à se maintenir libre lorsque le peintre en vient à composer son tableau. C'est ici que son invention se déploie, car un tableau de Poussin c'est d'abord une combinazione. Il écarte toute réminiscence : répéter une composition déjà faite, soit des autres, soit de lui-mêmeS lui semble un misérable

1. Félibien, ibid. Le même Félibien rapporte (p. 437) qu'il a mi Poussin a considérer jusqu'à des pierres, à des mottes de terre, et à des morceaux de bois », considérer ^ non copier. On se rappelle qu'Horace Lecoq de Boisbaudran, le maiire excellent de Cazin, de Fantin- Latour, de Roty, de Legros, de Lhermitte, des Régamey, fonda toute une pédagogie sur ce principe. Il a publié, en 1847 (puis en 1862), un opuscule important : Éducation de la mémoire pittoresque.

2. « Je suis bon à faire du nouveau et non à répéter les choses que j'ai déjà faites. » (Lettre du 4 avril 1642, à del Pozzo.)

LA MÉTHODE CI.ASSIOIE DE MCOLAS POISSIN. 18.*»

radotage, un manque de cœur. Il a écrit un jour* eu prévision du reproche qui lui serait fait de sortir du chemin frayé : « La pauvre peinture est réduite à l'estampe; et quant à la sculpture, est-ce que hors de Ja main des Grecs quelqu'un l'a jamais vue vivante ? » Si j entends bien ces mots^ il veut dire que la peinture (et la sculpture de même) n'ose plus inventer, mais va se répétant, comme une planche est répétée par l'estampe, ne consiste plus qu'en « clichés », bref ne vit plus, car c'est par les combinaisons neuves que l'art est vivant. Aussi ne se pique-t-il de rien plus que d'avoir tiré de lui seul les arrangements de figures et de mouvements qui traduisent ses pensées. Là-dessus Bellori et Félibien ne sont que ses échos; lui-même demande une matière non modelée encore « et qui n'ait reçu aucune qualité de l'ouvrier, pour donner lieu au peintre de montrer son esprit et son industrie'» et Félibien commente : « Il veut que, lorsqu'il vient à mettre la main à l'œuvre, il le fasse d'une manière qui n'ait point été exécutée par un autre, afin que son ouvrage paraisse comme une chose unique et nouvelle et que... l'on remarque la netteté et la force de son jugement dans le sujetqu'il aura choisi'.... En quelque endroit qu'il ait puisé sa matière, histoire sainte, histoire profane ou fable, il n'a rien emprunté des autres

Page 1