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qui la contestent en ont « décidé témérairement* ». L'intelligent s'applique à tout; il n'est lié à rien. Tandis qu'une sensibilité est d'une certaine nuance et penche d'un côté, en sorte qu'un sensitif qui peint a sa petite famille de sujets choyés, sa manière où il retombe, ses jaunes, ses bruns, ses noirs, le raisonnable, quand il use des pinceaux, se prête à ce qu'il veut rendre et reste disponible. Les images n'adhèrent pas plus à son imagination qu'elles ne collent aux miroirs. De V Extrême 'Onction y traitée avec conscience et science de la douleur, sans pour cela s'assombrir, il passe aux Ménades nues folâtrant sous le feuillage, traitées avec entente de la volupté, sans s'exciter. « Je ne suis point, dit-il, de ceux qui, en chantant, prennent toujours le même ton, et je sais varier le mien quand je veux*. » Au reste, toujours appliqué à raisonner sa pratique, il méthodise cette souplesse de l'imagination. Les anciens, pense-t-il, étaient admirables par là.
Je vous veux avertir d'une chose d'importance, qui vous fera connaître ce qu'il faut observer en la représentation des sujets qui se dépeignent'.
1. Lettre de septembre 1649, à Jacques Stella, citée par Félibien, II, p. 356.
2. Lettre du 24 mars 1647. — « Il avait de grands égards à traiter différemment tous les sujets qu'il représentait, non seulement par les différentes expressions, mais encore par les diverses manières de peindre, les unes plus délicates, les autres plus fortes; c'est pourquoi il était bien aise qu'on connût dans ses ouvrages le soin qu'il en prenait. » Félibien, II, p. 328.
3. Lettre du 24 novembre 1647. Je cite naturellement ce texte
IXS I.V MÉTHODE DES CUSSIQUES FIUNÇALS.
.Nos braves anciens Grecs, inventeurs de toutes les beHes choses, trouvèrent plusieurs modes par le moyen desquels ils ont produit de merveilleux effets. Cette parole mode signiOe proprement la raison ou la mesure et forme de laquelle nous nous servons à faire quelque chose; laquelle nous astreint à ne passer pas outre, nous fesant opérer en toutes les choses avec une certaine médiocrité et modération. Et partant telle médiocrilê et modération n*est autre qu'une certaine manière ou ordre déterminé et ferme, dedans le procédé par lequel la chose se conserve en son estre....
Je n'entends user que prudemment de ce galimatias. On devine qu'après avoir lu un commentateur latin ou italien d'Aristote (apparemment Lodovico Castelvetro, qu'il nomme*), le bon Poussin creusa le terme modus par lequel on traduit le grec nomos dans ce sens-là, chercha ce mot dans un dictionnaire, rapprocha les textes de Cicéron où il signifie tantôt une vertu, synonyme de tempérance*, tantôt la mesure (ît le goût dans l'art ^ puis de ces trois acceptions fit un amalgame, sur lequel son imagination travailla. Il ne faut retenir, en cette petite rapsodie, que l'ac-
d'après le manuscrit autographe (Bibl. nat., ms. fr. 12347, f»186). Quatremère de Quincy Ta entièrement refondu, et les critiques qui lui empruntent cette lettre ne suivent point Poussin même.
1. Dans ses Osservazioni. Lodovico Castelvetro avait publié en 1570 La Poetica d'Ariatotele volgai'i%%ata e êposta.
2. Comme dans le De OfficiU, I, v., c ... ordine et modo in quosunt modestia et temperantia... » Cf. Piutarque. {De la vérin morale^ 10, Amyot) : « La raison imprime en la partie irraisonuable les vertus morales qui sont mediocritez entre le peu et le trop. »
5. Gomme dans VOrator, XXII : a In omnibus rébus videndum est quatenus ; et si eiiim suus cuique modus est, tamen magis offendit nimium quam parum. » Cicéron continue en paraphrasant un mot prêté au peintre Apelles.
LA MÉTHODE CLASSIOIE DE ÎSIGOLAS POUSSIN. i«0
cent; or Taccent est tout à fait personnel dans ce bout de phrase : « .... ordre déterminé et ferme, dedans le procédé par lequel la chose se conserve en son estre » ; l'idée est suggérée par Aristote, mais les adjectifs et l'aplomb de l'expression marquent avec quelle vigueur Poussin se l'approprie. Je le vois se donnant à lui-même des consignes, attentif « à ne passer pas outre », le pinceau et le jugement en suspens, tandis qu'il s'interroge. Il ne veut pas se montrer « précipiteur ». Il est trop persuadé que « nos appétits ne doivent point juger seulement, mais la raison* ))^ Remarquez cet eflort soutenu pour se garder de la manière et se tenir affranchi même de son tempérament : cela est français et cartésien.
De là procède sa faculté extraordinaire de se renouveler, d'un ouvrage à l'autre. Voyez, sur un même mur du Louvre, le Déluge monochrome, assourdi, pesant, peint à la cendre, et les deux Nymphes, ballant ou cueillant des narcisses, qui devancent le char de Flore, d'un dessin enlevé, d'un coloris chaud, fluide, estival ; entre les deux toiles nulle conformité ; ou dirait que deux siècles, deux climats sont en présence. Pourtant le môme ouvrier a tiré de lui ces diversités. Afin de l'apprécier justement, il est bon, devant chacun de ces cadres, d'évoquer la série, aussi riche et polymorphe que l'œuvre écrite d'un Gœthe.