‹ La méthode des classiques françaisChapitre 50 sur 82 · Salon de 1707. Loutherbourg · texte numérisé non relu

Salon de 1707. Loutherbourg

DESJAKD1KS. Mi:TH. CL. FR-

Le mot qui reste, cependant, a été dit par « le cavalier Bernin ». Comme M. de Chanlelou lui avait fait les honneurs de son beau cabinet de peintures de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, et qu'on lui apportait en bon jour les fameux Sept Sacrements, le Triomphe ds Bacehns et les autres Poussin, l'Italien, après avoir regardé assis, puis à genoux, se récria avec sa pétulance naturelle. « Veramenlel dit-il à Chanteîou, quel aomo e stalo un grande istoriatore e grande favoleggialore1 — Ma foi, cet homme-là a été un grand narrateur d'histoires, un grand conteur de fables! »

Le genre de ce mérite fut d'ailleurs très favorable à la gloire de Poussin en France ; c'est un avantage, dans un pays de sociabilité dominante, que de produire des beautés communicables en paroles. 11 n'était pas impossible de regarder un tableau historique de Poussin par délégation; les aveugles mêmes et les gens du monde en pouvaient jouir.

C'était bien ce qui était arrivé aux Zeuxis et aux Parrhasios; leurs œuvres avaient survécu comme sujets de conversation, comme mythes. Où étaient ceux que leurs tableaux avaient authentiquement émus? On en faisait seulement circuler le thème, avec

1. Journal du voyage du cavalier Bernini en France (par M. de Chanteloù), publié par Ludovic Lalanne, Gazette des Beaux-Arts,

1877-1885. Bernin répète plus d'une fois que Poussin a « un bel istoriarc. »

quelques anecdotes qui permissent d'en imaginer l'effet. Lorsque l'œuvre de Poussin aura disparu à son tour, on en pourra restituer, à l'aide des descriptions imprimées, toute une partie, la plus artificielle et la plus morte à mon gré, celle justement dans l'invention de laquelle s'est interposée, entre l'artiste et la nature, un procédé littéraire.

« Le Poussin no s'est pas contente do mettre dans ses paysages un homme qui passe son chemin, ou bien une femme qui porte des fruits au marché. Il y place ordinairement des ligures qui pensent, alin de nous donner lieu de penser; il y met. des hommes agités de passions, afin de réveiller les nôtres. »

Du Dos. Réflexions critiques sur la Poésie cl sur ht Peinture (1710'.

Que s'est proposé Poussin en peignant, et quel effet obtenu marque à ses yenx la réussite? Ce n'est pas assurément une représentation adéquate de la nature. Si dévot qu'il fût aux noms de Parrhasios et de Zeuxis, il n'aurait pas voulu s'abaisser aux trompe-l'œil que la légende impute à ces peintres d'Ionie. Il cherchait quelque chose de plus qu'une similitude vaine, dont se repait la badauderie des ignorants. Il prétendait à émouvoir des hommes qui pensent. La lin de la peinture, disait-il, est la « délectation1 »; mais une délectation d'ordre élevé et diversifiée h l'infini, puisqu'elle admet, outre la volupté de la lumière et des formes, qui est donnée par les objets, les « passions qui se rapportent à l'âme », comme dit Descaries : l'apaisement délicieux alternant avec l'ardeur martiale, l'émoi, l'apitoiement et la pointe pénétrante du chagrin.

Page 1