‹ La méthode des classiques françaisChapitre 54 sur 82 · Plinlro. p. -r.it h · texte numérisé non relu

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2. J'ai choisi la demeure delà ville, et non pas celle des champs, où j'1 vivrais déconsolé. « Lettre à M. Lemaire. 19 lévrier 1639.

Mes ouvrages ont eu cette lionne fortune d'être trouvés elairs par ceux qui les savenl goûter comme il faut.

Lettré à Chantelou. 25 décembre 1655.

Les trois régies précédentes aboutissent à la dernière, qui regarde l'unité de l'œuvre d'art. En effet, dés lors qu'il s'est proposé de transmettre une émotion, Poussin comprend qu'il la rendra plus nette en ramassant, dans nue composition liée, les objets les plus propres à la susciter, en éliminant ceux qui la dispersent, la contrarient. L'affaiblissent; — par cela même qu'il a cherché à restituer l'ancien art grec, il défère aux principes de la technique grecque, tels qn'Aristote les a formulés, suivant qui l'unité est essentielle à tonte œuvre achevée comme à tout être vivant; — par la vertu de cette belle clarté et liberté de jugement en laquelle notre artiste philosophe s'est maintenu toujours, il réalise l'unité sans encombre, sans caprice, dans tout ce qu'il façonne : sa pensée projetée dans le travail de ses doigts ne perd rien de la simplicité d'une pensée.

A quoi bon démontrer maintenant que chaque tableau de Poussin forme un petit monde clos et complet? Ne voit-on pas bien que l'incohérence doit être à ses yeux la pire faute, et aussi celle où il est le moins entraîné? Voulez-vous cependant apprécier, par une

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comparaison, la forte logique qui est l'empreinte de Poussin? Allez à Sâint-Étienne-du-Mont, entrez dans une chapelle latérale, à droite, à la hauteur du jubé: vous y verrez un tableau d'autel signé Quintinus Varinus regius pictor, 1027, et qui représente saint Charles Borromée distribuant des aumônes. C'est une œuvre du premier maître de Poussin, de celui qui lui apprit à tenir le pinceau; voici donc la méthode qui lui a été transmise : les morceaux pris à part sont agréables, d'un coloris chaud qui rappelle Bassan, avec plus de finesse d'œil : mais toute la composition cloche, la toile se découpe en trois morceaux, le faire même est plein de disparate. Passez maintenant à tel ouvrage de Poussin qu'il vous plaira, même à la Sainte Cécile du musée de Montpellier, qui est de sa plus ancienne manière conservée : la logique de Poussin déjà s'y manifeste, sinon son beau pathétique ; la composition est centrée, l'unité règne.

Cependant, il faut faire une observation importai! le sur la façon dont Poussin conçoit « l'unité » d'un tableau. Il la conçoit de deux façons tout à fait distinctes, quoiqu'il ne paraisse point, quant à lui, avoir fait cette distinction. Tantôt il ordonne sa composition autour d'une fable unique, qu'il détaille, qu'il épuise et ne déborde pas; tantôt il forme son tableau de divers épisodes, en fonction seulement de l'unité d'effet. En deux mots, tantôt il jpeint une histoire, et tantôt un sentiment.

Le premier système est celui des dramaturges. Le Jules César de Shakespeare en est un exemple parfait. Un événement étant donné, par exemple l'assassinat de César par Brutus et ses conjurés, comment ont dû réagir acteurs et témoins, avec quelle inégalité d'émotion suivant leur participation à l'affaire, avec quelle variété de passion, selon les intérêts contraires, selon les tempéraments, les sexes, les âges, les éducations, depuis Brutus jusqu'aux savetiers delà plèbe, c'est à quoi l'auteur applique une imagination psychologique supérieurement souple et exacte. Ainsi encore dans la tragédie attique1 les interjections de joie sauvage, de douleur, de fureur, de résignation à l'inévitable, dont les acteurs et le chœur, chacun selon ses « mœurs », accueillent le récit d'une catastrophe, fait par quelque messager.

Poussin est engagé à la suite de ces exemples de Sophocle, systématisés par Aristote. Il a cru. à son tour, pouvoir faire des tragédies en peinture. lia montré, comme dit Félibien, « qu'il n'était pas ignorant de l'art poétique, ayant composé son ouvrage dans les règles qu'on doit observer aux pièces de théâtre ». Et de même que les dramatistes se soucient de renouveler l'intérêt par des inventions de détail qui ramifient l'action sans la rompre. Poussin accidente son tableau de pantomimes variées. Ce sont là des « péripéties »,

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