‹ La méthode des classiques françaisChapitre 47 sur 82 · I . Lettre du 6 novembre · texte numérisé non relu

I . Lettre du 6 novembre

'2. « Quand l'œuvre esl é*gale au jugement, c'esl un triste signe pour ce jugement ; et quand l'œuvre surpasse le jugement, c'esl re qu'il y a de pis, comme il arrive à qui s émerveille d'avoir si bit n travaillé, et quand le jugement surpasse l'œuvre, c'est là un très bon signe ». Voy. ti. Souilles, Léonard de )'inci, L'Artiste et le Savant. p. i7(3.

3. Lettre du 17 avril 1017. Rapprochez Descartes Méthode. VI" partie] : « On peut dire que ces oppositions seraient utiles, etc )

tions, se voir comme on sera vu1, voilà sa règle en elïet, moyennant quoi il « chemine cautement », pas à pas, en clarté sure, et n'est point entraîné où il ne veut pas aller.

Ainsi l'art de Poussin est entièrement construit sur l'assise de sa. liberté intérieure. Sa volonté n'a point de défaillance, son jugement point de vertige. Il applique la méthode stoïcienne d'affranchissement à son travail de bon ouvrier peintre : son maître est Épiclè Le : « Tiens ton œil ouvert.... Le charpentier construit-il plus parfaitement en ne faisant pas attention? Le pilote en ne faisant pas attention conduit-il plus sûrement? Est-il si menu travail qui s'exécute mieux Seins l'attention? Ne sens-tu pas qu'une fois que tu as lâché la bride à ton jugement, il n'est pas en ton pouvoir de le ressaisir2?... » La coïncidence est parfaite, entre le précepte du sage et la pratique dont les Bergers (VArcadie sont le fruit. Peut-être comprenonsnous dès lors comment, ayant suscité tant d'admirations, le maître n'a pas formé de disciples ; sa méthode îfest pas plus assimilable que sa force d'âme.

1. Dans le livre de Fr. Junius : De piclura veierum, que Poussin a lu, je trouve ces mois qui s'appli |uent parfaitement ici : Serins ac minime vanus Artifex se circumspicit algue aeslimat, praebelque aestimandum : quamlo qu'idem in hac Arte perniciosissimus est nimius sui suspectas, atque insitum mortalibus uitium se suaque mirandi (II, xu.)

2. Entretiens, IV, 5 : « 'EîtaypÛTtvei » et IV, 12 <s IJsp'i Trpoaoyr,; d.

19o LA MÉTHODE DES CLASSIQUES FRANÇAIS.

« Il formait toujours ses pensées sur ce qu'il avait . lu des tableaux des anciens peintres grecs. »

Felibiex, II, p. 551.

Lorsque le jeune Nicolas Poussin, vers 1618, six ans avant de partir en Italie, Il t rencontre de Raphaël (dans les estampes de Marc-Antoine), il y trouva l'illustration de ce qu'il avait lu dans Cicéron ou dans Pline, touchant les peintures fameuses de Timanthe, de Zeuxis, d'Apelles. De ces dernières le souvenir seul subsiste, dans les textes, mais pour indiquer toujours aux modernes la vraie voie; du moins Poussin l'a cru. — Voilà, se dit-il, dans quel sens il faut nous efforcer : Marcher à la suite de Raphaël et des Anciens; ramener la peinture à sa fonction de dépositaire des belles pensées, la purifier en la raisonnant, telle est la tâche. digne en effet de tout le labeur d'un brave apprenti. Dès lors Poussin ne fera plus qu'appliquer obstinément celle idée de l'art; pendant quarante ans, il tiendra sans distraction cette gageure, de restituer la peinture de Zeuxis et d'Apelles, et de l'imposer telle quelle à l'admiration des modernes.

Sans doute l'idée n'est pas de lui. Dès le xve siècle, Léon-Baptiste Albert i, qu'il a bien connu1, puis Piero

I. Voy. Eugène Mùntz, Histoire de l'Art pendant la Renaissance, I, p. 242-244.

délia Francesea, avaient convié les peintres à rééditer purement et simplement l'art grec. Ce dernier écrivait dans son Traite de la Perspective (vers 1 Ï90) : « Si de nos jours certains prétendus artistes s'attachaient à cette manière de peindre (celle des maîtres grecs), au lieu de rechercher l'applaudissement des ignorants, ils parviendraient à cette célébrité «pie les siècles ne peuvent obscurcir, et qui reçoit chaque jour un nouvel éclat du suffrage des hommes compétents1. » Il semble que Poussin ait, cent trente ans plus tard, entendu cette parole et en ait tiré son programme. Lui aussi fait Itou marché de « l'applaudissement des ignorants », et remet sa gloire aux quelques initiés qui, dans l'avenir, garderont le secret des maîtres. Seulement il apporte à l'exécution de ce plan une suite, une inflexibilité, une attention à se critiquer soi-même et à résister à son temps, par quoi il est extrêmement distant du Quattrocento italien. Les conditions de la vie ont changé; l'artiste n'est plus un parasite, amuseur « des cavaliers et des daines », il est délié des servitudes du goût mondain et replié sur soi: il habite seul avec ses pensées qui ne sont plus éclairées par le soleil des champs ou des places, mais par une lampe allumée à l'intérieur; il projette ses œuvres du dedans au dehors. L'antiquité n'est plus pour Poussin une époque enchantée, une fête avec

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