DESJARDINS. MÉTH. CL. PR
*i42 LA MÉTUODE DES CLASSIQUES FRANÇAIS.
peur et de nous y attacher par-dessus tout autre intérêt. C'est donc manquer de cœur, que de relever, dans un ouvrage, seulement les grâces du langage, car c'est être indifférent à la vérité, ou mettre son plaisir au-dessus. Et quelqu'un qui manque ainsi de cœur, on n'en ferait pas son ami, car il n'a pas de fond où s'appuyer*. Tel est bien le défaut essentiel des jésuites, défaut révélé par leur littérature coquette et superficielle, et manifesté surtout dans leur probabilisme amolli ; mais ce défaut est encore celui d'une multitude incomparable; car, en général, « les gens manquent de cœur ». Ils sont dans une « lâcheté molle et timide qui empêche ou de voir la vérité ou de la suivre....' » Ne ressentant point l'aiguillon du désir de savoir, ils se contentent d'opinions probables^ et s'y endorment. Vaine probabilité dont il peut dériver à l'aventure certaines maximes bonnes parmi d'autres méchantes, mais point de maximes saintes ou vraies', car la vérité est justement dans la prise forte, brave et sévère dont l'esprit s'attache aux prin cipes aperçus; la vérité est la vie de l'esprit*. Or n'aimer point la vérité, ne s'y point confier coûte que colite, et lui préférer son repos, c'est là l'erreur mère
1. Vcnsécs, éd. Brunsclivicg, ii°» 50 et 190 (notes contemporaines des Provinciales et s'y rapportant).
2. Provinciales^ fragment inachevé d'une XIX" lettre ; p. 079 de ledit. Havet.