‹ La méthode des classiques françaisChapitre 5 sur 82 · Discours dit Poème dramatique : ibid., I. p · texte numérisé non relu

Discours dit Poème dramatique : ibid., I. p

li I \ MÉTHODE DES CLASSIQUES FRANÇAIS.

d'œuvre; il se tint « sur le compliment », à la normande, avec force protestations sur le trop d'honneur qu on lui voulait faire; la vérité est qu'il avait peur non du jugement même, mais de la nécessité d'avoir à le contester, car il n'aimait pas les disputes; ce n'était point sur des arguments qu'il voulait établir l'iipologic de son ouvrage, mais sur l'admiration, naïve des simples gens non prévenus. Cependant, lorsqu'on le força à se défendre, il le fit avec vigueur et hauteur; sans nulle dextérité, du reste. Aux Observations de Scudéry, son ancien ami devenu son détracteur, il dédaigna de répondre en règle, se contentant de lui notifier publiquement ce dédain*. « Je verrai, écrit-il, si ce que votre libelle vous a laisse, de réputation vaut que j'achève de la ruiner.... La lecture de vos Observations ne m'a donné aucun mouvement que de compassion. Et certes on me blâmerait avec justice si je vous voulais du mal pour une chose qui a été l'accomplissement de ma gloire, et dont le Cid a reçu cet avantage que, de tant de beaux poèmes qui ont paru jusqu'à présent, il a été le seul dont l'éclat ait pu obliger l'envie à prendre la plume. » Cependant l'Académie, avec sa critique sérieuse et, au demeurant, autorisée, ne pouvait être écartée de la sorte, comme Scudéry ou l'insignifiant Claveret, jetés bas d'un simple heurt. Et, d'autre

I. Dans la Lettre apologétique du sieur Cornet llet éd. Marty-Laveaux, \. y. 599.

LE GLASSIC1SME DE CORNEILLE. lô

part, la discussion défensive n'était ni selon le goût, ni dans les moyens de Corneille. Il fut donc inquiet et gêné, timide de bonne foi, et aussi faisant le timide, avec une pointe de persiflage, protestant qu'avant le jugement de l'illustre compagnie, il ne peut « travailler qu'avec défiance, et n'ose employer un mot en sûreté ». En se faisant ainsi petit écolier, il signifiait assez ce qu'il pensait de la prétention des Académiciens à régenter l'art d'écrire. Puis, quand il connut les sévérités de ce jugement attendu, il prit bravement son parti : il en appela au sentiment du public1. « J'ai remporté le témoignage de l'excellence de ma pièce, dit-il, par le grand nombre de ses représentations, par la foule extraordinaire des personnes qui y sont venues, et par les acclamations générales qu'on lui a faites. Toute la faveur que puisse espérer le Sentiment de l'Académie est d'aller aussi loin ; je ne crains pas qu'il me surpasse.... Le Ciel sera toujours beau et gardera sa réputation d'être la plus belle pièce qui ait paru sur le théâtre, jusqu'à ce qu'il en vienne une autre qui ne lasse point les spectateurs à la trentième fois".... » Ainsi la sentence des gens du métier est récusée; le grand dra-

1. Il compare lui-même son attitude à l'appel au peuple, « provocalio ad po/mlum ». usité dans l'ancienne Rome, lor-qu'il écrit à Boisroberl à propos de son Horace non encore représenté : « Horace fut condamné par les duumvirs, mais il fut absous par le peuple. i> Ed. Marty-Laveaux, X, p. 452.

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