I. Félibien, II. p
Jl n'est pas moins soigneux de déterminer l'encadrement approprié, qui doit être une « bordure d'or mat, d'un travail délicat », assez large et concave pour que « les rayons visuels qui, venant pêle-mêle avec les choses peintes, confondent le jour ». Il faut enfin que le tableau soit à hauteur convenable, « colloque fort peu au-dessus de l'œil, et plutôt au-dessous1 ». Ainsi s'achève, de l'invention première à la mise en bon jour de l'ouvrage fini, cet édifice délicat de combinaisons où tout a été délibéré, voulu, ajusté, pour dégager une pensée et la transmettre en toute sa force signifiante.
Comme Poussin a jugé chacune de ses opérations à mesure, il en juge maintenant le produit avec égale liberté. N'ayant point adhéré aveuglément à son ouvrage, il n'a pas à s'en reculer pour le voir tel qu'il est. D'un sien tableau encore frais, il fait une description objective et sèche comme celle d'un catalogue de musée2; nulle complaisance paternelle; pour toute appréciation, il relève que « les figures, de grandeur naturelle, sont bien disposées, finies et peintes avec goût, et d'un bon relief ». 11 note les défauts, encore quand, la toile une fois détachée du châssis, il est trop tard, et il mande au possesseur son regret d'avoir péché, non par ignorance, mais par trascurataggine (négli-
1. Lettres des 4 février 1646, 22 décembre 1647, 30 octobre et 6 novembre 16 i4, 13 avril 1639.
2. Voyez dan? la Lettre du 27 juin 1GÙ3 la description d'une Sainte Famille.
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11) ï LA MÉTHODE DES CLASSIQUES FRANÇAIS.
gence), tort grave. Il n'a pas cle cesse que la faute ne soit réparée, sur ses indications1. Son jugement est incorruptible et toujours « surpasse l'œuvre », selon le précepte de Léonard2.
11 s'applique à « bien lire » un ouvrage sorti de sa main, comme le l'ait Corneille pour ses propres tragédies. Et les critiques des autres sur lui, quoiqu'il en soit d'abord piqué, il est assez avide de perfection pour qu'il y réfléchisse cependant, avec désir d'en profiter. Mais il sait qu'il n'en profitera qu'après les avoir faites siennes, par raison, non par suggestion. Car c'est lui seul qui se peut corriger. « Je ne suis point marri que l'on me reprenne et que l'on me critique; j'y suis accoutumé depuis longtemps.... Cela a empêché que la présomption ne m'ait aveuglé, cela m'a fait cheminer cautement en mes œuvres, choses que je veux observer toute ma vie. Et, bien que ceux qui nie reprennent ne me peuvent pas enseigner à mieux faire, ils seront cause néanmoins que j'en trouverai les moyens de moi-même5. » Ne point s'aveugler sur soi, éliminer le « mien » dans ses apprécia-;