‹ La méthode des classiques français: Corneille, Poussin, PascalChapitre 45 sur 74 · Il, p · texte numérisé non relu

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comme le même Félibien les nomme. Le peintre, dilil, « a fait que toutes les actions de ses figures ont des causes particulières qui se rapportent à son principal sujet ». Ainsi, bien que le spectateur doive « entrer dans le particulier des figures », l'unité est sauve, — entendons l'unité dramatique, l'unité du fait. L'attention rayonne autour de ce fait unique pris comme centre, tout en se donnant le spectacle de la polyphonie des sensibilités humaines. Par exemple, dans ï Extrême-Onction, on reconnaît à la mimique des assistants le degi'é de parenté de chacun avec le mourant, son tempérament et ses habitudes. Dans la Rébecca, les gestes des filles groupées autour de la fontaine signifient, ici la curiosité, là l'envie, ici l'admiration, là l'indifférence : tout l'index du traité Des Passions de Vâme, de Descartes. Dans la Manne (dont j'ai donné déjà une analyse psychologique de la main de Poussin même), faites attention à cette jeune fille qui regarde en haut et tient le devant de sa robe pour recevoir le présent céleste : reconnaissez ici « l'humeur dédaigneuse de ce sexe qui croit que toutes choses lui doivent arriver sans peine, ne voulant pas se baisser comme les autres pour recueillir la manne, mais la reçoit du ciel comme s'il ne la répandait que pour clle^ » Voilà donc, dans une grave page biblique, une petite malice contre les femmes. II faut fureter, il faut

1. C'est une observation présentée aux Conférences de F Académie royale, et reprise par Félibien, p. 427,

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cent coups d'œil successifs et analytiques, pour saisir cette unique histoire. Remarquez à présent que ces compositions ingénieuses, avec ce que Poussin y a dépensé d' « esprit », d'invention précieuse de détail, sont dans son œuvre ce qui a le plus passé. Ce sont ses Héraclius et ses Pertharite.

Mais il lui arrive — sans qu'il paraisse y prendre garde — de composer par un principe tout autre, en laissant là l'unité d'histoire, en ne s'attachant qu'à l'unité de sentiment. Ce n'est plus alors sur Aristote qu'il se règle, il n'emprunte rien de la poétique du théâtre; il se conforme à ses émotions personnelles et nous donne ses pensieri à lui. Les ouvrages composés par ce second procédé sont ceux qu'on peut dire avec Félibien « considérables par leur simplicité ». Nous en voyons, au Louvre, à Chantilly, à Berlin, à V Ermitage de Saint-Pétersbourg, une vingtaine d'échantillons très purs.

A l'analyse logique, ces tableaux ne se tiennent pas. Que font ces ébats de baigneurs, de pécheurs et de nautoniers avec l'accident d'Eui*ydiceS qui paraît au premier plan? Hercule' tirant hors de la caverne le corps de Cacus n'est qu'un épisode perdu dans l'immense paysage agrémenté de rochers, de nymphes, de bateaux glissant sur un miroir d'étang et d'arbres pleins d'un calme mystère. Le Polyphinne (de l'Ermi-

i. Au Louvre.

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