Félibien, II, p
gence. S'il m'est permis d'user des mots composés grecs, dont le raccourci est commode, je dirai que VÊthopée de Poussin est le moyen de sa psychagogie; il dresse sur son théâtre ses petits acteurs, avec leur mimique et leur masque, pour induire les spectateurs à sympathiser; il fait devant nous les gestes de la passion qu'il nous veut donner.
Un exemple suffira à bien dégager ce procédé : le tableau des Israélites recueillant la manne dans le désert. Prenons Poussin lui-même pour guide. Tandis qu'il y travaille encore, il écrit à son ami Jacques Stella : « J'ai trouvé une certaine distribution et certaines attitudes naturelles, qui font voir dans le peuple juif la misère et la faim où il était réduit, et aussi la joie et l'allégresse où il se trouve ; l'admiration dont il est touché, le respect et la révérence qu'il a pour son Législateur, avec un mélange de femmes, d'enfants et d'hommes, d'âges et de tempéraments différents ; choses, comme je crois, qui ne déplairont pas à ceux qui les sauront bien lire1. ». Bien lire ! première condition pour être ému comme il faut. Le peintre aide donc la lecture que M. de Chantelou fera de son ouvrage2 : « Si vous vous souvenez de la première lettre que je vous écrivis, touchant le mouvement des figures que je vous promettais d'y faire, et que tout ensemble vous considériez ce tableau, je
i. Félibien.IL, p. 3-28.